LES SAINTS INCONNUS
2 Co 6, 3-10 ; Jn 15, 1-8+11-16
SS. du diocèse d'Aix et d'Arles - (8 novembre 2010)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Fleurir là où Dieu nous appelle
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rères et sœurs, nous sommes invités aujourd'hui à célébrer les saints du diocèse d'Aix, et pour le dire avec humour, on pourrait rapprocher cette fête de ce que nous mettons par défaut sur certains monuments : au soldat inconnu. Dans l'armée, il y a ce qu'on appelle le corps d'élite, de gens qui ont énormément travaillé physiquement et psychologiquement, qui ont passé des tests, et font partie du groupe des gens à qui l'on a confié des missions extrêmement difficiles et dangereuses, et qui auront le privilège et l'honneur après bien sûr, parce que tout cela reste secret, d'avoir leur nom inscrit, non pas sur le livre de vie, mais sur les monuments. Et puis, il y a la piétaille, ceux qui sont restés simples bidasses, ils ont sué, transpiré, souffert comme le dit saint Paul dans la première lecture, et leurs noms n'ont pas toujours été inscrits sur les monuments, mais simplement, pour n'oublier personne, on parle du soldat inconnu.
Cette fête d'aujourd'hui semble par défaut s'adresser à tous ces soldats inconnus, à tous ces saints qui nous ont précédés dans le diocèse d'Aix. C'est vrai et ce n'est pas vrai. Nous ne sommes pas là simplement pour faire mémoire de tous ceux qu'on aurait oublié dans l'agenda du diocèse d'Aix et d'Arles. Nous ne sommes pas là simplement pour faire état d'un héritage, nous sommes là pour écrire le prolongement de cet héritage, exactement comme la fête que nous avons célébré lundi dernier au niveau universel. Là aussi, il ne s'agissait pas uniquement de prier pour tous ceux qui ne sont pas dans le calendrier liturgique, nous étions là pour écrire cette sainteté qui n'est pas de l'ordre du passé mais qui est de l'ordre de l'espérance et de l'avenir.
Et aujourd'hui, plus précisément, comme si la caméra de Dieu se focalisait sur des portions de son peuple de Dieu d'Aix et Arles, nous sommes invités pas tant à faire mémoire des défunts, puisque je vous rappelle que justement la semaine dernière nous l'avons fait le deux, et non pas le premier novembre, nous sommes là au contraire, ensemble pour écrire cet héritage, cette sainteté à laquelle nous sommes appelés. Nous pouvons soupirer, nous dire que nous aurions aimé être saint François, sainte Claire ou qui vous voulez, mais nous sommes ici à Aix. Et comme le disait le Christ dans l'évangile de saint Jean, dans le passage que nous avons entendu : "Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, mais c'est moi qui vous ai choisi". Et nous pourrions nous laisser gruger à certains moments en pensant que c'est nous qui choisissons les conditions dans lesquelles nous serons saints, comme de fait certains pourraient dire : nous avons choisi de venir nous installer à Aix-en-Provence parce qu'il fait beau, il y a du soleil.
Or nous ne choisissons pas toujours le lieu où nous vivons. Nous ne choisissons pas toujours notre héritage familial. Et pourtant, c'est à partir de cela que nous sommes invités à écrire notre sainteté. Cet héritage qui est le nôtre nous n'avons pas à le subir, nous n'avons simplement à le perpétuer : nous sommes en Provence, alors ce sera l'héritage provençal, avec l'accent, etc … comme c'était il y a cent ans. Nous avons à nous emparer de cet héritage que Dieu nous donne. Et notre lieu premier de la constitution de notre sainteté, c'est le diocèse d'Aix et d'Arles.
Frères et sœurs, que cette fête soit pour nous l'occasion de découvrir qu'elle n'est pas une sorte de succédané des saints dont nous connaissons les noms et que nous célébrons régulièrement, dans l'agenda du diocèse. Mais que cette fête soit vraiment pour nous l'occasion de prendre conscience que nous sommes appelés chacun, là, maintenant, dans le diocèse d'Aix et d'Arles, à être une pierre vivante de ce diocèse et que nous avons à nous agencer les uns les autres, à nous enraciner dans la terre de Provence qui change, qui n'est pas uniquement un héritage. Cela veut dire aussi que nous avons à veiller pour découvrir l'Église de demain, et non pas l'Église d'hier.
AMEN