LE CEP DE PROVENCE

2 Co 6, 3-10 ; Jn 15, 1-8+11-16
SS. du diocèse d'Aix et d'Arles - (8 novembre 2005)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

F

rères et sœurs, le fait qu'aujourd'hui pour la fête de tous les saints du diocèse d'Aix et d'Arles, on ait choisi cette parabole de la vigne que nous croyons bien connaître, que nous lisons à plusieurs occasions, selon les rythmes de la liturgie, m'inspire une réflexion qui n'est peut-être pas tout à fait dans la ligne même de ce texte (peut-être que les exégètes me reprocheraient de manquer complètement de rigueur scientifique), mais cela m'inspire une lecture, qui, pour n'être pas habituelle, est peut-être suggestive.

En effet, la plupart du temps, on lit cette parabole en disant : le Christ est le cep, et vous êtes les sarments et vous portez du fruit. On voit cela comme un cliché, comme une diapositive. On voit cela dans l'instant présent, comme une coupe dans l'histoire, c'est-à-dire que l'Église est enracinée dans le mystère du Christ et nous communique sa vie par sa mort, sa Résurrection, son eucharistie, les sacrements, etc …

Simplement, une des choses qui me paraît importante (peut-être que ce n'était pas important à l'époque, je n'en sais rien), c'est que le cep assure la continuité historique. C'est-à-dire que d'année en année, pas simplement dans la coupe d'un instant, mais d'année en année, c'est le cep de vigne qui assure par des sarments sans cesse taillés, sans cesse renouvelés, la continuité de la production. Je pense qu'aujourd'hui, les vignerons savent cela, et l'on ne le choisit pas simplement pour une année, on ne replante pas la vigne précisément tous les ans, parce qu'on mise sur la continuité. Autrement dit, cette parabole peut être lue aussi seulement selon la coupe d'un instant de l'histoire, mais elle peut être lue aussi selon le déroulement de l'histoire. Et à ce moment-là, le cep est ce qui assure la permanence de la production d'un bon fruit et finalement, d'un bon vin.

Donc, pour nous, c'est cela le mystère de l'Église de Provence. C'est la manière dont le Christ, comme cep, ici planté sur cette terre, assure une certaine continuité dans la qualité de production, si je puis m'exprimer comme les œnologues modernes. C'est celui qui fait que chaque année, à chaque instant, dans une continuité qui en relève que de la permanence de son amour à travers l'histoire, sans cesse, son Église, ici, de génération en génération porte du fruit. Donc, nous devons nous sentir et nous comprendre comme les héritiers de ce cépage. Je sais bien qu'on n'a pas toujours été tendre pour le christianisme en Provence. Vous connaissez sans doute ce mot d'un ancien vicaire général qui s'appelait Célestin Bonnet qui l'avait cité au moment où il accueillait Monseigneur Panafieu dans l'Église de Provence :"mon Père, en Provence, nous sommes assez croyants pour ne pas être athées, mais pas assez pour être des martyrs". C'était évidemment une manière de dire que ce n'était pas nécessairement toujours flambant tous les jours. C'est avec ce cépage-là qu'il faut faire ! Cela ne fera peut-être pas un Chateauneuf du pape, cela ne fera peut-être pas du quatorze degrés, mais cela donne quand même ce vin de Provence, quelque chose qui a une certaine couleur, une certaine joie de vivre, très simple. Il faudrait que notre Église ce soit cela. Que nous puissions aujourd'hui nous insérer dans cette continuité de ce bon vin généreux qu'est l'Église de Provence, de cette présence du Christ à travers ce cépage qui est notre diocèse, et que nous puissions nous aussi, à notre tour porter du fruit et ainsi assurer que les générations suivantes en porteront aussi.

 

 

AMEN