LE TEMPLE, C'EST VOUS !
1 Co 3, 9-17 ; Jn 2, 13-22
Dédicace de St Jean de Latran - (9 novembre 1987)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
Corinthe : temple d'Apollon
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'oubliez pas que vous êtes le temple de Dieu et que l'Esprit de Dieu habite en vous, car le temple de Dieu est sacré, et ce temple, c'est vous !" Il est bon que cette fête de la dédicace de la basilique de Saint Jean de Latran, cette fête de l'Eglise Mère soit placée sous le signe de cette parole de Paul : "Ce temple c'est vous !" La plupart du temps nous ne mesurons pas le sens de cette petite phrase : "Ce temple, c'est vous !"
Lorsque nous pensons à l'Église nous pensons qu'il y a les chrétiens qui font partie de l'Église, et puis il y a Dieu. Un peu comme lorsqu'on pense à une maison, on pense aux gens qui habitent la maison et à la maison qui les abrite, comme s'il y avait deux choses : ceux qui font partie de la maison et la maison à l'intérieur de laquelle ils habitent. En réalité, pour l'Église ce n'est pas vrai. Il n'y a pas d'une part les chrétiens et comme une sorte d'institution un peu flottante, une nuée, un brouillard au-dessus de ces chrétiens qui les tiendrait ensemble, et ensuite Dieu. En fait, le temple de Dieu, c'est vous. C'est dire que vous-mêmes vous êtes inséparables du temple puisque vous êtes le temple, et Dieu est inséparable du temple puisque c'est le temple de Dieu. Autrement dit l'Église n'est pas une réalité en dehors de Dieu et nous ou entre Dieu et nous. L'Église n'est pas une réalité intermédiaire entre Dieu et nous, l'Église c'est "Dieu avec nous". Nous sommes le temple, la demeure de Dieu. Et par conséquent le mystère même de l'Église c'est précisément qu'il n'y a pas d'intermédiaire, il n'y a pas d'écran, il n'y a pas d'obstacle entre Dieu et nous. C'est "Dieu avec nous", c'est Emmanuel. Et nous sommes le temple de Dieu.
Qu'est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que Dieu, au milieu de l'humanité, et, provisoirement, en vue du Royaume de Dieu, appelle des hommes à être signe de la demeure de Dieu. Et quand nous fêtons l'Église, que ce soit dans la dédicace de Saint Jean de Latran, de notre église ou de l'église cathédrale, c'est toujours le même mystère que nous fêtons c'est l'Église signe de Dieu, c'est, nous-mêmes signe de Dieu. Il n'y a pas d'autre réalité de l'Église que d'être le signe de Dieu. Nous sommes tout entiers, par notre existence, par notre vie de baptisés, par notre vie de chrétiens, par tous les éléments qui composent notre vie, nous sommes signe de Dieu. Comme on l'a dit, l'Église est "le sacrement de Dieu" et nous-mêmes, comme membres de l'Église, nous sommes sacrements de Dieu pour ce monde.
C'est une chose inouïe dont la plupart du temps nous ne réalisons pas l'audace, car il faut être audacieux comme Dieu, il faut avoir une confiance folle dans l'homme pour engager une entreprise pareille. Ce n'est donc pas étonnant que, de temps en temps, cela ne marche pas très bien. C'est un peu normal, parce que c'est au-dessus de nos forces. Mais c'est la grâce propre de l'Église. Nous sommes bâtis pour cela. Nous sommes bâtis en temple de Dieu, non pas pour qu'il y ait au-dessus de nos têtes, une institution qui nous donne accès à Dieu, mais pour que, nous-mêmes soyons signe de Dieu. Et d'abord signe pour nous-mêmes, c'est pour cela que nous sommes appelés à une conversion incessante et permanente. Signe les uns pour les autres, c'est pour cela que nous vivons la communion de la charité. Et signe pour le monde, c'est pour cela que les chrétiens, l'Église est l'espérance du monde.
Qu'en ce jour cette fête de la dédicace soit pour nous l'occasion de revenir à cette réalité fondamentale qui consiste à ne pas traiter l'Église comme une réalité extérieure à nous, comme une sorte de constitution de république à laquelle nous adhérerions par des idées spirituelles qui s'appellent la foi, mais que ce soit vraiment la prise de conscience vitale que nous sommes constitués signe de Dieu pour le monde. Que le Seigneur qui a aimé l'Église en se livrant pour elle, en donnant son sang pour elle, que le Seigneur pour qui le zèle de la maison est son tourment, trouve en nous ce signe qu'Il veut susciter. "Le zèle de Ta maison me dévore ". Tout l'amour de Dieu est concentré sur cet objet qui est l'Église. Dieu est dévoré d'amour pour son Église. Et cela l'use, si je puis dire. Heureusement qu'Il est inusable ! Que Dieu trouve en nous ce signe qu'Il veut susciter en nous et par nous, et qui est le signe de sa présence au milieu du monde. Qu'Il fasse de nous, véritablement, les sacrements de la présence de Dieu, de la réalité de Dieu au cœur de sa création, au cœur de ce monde.
AMEN
