LA SAINTETÉ AU QUOTIDIEN
2 Co 6, 3-10 ; Mc 10, 28-31
SS. du diocèse d'Aix et d'Arles - (8 novembre 1980)
Homélie du Frère Michel MORIN
Arles : Saint Trophime
Les saints dans le sein d'Abraham
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orsque nous parlons de sainteté, notre première impression, notre première réaction c'est de penser que la sainteté est quelque chose de lointain, de difficile. C'est fait pour des gens un peu extraordinaires, avec une vie qui n'est pas tout à fait la nôtre, et qui sont plus connus que nous. Or la sainteté n'est pas quelque chose d'extraordinaire ou de lointain, pour la bonne raison que la sainteté c'est tout simplement la présence et l'action quotidienne de Dieu en nous. Or Dieu n'est pas extraordinaire, et Il n'est pas lointain non plus. Il n'est pas extraordinaire parce qu'Il vit avec nous, là même où nous vivons aujourd'hui, quelles que soient nos situations, que nous soyons mariés, laïcs, moines, jeunes ou vieux, ce n'est pas cela essentiellement qui fait le chrétien, mais c'est cette ouverture de notre cœur, dans la situation qui est la nôtre, dans notre vocation, là où l'appel de Dieu nous a rejoint, cette ouverture incessante et continuelle à la présence du mystère de Dieu, de la sainteté de Dieu.
La sainteté est extrêmement proche. Ce n'est pas quelque chose qui marche à côté de nous, c'est une source qui est en nous et Dieu seul connaît ce germe de sainteté qu'Il a déposé lui-même dans notre vie, à partir du moment où nous sommes venus à la vie, où sa grâce est devenue manifeste et visible en nous par le baptême. Dieu connaît ce germe de sainteté que parfois nous-mêmes nous avons beaucoup de peine à repérer et à discerner dans les multiples activités de notre vie, dans les multiples rudiments de notre pensée et de notre recherche. Dieu est proche. Dieu est au milieu de nous. Dieu est en notre propre cœur.
Et c'est cela que nous fêtons aujourd'hui, lorsque, dans une fête liturgique unique nous célébrons la sainteté de tant de frères et de sœurs de ce diocèse d'Aix-en-Provence. Ils ont vécu là où nous vivons. Ils ont vu du monde ce que nous en voyons. Ils ont connu, dans la société, même si elle est un peu transformée, au fond l'homme ne change pas beaucoup de siècle en siècle, ils ont connu ce que nous connaissons. Ils se sont débattus probablement avec les mêmes problèmes, ils ont connu les mêmes joies, les mêmes angoisses. Ils ont attendu, pour le même péché que nous, l'unique pardon de Dieu. Ils se sont réjouis comme nous de l'unique grâce de Dieu, dans ce pardon, dans sa joie, dans ses sacrements.
Ainsi fêter tous ces hommes et ces femmes inconnus que l'Église n'a pas retenus mais qui ne sont connus que de Dieu seul, parce que leur nom a été inscrit au livre de Vie, fêter tous ces gens c'est simplement et spontanément accepter, nous aujourd'hui et ici, de prendre cette longue cohorte d'hommes et de femmes, chrétiens qui mariés, pas mariés, avec des enfants, avec une maison, sans enfants, sans maison, ont accepté que l'évangile soit la seule raison de leur vie. "A cause de moi, dit Jésus et à cause de l'évangile."
En cette Eucharistie, nous demanderons que la joie de notre baptême, que la grâce de notre baptême, ce germe de sainteté que Dieu a déposé en nous, se déploie sans réticence de notre part, sans obstacle de notre part, pour que, chaque jour, elle atteigne, petit à petit, cette mesure, ce poids que Dieu veut lui donner, jusqu'au moment où cette sainteté de Dieu sera suffisamment lourde en nous pour nous faire basculer normalement, vers sa gloire, vers la gloire du royaume, dans lequel, avec tous les saints que nous fêtons aujourd'hui, nous pourrons nous réjouir parce que Dieu accueille dans son Royaume tous les gens qui l'ont cherché, tous ceux qui l'ont aimé, à travers la sainteté quotidienne de chaque jour, de chaque être.
AMEN