LE DON DE LA SAINTETÉ
2 Co 6, 3-10 ; Jn 15, 1-8+11-16
SS. du diocèse d'Aix et d'Arles - (8 novembre 1994)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
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élébrer la sainteté des élus, célébrer les saints connus ou inconnus du diocèse c'est célébrer le mystère de Dieu Lui-même, son mystère de communion. La sainteté apparaît toujours comme touchant au plus profond de la vie de Dieu, manifesté dans les différentes réalités qui peuvent être déclarées saintes, que ce soit les choses, les personnes, les objets, le monde, etc ...
Ce mystère de Dieu dans toute sa vie, dans toute son action sainte, dans son désir de sanctifier resplendit aujourd'hui où nous célébrons ceux qui sur cette terre d'Aix et d'Arles ont suivi le Seigneur. Mais quand on parle de sainteté, on a toujours au premier abord l'impression que la sainteté est quelque chose de difficile, d'irréalisable, voire d'inaccessible. C'est pourquoi la première acception du mot sainteté ou même la première pensée un peu commune sur la sainteté c'est de dire que c'est tellement différent de que l'homme est ou de ce que l'homme vit qu'il s'agit de se séparer de cette existence pour atteindre à Celui-là seul qui est saint c'est-à-dire Dieu. C'est pourquoi tout ce qui concerne la sainteté, notamment dans des religions un peu plus antiques, et dans la Bible elle-même, la sainteté était vue comme un acte de séparation ou de coupure avec le monde. Pour atteindre aux bienfaits du Dieu qui est le seul Saint, il fallait se séparer de tout ce qui encombre ou empêche cette vie de sainteté, ce resplendissement de l'action de Dieu en nous. C'est pourquoi tout était vu en termes de séparation entre de qui est sacré et ce qui est profane. Profane signifie "devant le temple" c'est-à-dire en dehors de la présence de Dieu, le reste étant sacré. On arrivait ainsi à avoir des personnes saintes, comme la tribu de Lévi au milieu du peuple d'Israël, qui était lui-même "un peuple saint" parmi toutes les autres nations puisqu'il était séparé de ces autres nations, que l'on avait des objets de culte qui étaient des objets saints parce que séparés de l'usage quotidien.
C'est pourquoi aussi il y a cette importance vitale à une certaine époque de comprendre que si l'on veut vivre saintement, il faut se séparer, il faut se couper de tout ce qui nous entraîne de manière un petit peu trop profane vers des choses qui, au lieur d'élever, abaissent. Mais par la venue de Jésus-Christ il y a un renversement complet de ce qu'est la sainteté car là où l'homme essayait d'atteindre Dieu, c'est Dieu qui se laisse atteindre par l'humanité et plus encore qui, par son Incarnation, atteint profondément le monde et ce qu'il est dans ce qu'il y a justement de plus commun, la vie de ce monde, dans ce qu'il y a de plus simple, l'humanité, le fait d'exister dans ce monde. Dès lors, le Christ Lui-même ensemence ce monde du principe même de sa sainteté c'est-à-dire de sa vie. Et toute son action qui est sainte, tout son dessein de salut qui devient sa mort et sa résurrection et sa Pâque, c'est ce qui va donner à ce monde, par la puissance même de son action sainte et salvifique, la vie de Dieu. Il va permettre une alliance et une communion avec toutes les réalités de ce monde.
Et dès lors nous entendons ce discours des sarments avec le cep comme le fait que Dieu Lui-même dise que la vie de Dieu, la sainteté c'est que ce monde est sur le cep comme à son origine, comme pouvant tirer de ce cep toute la sève, toute la vie dont les sarments ont besoin pour porter du fruit. Donc le rapport entre Dieu et l'homme, entre le sacré et le profane, entre le monde humain et le monde divin, ce rapport-là est complètement inversé puisque c'est le monde divin, c'est la sainteté de Dieu qui émerge et donne vie à toutes les réalités de ce monde. C'est donc l'image de cette vigne.
Dans la première lecture saint Paul nous dit que c'est désormais dans toutes les réalités de ce monde que se manifeste le visage de la sainteté. Il aura dit auparavant : "Ce n'est plus moi qui vis, mais c'est le Christ qui vit en moi !" Et c'est pourquoi, désormais, dans toutes les tribulations ou dans les joies, dans les peines ou les souffrances, en tout cela nous sommes les grands vainqueurs par la Résurrection du Christ, par sa vie, par son principe de sainteté qui agit en nous.
Dans la célébration éminente qu'est la célébration de l'eucharistie le christianisme manifeste le principe possible d'une communion entre Dieu et l'homme et par là il manifeste que la sainteté est à la portée de tous et que l'humanité devient le lieu même, le réceptacle, l'écrin de la vie de Dieu en ce monde et donc de sa sainteté. C'est pourquoi en célébrant tous ces saints connus ou inconnus de notre diocèse nous manifestons cette résurrection, cette divinisation dans le cœur de chaque homme et que Dieu est capable de se manifester, d'être présent à nous et que nous sommes capables dans tout ce que nous vivons de dire la réalité de Dieu grâce à ce qu'Il nous donne.
AMEN