DÉDICACE DE SAINT JEAN DE LATRAN
Ez 47, 1-12 ; Jn 21, 15-19
Dédicace de St Jean de Latran - (9 novembre 1980)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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n jour viendra où un autre te mettra ta ceinture, et te conduira là où tu ne voudras pas aller !"
C'est cette parole que nous célébrons, ce soir, en fêtant la dédicace de l'église Saint Jean de Latran, la cathédrale de Rome, l'église mère de toutes les églises. Il est frappant que les deux lieux les plus saints de la ville de Rome, l'endroit où Pierre a donné le témoignage du sang (le Vatican) et d'autre part, la basilique de Saint Jean de Latran, la cathédrale de Rome, soient des lieux bâtis sur des édifices païens ou à proximité d'édifices païens.
Pour la basilique Saint Pierre, c'est la proximité du cirque de Néron, lieu où le peuple romain se rassemblait pour les manifestations les plus cruelles et les plus atroces de sa manière de vivre : les jeux du cirque où on livrait des esclaves, des hommes sans défense à la dent des bêtes.
Saint Jean de Latran, domaine impérial, était durant le troisième siècle et le début du quatrième, une caserne de cavaliers, symbole de la force et de la puissance de Rome qui s'est imposée non seulement par le fait qu'elle voulait établir la paix, mais parce qu'elle était soigneusement secondée par la force des armes et par la violence.
Cela c'est dans l'ordre même de la Providence car je pense que saint Pierre n'avait pas tellement envie d'aller à Rome. Pour le juif qu'il était, Rome était complètement hors de l'univers de ses préoccupations. Pire encore, Rome, c'était le lieu de l'impureté, du mélange de toutes choses, de toutes les religions, de toutes les cultures. Et c'est cela encore qui se traduit dans l'Apocalypse de saint Jean lorsque, parlant de Rome, il en parle sous le nom de Babylone ou de la grande prostituée. C'est précisément cela le mystère de l'Église de Rome. C'est que Rome, dans toute l'histoire de notre temps, de ces temps qui sont les derniers, restera pour toute l'Église et pour toute l'humanité, le lieu même d'un défi et d'un combat.
Si Dieu a voulu que Pierre aille là où il ne voulait, c'était parce que, comme nous l'avons entendu tout à l'heure, Pierre a été investi de la triple question : "Simon Pierre, m'aimes-tu ?" Vous avez tous encore présente à l'esprit, cette même question, qui nous était apporté sur le parvis de Notre-Dame, par le successeur de Pierre: "Simon Pierre m'aimes-tu ?"
Pierre est précisément celui qui a le cœur tourmenté par l'amour et la miséricorde du Seigneur, qui porte sans cesse, à l'intérieur de son propre cœur et qui ne peut pas s'empêcher de dire à tout homme qu'il rencontre : "Aimes-tu le Seigneur plus que tout autre ?" Pierre, parce qu'il était porteur de cette question a été envoyé, par son Seigneur, à Rome. Car le Seigneur voulait qu'au cœur même de Babylone, au cœur de la grande prostituée, celui qui était l'humble porteur de la question de l'amour de Dieu pour les hommes, celui-là y fasse sa demeure, par le témoignage de son sang.
A travers tous les âges, Rome restera, à la fois, ce lieu dans lequel tout étranger qui arrive se sent immédiatement à l'aise, car elle a gardé le mystère de son paganisme (c'est le lieu du mélange, c'est le lieu de la fusion pour le meilleur et pour le pire !). Mais, en même temps, Rome reste ce lieu, dans lequel tout pélerin qui entre, est comme saisi, happé par la question du Seigneur à Pierre : "Simon Pierre, m'aimes-tu ?"
Ainsi, Rome est la mère de toutes les Églises, parce qu'elle porte à la fois, le défi de Dieu vis-à-vis du péché, de notre misère humaine, de notre orgueil humain de nous construire dans une cité fermée uniquement sur nos préoccupations humaines, sur notre force, sur notre goût du jeu, de l'inutile et du gratuit qui tue et qui détruit. Mais en même temps, Rome est la mère de toutes les Églises, parce qu'elle porte la question de l'amour de Dieu, au cœur même de notre péché. C'est pourquoi, à l'Église de Rome chacun lui dit "Mère", en lui demandant qu'elle fasse resplendir l'amour du Seigneur qui fait miséricorde aux pécheurs et qui a déjà vaincu le monde, par sa croix et par le sang des martyrs.
AMEN