UNE RELATION D'AMITIÉ

2 Co 6, 3-10 ; Jn 15, 1-8+11-16
SS. du diocèse d'Aix et d'Arles - (8 novembre 2004)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

J

e ne vous appelle plus serviteurs, mais amis, car le serviteur ignore ce que fait son maître. Je vous appelle amis, parce que tout ce que je connais du Père, je vous l'ai fait connaître".

En fêtant aujourd'hui tous les saints du diocèse d'Aix et d'Arles, nous ne faisons pas un paquet cadeau général de beaucoup de personnes qui ont su mener une bonne vie, nous n'avons pas la liste et nous ne pouvons les déclarer saints par leurs prénoms, donc on les met en vrac, mais on fête au contraire la particularisation, la relation, entre Dieu et chacun des baptisés. La difficulté qui demeure encore dans le christianisme, c'est que nous nous trompons de relation avec Dieu. Les chrétiens aujourd'hui encore pourraient être très facilement de bons bouddhistes, de bons hindouistes, de bons musulmans, mais pas forcément de bons chrétiens. Pourquoi ? Parce que nous avons du mal à entendre et à comprendre ce que Jésus nous dit lorsqu'Il affirme : "Je ne vous appelle plus serviteurs mais amis". Il est évident que dans l'histoire des religions, celles qui ont disparu, comme dans certaines encore qui demeurent, le rapport à Dieu est un rapport de maître à esclave, de seigneur à serviteur. Et l'ensemble du fonctionnement religieux, de la fibre religieuse de l'humanité, se situe exactement sur ce point de relation : un Dieu qui commande, un Dieu tout-puissant et qui dépasse, un Dieu qui exige de l'homme qu'il lui rende un culte. L'homme facilement, trop facilement, aime à servir plutôt que de rentrer dans une relation beaucoup plus exigeante qui est celle de la proximité, de l'amitié avec Dieu. Je ne pense pas, sauf justement dans la figure des saints, connus ou inconnus, qu'on ait vraiment pris conscience que Dieu ne veut pas nous commander, que Dieu ne veut pas décider à notre place, que Dieu ne veut pas détruire notre liberté, que Dieu ne veut pas faire de nous, des infra-humains. Lorsqu'Il dit : "Je ne vous appelle plus serviteurs mais amis", il change de manière radicale, le statut religieux de l'homme qui s'était exercé jusqu'alors dans une dépendance de supérieur à inférieur. C'est pourquoi, lorsque Jésus dit : "il n'est pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime", chez lui, ce n'est pas simplement une belle parole, mais une réalité. La plus grande des proximités de Dieu, c'est de donner ce qu'Il a de plus précieux, sa vie, sa grâce, son amour, manifesté au plus haut point quand Il donne cette vie pour l'humanité. Jésus n'a pas besoin de mourir pour lui-même. Dieu n'a même pas besoin de l'humanité, Il pourrait se débrouiller tout seul. Mais dans la foi chrétienne, nous confessons une telle proximité de Jésus Fils de Dieu, avec l'humanité, qu'il en partage toute la réalité, qu'Il en est solidaire jusqu'au bout, le terme, en étant ce que l'homme ne peut pas faire en vivant sans y échapper, la mort. Il réalise ainsi cette tendresse, cette infinie proximité d'un Dieu qui donne sa vie pas pour des serviteurs, mais par amour pour des amis.

Ainsi, la sainteté dans le christianisme est encore d'actualité pour nous aujourd'hui, si nous ne nous trompons pas de rapport avec Dieu C'est pourquoi la sainteté n'est pas au-dessus des moyens de chacun d'entre nous, si nous acceptons simplement de regarder Dieu autrement que comme celui qui nous domine et nous commande, et nous saisissons qu'enfin Il est réellement notre ami. On comprendra dès lors, que pour certains déclarés saints, cette amitié ait pris toute la place dans leur vie, et qu'ils aient accepté l'impensable, un Dieu qui se dit ami et qui le vit.

 

 

AMEN