LA CATHÉDRALE – MÈRE

1 Co 3, 9-17 ; Jn 2, 13-22
Dédicace de St Jean de Latran - (9 novembre 1993)
Homélie du Frère Jean-François NOEL


D

e même qu'en entrant dans cette église vous n'avez pas douté un instant que les pierres sous lesquelles vous allez vous abriter pendant une petite heure allaient s'effondrer, de même tout membre qui entre pour la première fois dans l'Église ne peut pas douter de la charité qui s'édifie entre les membres de cette Église et qui ressemble à l'église que nous fêtons en ce jour, à la cathédrale-mère qui rappelle toutes les églises du monde et toutes sont sous la présidence de cette même charité.

       Lorsque l'idée d'une église naît dans l'esprit d'un architecte et que cet homme, à sa table, que ce soit dans les époques éloignées comme pour notre église et encore plus pour la cathédrale du Latran, esquisse quelques traits sur un papier puis tente de communiquer cette idée à d'autres architectes, d'autres penseurs, puis essaie d'harmoniser leurs différentes recherches, leurs connaissances, mobilise des bâtisseurs, des équarrisseurs, des polisseurs qui tous, vont avec un savoir différent, participer à l'édification d'une église, nous avons là l'image exacte de ce qu'est l'Église dans son mystère profond à savoir que la première esquisse, le premier trait tracé sur un papier c'est la charité que le Père témoigne et vit avec le Fils. Cet amour c'est l'esquisse de l'Église. Ensuite le Fils est comme l'architecte qui mobilise, rassemble, convoque, séduit d'autres architectes, d'autres bâtisseurs, des menuisiers, des gens de la carrière pour que tous, en leur place, continuent et signifient l'édification de la charité qui nous unit les uns aux autres et qui est le ciment même de notre Église aujourd'hui.

      Et fêter la Dédicace de la cathédrale mère de toutes les églises, c'est fêter cette construction qui est en cours. C'est fêter non seulement l'architecte qui est le Christ, la pierre qu'on avait rejetée et qui est devenue la pierre d'angle, mais c'est nous : fêter nous aussi solennellement comme ces bâtisseurs convoqués à la table d'architecte, du Christ, nous qui avons pris notre place pour continuer l'édification de la charité. Et nous faisons confiance à ces pierres qui, ajustées les unes aux autres, donnent cet édifice de pierre, nous devons faire confiance à ces pierres vivantes qui ajustées les unes aux autres, signifient, malgré tout, la charité vivante que Dieu a plantée en nos cœurs. Et nous sommes tous, en ces places différentes, responsables de la continuité de l'édification de cette même charité qui est devenu le véritable ciment de l'Église d'hier, d'aujourd'hui et de demain.

      Chaque église, en chaque lieu, en chaque place, en chaque pays, rappelle, signifie cette charité qui doit nous unit, nous cimenter les uns aux autres, parce que le Christ Lui-même en a dès le début esquissé le dessein, en donnant sa vie pour tous les hommes. Demandons que non seulement chacune des églises signifie en son lieu la charité de Dieu, mais que toutes ensemble, elles signifient l'unique Église, l'Épouse de Dieu, celle que le Seigneur s'est choisi sur cette terre pour lui dire, en plénitude, l'amour qu'Il a dans son cœur.

      AMEN