UNE SAINTETÉ HUMBLE

2 Co 6, 3-10 ; Jn 15, 1-8+11-16
SS. du diocèse d'Aix et d'Arles - (8 novembre 2013)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Modestie de la sainteté quotidienne

F

rères et sœurs, vous-vous demandez peut-être bien légitimement pourquoi il faut mettre à part les saints de notre diocèse alors que si nous avons fêté la fête de tous les saints le premier novembre, ils y étaient nécessairement inclus ? Est-ce que ce n'est pas une tendance particulariste qui est chère au cœur des provençaux qui ferait que nous avons une fête des saints du diocèse ? Rassurez-vous, ce n'est pas propre à la Provence, normalement, tous les diocèses fêtent les saints de leur diocèse. Là encore, ce n'est pas pour restaurer des traditions folkloriques ou des vieux comportements religieux.

Cela nous invite plutôt à réfléchir un peu plus profondément sur le problème de la sainteté. La plupart du temps, lorsque nous envisageons la sainteté, nous l'envisageons comme résultat, achèvement et accomplissement. La sainteté nous apparaît en général du côté de la canonisation. La sainteté est-elle un idéal ? mais un idéal irréalisable, car ne sont reconnus comme saints et canonisés que ceux qui ont atteint la perfection. On peut alors dire que la sainteté est de l'ordre de l'accomplissement, de la finalité. C'est insuffisant, et surtout très décourageant d'envisager la sainteté uniquement du côté du but.

La sainteté a deux visages, un visage d'accomplissement, mais elle a aussi un visage de moyens. Tout ce que nous devenons en matière de sainteté nous est transmis par la sainteté des autres. Elle n'est pas simplement un but à atteindre, elle est aussi un moyen. Chacun de nous, s'il réfléchit sur la manière dont petit à petit il essaie de devenir saint, il s'aperçoit que ce n'est pas uniquement son propre effort et sa propre volonté, ses charismes ou ses dons qui le rendent saint, mais c'est peut-être aussi et d'abord la sainteté des autres. Pour devenir saint, il faut qu'on soit entouré, motivé, porté par la sainteté de ceux qui sont autour de nous. C'est tout le mystère de la vie familiale : la sainteté des enfants passe par la sainteté des parents. La sainteté c'est le fait qu'elle est moyen de communication. Elle est non seulement accomplissement, mais elle est moyen de communiquer.

Aujourd'hui, la sainteté que nous fêtons a une autre couleur que la sainteté universelle de la totalité du corps du Christ accomplie par sa mort et sa résurrection et par la dimension d'universalité de l'humanité. Ici, c'est la sainteté parce que nous l'avons reçue et que nous continuons à la recevoir ici, dans cette église, dans cette paroisse, dans cette communauté, dans ce diocèse, dans cette portion de la vie de l'Église qui s'appelle l'Église locale. On perçoit alors de façon plus juste et plus profonde que le mystère de la sainteté n'est pas l'au-delà de nous-même. Actuellement pour arriver à la sainteté, il faut passer par la sainteté concrète, locale, située là où nous sommes et où nous avons besoin nous-même de la sainteté des autres pour devenir saint.

C'est une très belle fête qui apparaît plus modeste, plus pauvre, plus humble parce que la manière dont on devient saint, on ne s'en rend pas compte. On ne se rend pas compte que tout ce qui nous a porté petit à petit à découvrir la foi, à vivre la charité, c'est la sainteté des autres. Ce n'est pas une sainteté spectaculaire, mais c'est le goutte à goutte au pied d'une plante, jour après jour. Et la conséquence, c'est que nous-même en grandissant dans la sainteté, nous avons aussi à pratiquer le goutte à goutte vis-à-vis des autres en devenant des relais de la communication de la sainteté. La fête d'aujourd'hui c'est l'aspect d'humilité de la sainteté qui se coule dans le tissu social, humain, relationnel, convivial de tous les jours et qui est le terrain du développement de la sainteté.

Que le Seigneur nous donne aujourd'hui à travers cette fête et l'intercession de tous les saints par lesquels nous sommes portés et avec lesquels nous célébrons cette eucharistie, de redécouvrir cette dimension fondamentale de la sainteté comme moyen de devenir saint.

 

AMEN