LA SAINTETÉ AU QUOTIDIEN
2 Co 6, 3-10 ; Jn 15, 1-8+11-16
SS. du diocèse d'Aix et d'Arles - (8 novembre 2003)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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I |
l y a une phrase de l'évangile qui dit : "Nul n'est prophète en son pays". J'ai envie de faire un détournement d'évangile et de dire : nul n'est saint dans son pays. Très souvent, nous avons les yeux, le regard, le cœur tournés vers les pays lointains, peut-être aussi que pour la sainteté, nous tournons aussi notre cœur et notre espérance, notre foi, vers les saints lointains. Et nous avons parfois tendance dans cette démarche de pèlerinage qui est celle de notre vie chrétienne, de penser que pour rencontrer Dieu, ou les saints, il faut toujours aller très très loin.
En fait, ce que nous célébrons aujourd'hui, c'est la découverte que ces fruits que l'on peut prendre dans sa main, que l'on peut toucher, que l'on peut regarder, ces fruits de la vigne, que nous contemplons, que nous aimons manger, que nous aimons boire, ces fruits qui sont à l'image de ces saints que nous contemplons dans le ciel, dans les bras de Dieu, ces fruits ne tombent pas comme cela. Ils viennent parce qu'ils sont le prolongement d'un arbre, ils sont le prolongement de racines enfouies sous la terre. Je crois que quand on sait regarder une grappe de raisins, on devrait aussi savoir regarder les racines qui en sont la terre nourricière.
Dans notre diocèse, nous n'avons peut-être pas la chance, si je puis m'exprimer ainsi, d'avoir des stars de la sainteté, nous ne pouvons pas être au niveau de Lisieux, nous ne pouvons pas nous prévaloir de proposer un pèlerinage sur les traces de saint Dominique, comme dans le Lauraguet, nous n'avons pas la chance d'avoir cette atmosphère extraordinaire d'Assise. C'est peut-être justement là où le bât blesse. Si à la place de nous lamenter, et de nous promener trous les jours dans cette bonne vieille vile d'Aix-en-Provence, en nous imaginant que nous aimerions rencontrer Dieu au détour d'une petite rue, peut-être que nous pourrions découvrir que Dieu nous attend ici et non pas ailleurs. Dieu n'est pas celui qui se promène à Rome ou à Jérusalem, mais il est dans cette ville d'Aix-en-Provence. Je crois que dans cette démarche, nous ne savons pas visiter notre ville, comme on ne sait pas visiter notre cœur, comme on ne sait pas visiter notre vie. Je prends toujours l'exemple d'une amie qui avait le don de faire des voyages extraordinaires, un des derniers qu'elle avait fait, c'était d'aller dans le désert de Gobi, et d'en faire la traversée. C'est quand même extraordinaire. Quand elle est rentrée, on lui a demandé comment cela s'était passé : oh ! il pleuvait, la nourriture était mauvaise, le sac de couchage, c'était froid. Et tout cela, en train de rêver, de traverser les steppes. Il y en a qui traversent le monde et qu'est-ce qu'ils découvrent dans le désert du Gobi : pas plus de sensations que s'ils sortaient de chez eux pour traverser la rue !
Je crois que parfois vis-à-vis de la sainteté, nous sommes un peu comme cela. Nous sommes en train de soupirer très souvent à travers des pays, à travers des villes qui ne sont pas les nôtres, en se disant : ah, moi, si j'avais la chance d'être dans une ville où l'atmosphère de sainteté transpire, je suis sûr que je serais saint. Le problème, ce n'est pas l'atmosphère de la sainteté qui transpire à Assise, c'est comment une ville a été habitée par un saint. Et l'atmosphère de sainteté qu'il devrait y avoir à Aix n'est pas liée à Aix en tant que ville, en tant que mur, elle est liée à ceux qui y habitent. C'est la même chose pour une église. L'atmosphère d'une église, elle est habitée par des siècles et des siècles de prière qui suintent sur ses murs.
Je crois frères et sœurs, dans ce que nous célébrons aujourd'hui, c'est que la belle grappe de raisins que nous avons dans notre main, sur laquelle luit le beau soleil de Provence avec ses belles couleurs, elle vient de ce travail en profondeur des racines que nous avons à faire dans notre cœur. Que le véritable voyage, consiste à accepter que Dieu vienne bouleverser notre terre spirituelle. Que ce que nous avons à demander à Dieu c'est qu'il vienne nous visiter et chambouler cette terre, qu'Il vienne l'aérer. La première des choses à faire n'est pas de proposer à Aix le même panel spirituel qu'à Assise, mis c'est de commencer nous, à savoir transformer notre cœur, notre vie afin que nous transformions cette vielle d'Aix-en-Provence.
Frères et sœurs, ne nous lamentons pas. La ville d'Aix, j'en suis sûr, est traversée chaque jour par des saints qui s'ignorent. Peut-être pour qu'ils soient moins ignorés, faudrait-il encore que nous sachions comme le regard de Dieu sur nous, savoir traverser cette croûte de terre que nous n'aimons pas toujours pour aller jusqu'au cœur de ceux que nous rencontrons et découvrir comment Dieu est à l'œuvre dans le cœur da tous les aixois et de tous les arlésiens.
AMEN