DES SAINTS DÉSINTÉRESSÉS
2 Co 6, 3-10 ; Jn 15, 1-8+11-16
SS. du diocèse d'Aix et d'Arles - (8 novembre 2001)
Homélie du Frère Yves HABERT
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'est donc aujourd'hui la fête de tous les saints de notre diocèse, dans l'orbite, la trajectoire de la fête de tous les saints. Cela me fait penser à une poupée gigogne, à ces poupées russes qui contiennent d'autres petites poupées. On va s'arrêter là, on en va pas fêter les saints de notre paroisse, mais je crois que c'est important de fêter aujourd'hui les saints de notre diocèse. C'est fêter en même temps une sainteté qui se place sur une terre, une sainteté qui est liée à un évêque, qui est liée à un successeur des apôtres, et c'est en même temps rejoindre quelque chose d'extrêmement important, qui est même le fondement de notre foi chrétienne, c'est que notre sainteté elle est liée à une terre depuis que Dieu s'y est incarné.
Depuis Noël, depuis que Dieu a épousé notre humanité, en se faisant homme sur une terre particulière, nous n'avons d'autre moyen de nous élancer vers la sainteté à la suite du Christ, que précisément de la vivre là où nous sommes plantés. On pourrait trouver cela un peu anachronique, dans ce monde où il y a tellement de mobilité, où l'on est déplacé tous les trois ans, avec femme, enfants, bagages, pour rejoindre un autre poste, parce que la Holding à laquelle on appartient a changé, le siège social a été racheté, a été absorbé par un autre société, mais je crois que c'est extrêmement important de garder quand même cela. Je retrouve une phrase de Dostoïevski qui dit : "Qui n'a pas de terre sous ses pieds n'a pas non plus de Dieu".
Je crois que cette fête des saints de notre diocèse ne pourrait pas se fêter non plus dans d'autres religions, cela n'aurait aucun sens en Islam par exemple, ni dans l'hindouisme. C'est parce que Dieu s'est vraiment incarné que nous pouvons fêter les saints d'un diocèse, d'une terre particulière.
Qu'est-ce que la liturgie nous propose comme textes aujourd'hui ? La deuxième lettre aux Corinthiens, et j'ai été frappé en entendant ce passage que saint Paul joue sur des oppositions. Quand on lui demande de rendre compte de ce peuple de saints qui est à Corinthe, il joue en termes d'opposition : imposteur et véridique, mort et vivant, triste et joyeux, pauvre et riche. Il fait jouer ces oppositions d'une façon très nette, il n'y a pas de place pour une sorte de milieu. Il fait jouer ces oppositions comme du cristal, d'une façon très tranchante. Mais c'est pour nous faire comprendre une sorte de méprise.
Je crois qu'on se méprend sur les saints. Il y a un malentendu avec les saints, comme il y a un malentendu avec les chrétiens et avec l'Église. Combien de fois nous prend-on pour des gens tristes, alors que dans cette Eucharistie par exemple nous allons trouver une joie nouvelle, non une joie exubérante, mais une joie qui serait prête à tout renverser, encore que cela ait existé dans l'Église, de ces saints qui ont eu une joie exubérante. On va nous plaindre, on va dire : "les pauvres", nous portons dans des vases d'argile un véritable trésor. On va nous dire, les pauvres, ils se sont encore trompés, ils pensent qu'ils ont la vérité, alors que nous sommes saisis par cette Vérité. Nous ne la possédons pas, mais elle nous a possédé un jour ! Il y a une sorte de méprise, et je crois que c'est cette méprise qui empêche un sentiment de la part de ceux qui ne sont pas dans l'Église, ce sentiment qui débouche sur les saints, cette méprise qui fait qu'on n'a pas d'admiration pour les saints.
C'est parce qu'on se méprend sur leur compte qu'on ne peut pas être admiratif de leur vie, peut-être que ce sentiment d'admiration s'est perdu, même aller sur Mars ne suscite qu'un intérêt limité. Alors que les saints sont vraiment dignes d'admiration, pour une chose, à mon sens, qui est soulignée par cette deuxième lettre de saint Paul aux Corinthiens : si les saints sont susceptibles d'éveiller en nous un sentiment d'admiration, c'est parce que sont des hommes et des femmes marqués par le désintéressement. Ils ont cette faculté supérieure, je crois, d'être désintéressés, d'aimer, point à la ligne, d'aimer simplement, d'aimer sans intérêt, d'aimer comme on partage du pain, comme on partage une parole, d'aimer comme on fait une Eucharistie.
AMEN