LES SAINTS MARTYRS ET ÉVÊQUES

2 Co 6, 3-10 ; Jn 15, 1-8+11-16
SS. du diocèse d'Aix et d'Arles - (8 novembre 1989)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

N

ous célébrons aujourd'hui tous les saints et les saintes du diocèse d'Aix et d'Arles réunis en un seul. Il est bon que nous enracinions notre vie chrétienne et notre foi dans la foi et la vie de ceux qui nous ont précédés sur ce chemin. Je voudrais évoquer les principaux visages de cette sainteté mani­festée dans notre diocèse.

A l'origine, il y a les fondateurs, saint Tro­phime, peut-être disciple de saint Paul, en tout cas premier évêque d'Arles, alors métropole de la Gaule du sud et ville romaine d'une grande importance. En même temps, même s'il s'agit c'est en tout cas une fondation spirituelle, il y a les Saintes Maries de la mer avec Marie-Madeleine et sainte Marthe qui, l'une à la Sainte Baume, l'autre à Tarascon, ont été les té­moins de la vie du Christ. Et même si cela n'est pas prouvé historiquement, nous pouvons nous recom­mander de ce patronage dans la sainteté des femmes qui ont connu le Christ et ont été proches de Lui, l'une qui a été pardonnée par Lui, l'autre qui l'a servi de ses mains. Il y a là comme une filiation spirituelle qui nous fait remonter jusqu'à l'évangile.

Puis il y a eu les martyrs. J'en retiens trois seulement. Saint Genès martyr d'Arles à l'époque des grandes persécutions de l'Église primitive. Plus près de nous, le bienheureux Jean-Marie du Lau, évêque d'Arles, victimes de la Révolution en septembre 1792 avec son vicaire général et six prêtres du diocèse d'Aix, un prêtre d'Arles et un séminariste. C'est donc notre diocèse tout entier, aussi bien d'Aix que d'Arles qui a été ensemencé par le sang de ces martyrs. Il y a eu ensuite saint Laurent Imbert et ses compagnons martyrisés en Corée et là c'est la dimension mission­naire de notre Église qui nous est manifestée. Nous ne sommes pas restés repliés sur nous-mêmes, mais, par eux, nous sommes allés porter l'évangile jusqu'aux limites de la terre et ensemencer ces terres lointaines par le sang des martyrs.

A côté des martyrs il y a les évêques, évêques surtout de la ville d'Arles parmi lesquels le plus connu est saint Césaire, Père de l'Église dont la prédication pastorale et le rôle par rapport au sacrement de Péni­tence a été important. Saint Césaire a fondé la vie religieuse féminine avec sa sœur Césarie et Rusticule, premières moniales arlésiennes, canonisées elles aussi. Et puis tous les moines de Lérins dont certains sont devenus évêques comme saint Honorat et saint Hilaire, saint Aurélien et saint Virgile. Plus près de nous dans cette dimension de la vie religieuse, il y a le bienheureux Eugène de Mazenod fondateur des Oblats de Marie Immaculée.

Cette nuée de saints nous entoure et nous protège. Il y a aussi un saint laïc peu connu, patron de la ville d'Aix, saint Mitre ouvrier agricole dont on ne sait pas grand-chose. C'est très important parce qu'il est le témoin de tous ces autres saints dont les noms ne sont même pas venus jusqu'à nous, de tous ces autres saints qui ne sont pas canonisés mais qui ont marché en avant de nous, qui se sont approchés du Seigneur et qui anonymement mais collectivement nous portent dans leurs bras pour que nous avancions à notre tour, même si c'est de façon anonyme, incon­nue et secrète.

Pour toute cette sainteté, répandue dans notre terre, pour toute cette sainteté qui a irrigué les cœurs nous rendons grâce au Seigneur. Et à notre tour, nous reprenons cette marche, nous aussi, nous devenons peu à peu saints. Nous aussi, nous nous laissons fa­çonner par le Christ car le secret de toute sainteté nous est donné dans l'évangile de tout à l'heure. "Il est la Vigne, nous sommes les sarments." Le secret de la sainteté c'est la sève qui, du cep de la vigne, passe dans les sarments. C'est là et nulle part ailleurs que se trouve la sainteté. Elle est dans la vivification qui, du cœur du Christ envahit notre propre cœur et notre propre chair. Alors, comme ces saints du passé, comme ces martyrs, comme ces évêques, comme ces moines et ces moniales, comme ces disciples des apôtres, comme ces saints connus et inconnus, obs­curs, tournons vers le Seigneur Jésus pour recevoir de Lui la vie, pour recevoir de Lui cette sainteté qui, au-delà de nos forces débiles, au-delà de nos mérites si limités, nous conduira de cette vie jusqu'au Royaume de Dieu, où nous serons tous rassemblés dans la même sainteté qui est celle de Dieu rayonnant en tous les hommes.

 

 

AMEN