MYSTÈRE DE LA VIGNE
2 Co 6, 3-10 ; Jn 15, 1-8+11-16
SS. du diocèse d'Aix et d'Arles - (8 novembre 1984)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Parmi eux, les saint du diocèse d'Aix et d'Arles
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I |
l nous est bon de réentendre cet évangile de la vigne lorsque nous fêtons les saints de notre diocèse. Cela nous empêchera peut-être de tomber dans un certain particularisme, un certain provincialisme ou un certain provençalisme, parce que la sainteté n'est pas d'un pays spécialement. La sainteté, c'est une vocation universelle proposée à tous les hommes, et si l'Église est missionnaire, si l'Église n'a cessé d'être apostolique, d'être envoyée, c'est précisément parce qu'elle est dans sa racine profonde un appel à la sainteté adressé à tous les peuples.
Précisément cette parabole de la vigne nous montre ce qu'est exactement le visage de la sainteté chrétienne. En la lisant, on ne fait peut-être pas assez attention au fait suivant. Nous pensons que la vigne c'est le tronc, le pied et les racines et qu'ensuite sont greffés dessus les sarments. C'est ainsi que généralement on l'explique aux enfants parce qu'effectivement c'est plus facile à comprendre. Il y a le Christ qui est le tronc, qui est la souche, le cep ; puis il y a tous les hommes qui sont les branches, les feuilles et surtout qui portent du fruit. Mais en réalité, le Christ ne dit pas exactement, il dit : "Je suis la Vigne", il ne dit pas : Je suis le tronc. Quand on y réfléchit c'est tout autre chose, car d'une certaine manière, quand le Christ dit : "Je suis la Vigne", il dit : Je suis le tout. Je suis aussi bien le tronc que les sarments, que les feuilles et que les grappes de fruits. Car la vigne n'est pas tout entière dans le pied. La vigne est tout autant dans le pied que dans les différentes parties qui composent cet arbuste. Et c'est précisément cela que le Christ veut dire. Il veut dire qu'Il est le tout. Mais c'est une simplification de notre propre manière de comprendre, de notre intelligence de vouloir diviser la vigne en plusieurs morceaux : le cep, les branches et les fruits. Mais la vigne, c'est d'abord le tout et le Christ est le tout. Ce qui est extraordinaire, on ne peut pas dire que la vigne soit plus dans les branches que dans les fruits ou dans les fruits que dans le tronc : elle est partout. Partout l'arbre est la vigne.
C'est un petit peu la même chose que pour notre corps. La plupart du temps nous nous imaginons que notre âme est logée dans notre cœur ou dans notre tête, mais c'est une manière tout à fait fausse d'envisager le problème. Notre âme est tout autant dans nos pieds, dans nos mains que dans notre cœur ou dans notre tête. Ce qui fait que nous avons une âme, c'est que notre corps est vivant, que nous ne sommes pas des cadavres ambulants. C'est la même chose pour la vigne, c'est la même chose pour le corps. C'est le Christ qui est là, qui est présent et qui est le principe de vie, et c'est précisément cela la sainteté. La sainteté c'est le fait que le Christ, présent dans les branches, leur fait porter du fruit. C'est le fait que la vigne est tout entière polarisée par le fait de donner du fruit. Et l'on peut dire que le fruit, c'est tout aussi bien le Christ présent en nous que ce que nous faisons. La sainteté, c'est la présence du Christ au cœur de ses sarments.
Lorsque nous fêtons une fête comme aujourd'hui, la Toussaint du diocèse d'Aix-en-Provence et d'Arles, nous fêtons précisément ce mystère de la vigne. Nous sommes un rameau, nous sommes des sarments, mais nous sommes tout entiers présence du Christ. Le Christ n'est pas divisé ni divisible. Nous sommes tout entiers porteurs ici, du Christ, et c'est pour cela que nous pouvons vivre en communion avec les autres églises qui sont elles aussi tout entières porteuses du Christ. Ce mystère est ultimement un mystère de communion. C'est parce que le Christ est tout entier en chacun de nous que nous nous y retrouvons et que nous formerons un unique royaume, comme la vigne est tout entière dans chacune des parties de la vigne et que la vigne forme un tout. Les grappes ont besoin des racines qui prennent le suc de la terre, les feuilles ont besoin des branches qui leur donnent la vitalité nécessaire.
C'est cela le mystère de l'Église, le mystère de l'Église sainte, c'est qu'elle est habitée tout entière, en chacun de ses membres, par la présence du Christ. Une église, un sarment ou un groupe de rameaux est précisément un lieu dans lequel le Christ est tout entier. Voilà le mystère de notre sainteté, voilà le mystère de notre communion, chacun d'entre nous est habité par le Christ tout entier et c'est là notre sainteté. Non pas une partie du Christ, somme s'il pouvait se diviser, mais Il est là tout entier, dans chacun de nous. Et ce qui fait que nous devenons des saints c'est que le Christ nous est donné "en entier" comme principe de vie, comme principe d'unité, comme principe de communion comme principe de charité et d'amour de nos frères et d'amour du Seigneur et du Père. Qu'en ce jour nous redécouvrions, à la lumière de ceux qui sont déjà dans la gloire, la véritable dimension de notre sainteté : être tout au Christ parce que le Christ est tout à nous.
AMEN