CE N'EST PAS VOUS QUI M'AVEZ CHOISI

2 Co 6, 3-10 ; Jn 15, 1-8+11-16
SS. du diocèse d'Aix et d'Arles - (8 novembre 1982)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Bourgeons de vigne

C

 

e n'est pas vous qui m'avez choisi, c'est Moi qui vous ai choisis" -"En dehors de Moi, vous ne pouvez rien faire." Le mystère de la sainteté que nous célébrons aujourd'hui, encore dans l'ambiance de la fête de la Toussaint, que nous particularisons à tous les saints de notre Église d'Aix et d'Arles, ce mystère de la sainteté est un pur mystère de grâce. Nous ne pouvons porter du fruit que dans le Christ, que par la sève qui, du cep se répand dans les sarments, sève qui est l'Esprit Saint, et plus précisément encore le fruit que l'Esprit Saint imprime en nous, le dynamisme dont l'Esprit Saint nous fait cadeau, de manière gratuite, et qu'on appelle la grâce.

C'est seulement par cette sève qui vient du Christ dont Il est la source unique que nous pouvons marcher vers le Père, que nous pouvons agir en chrétien, d'une manière qui soit vraiment constructive pour le Royaume de Dieu et qui soit sanctifiante pour nous-même et pour tous ceux qui sont autour de nous. Aussi bien est-ce le Christ qui nous a choisis comme Il a choisi ces frères aînés que sont les saints qui nous ont précédés et qui nous appellent à leur suite, qui nous entraînent avec eux, qui nous prennent par la main pour nous conduire avec eux, dans le Christ, jusqu'au Père.

Le mystère de la sainteté est un mystère de grâce. C'est un mystère de don. Ce n'est pas nous qui avons choisi le Christ comme nous le croyons. Ce n'est pas nous qui avons décidé de mettre nos pas dans les pas des saints, ce n'est pas nous qui avons décidé de suivre le Christ. C'est Lui qui nous appelle. Et toute la force, tout le dynamisme par lequel le Christ nous attire à Lui, Il en est la source, Il en est en même temps la fin. C'est Lui qui aspire, en quelque sorte, nos êtres vers Lui, et, à travers Lui, vers le Père.

Alors, nous devons d'abord méditer sur la manière dont les saints ont répondu à cet appel du Christ, dont ils se sont laissé envahir par cette grâce, dont ils se sont laissé attirer par cet appel. Car ce qui nous est demandé n'est pas autre chose que ce qui leur a été demandé, ce qui nous est proposé c'est le même mystère qu'à eux. Notre bonheur, notre accomplissement ne se situe pas ailleurs que dans le sein du Père où le Christ repose de toute éternité et où Il veut nous faire entrer avec Lui. Pour nous, il n'y a pas une vie qui serait de moindre intensité que celle des saints, il n'y a pas d'autre vie, il n'y a pas d'autre but, d'autre réalité que celle que les saints ont laissé le Christ et l'Esprit Saint façonner dans leur cœur.

Nous sommes en marche avec ces saints, avec ceux d'entre nous qui, à notre insu et à leur insu, sont déjà aussi des ferments de sainteté car il y a parmi nous l'Esprit Saint qui est à l'œuvre. Et dans le cœur de chacun d'entre nous se dessine déjà notre visage de sainteté. Et chez certains d'entre nous, ce visage commence déjà à apparaître. Nous pouvons en discerner quelques traits. Oui, la sainteté de Dieu est à l'œuvre en nous et c'est toute l'Église d'Aix et d'Arles qui est sur le chemin de cette sainteté. C'est nous tous et aussi tous ces hommes qui nous entourent qui, à travers nous, sont appelés par le Seigneur. Et cet appel du Christ doit atteindre leur cœur et leurs oreilles, peut-être à travers nous-mêmes. Nous sommes les témoins de cet appel du Christ. Nous sommes les instruments de cette grâce du Christ. Nous sommes les ministres par lesquels le Christ veut que cet appel à la sainteté, cette force sanctifiante, que ce dynamisme de l'Esprit Saint se répande et atteigne tous les hommes. Et pas simplement les hommes du monde entier ce qui pourrait être une sorte de philanthropie qui pourrait être d'autant plus vague qu'elle est plus générale, mais ces hommes très concrets, ces hommes et ces femmes de chair et de sang que nous côtoyons chaque jour et qui, eux aussi, ont reçu ce même appel, qui, eux aussi, doivent parvenir à cette même béatitude. S'ils n'y parviennent pas, il y aura peut-être de leur faute, mais il risque d'y avoir aussi de notre faute à nous parce que nous n'aurons pas été assez transparents à cet appel de Dieu que nous n'aurons pas fait retentir, que nous n'aurons pas amplifié cette grâce que Dieu adresse à tout homme et à toute femme.

Il ne faut donc pas considérer simplement les saints du dehors, mais nous sentir aussi entraînés par eux, avec eux et chargés d'entraîner par nous et avec nous nos frères et nos sœurs, sur ce chemin qui conduit à Dieu et à l'établissement réel de tout ce que nous portons en nous de richesse et d'aspiration au bonheur. Nous nous plongeons ainsi dans cette famille et dans notre vocation de témoins du Christ qui aident les autres à entendre l'appel du Christ et à y répondre.

 

AMEN