L'APPEL A LA CONVERSION
Ac 20, 17-36; Jn 10, 1-16
St Charles Borromée - (4 novembre 2004)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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rères et sœurs, l'Église de la fin du Moyen-Age et de la Renaissance avait beaucoup de tares et de défauts, et saint Charles Borromée, au début de sa vie avait tout pour illustrer ces tares et ces défauts. Il était le neveu du pape, le pape Pie IV, et il avait seulement vingt-deux ans lorsque le pape le fit cardinal, évêque, secrétaire d'état. C'est ce qu'on appelle le "népotisme" qui vient du mot "népos", neveu. Il aurait pu être un évêque de cour, il aurait pu être un fonctionnaire de l'état pontifical, il aurait pu, fort de ce record dans l'âge jeune pour recevoir des charges, profiter de la situation pour vivre dans le luxe comme tant d'autres l'ont fait autour de lui et après lui, et vous le savez, ces tares de l'Église ont duré longtemps encore.
Mais Charles Borromée était habité par l'Esprit du Seigneur, et au lieu de profiter de tous ces avantages dont il disposait, il a voulu, dès la mort de son oncle, regagner son diocèse de Milan et s'y consacrer de toute son âme, de toutes ses forces pendant toute sa vie qui n'est pas si longue, car, né en 1538, il mourra en 1580, donc à quarante-deux ans. Il a consacré toute sa vie à l'application du Concile de Trente. Nous avons un vision un peu lointaine du Concile de Trente. Nous savons que c'est le plus grand Concile de l'histoire de l'Église, qu'il a mis en place beaucoup d'éléments doctrinaux, notamment sur l'eucharistie, la présence réelle, les sept sacrements, et pour nous, la réforme du Concile de Trente, qu'on appelle la contre-réforme parce qu'elle s'est faite à l'occasion des réformateurs que l'on appelle protestants, la réforme du Concile de Trente, nous l'imaginons surtout comme une sorte de mise en place un peu dure et sévère de la doctrine de l'Église catholique, en face des hérétiques. Mais en fait, le Concile de Trente a fait une œuvre d'une très grande profondeur théologique et aussi pastorale. Théologique, notamment parce que le Concile de Trente, tout en défendant l'initiative de la grâce de Dieu en toutes choses, a mis en valeur le rôle de l'homme qui reçoit cette grâce, le rôle de la liberté, la jonction entre cette initiative vraiment gratuite de Dieu en toutes choses, et puis la nécessaire réponse de l'homme qui doit faire sienne cette volonté de Dieu, faire sienne cette grâce et donc déployer toutes ses énergies pour participer à l'œuvre du Salut dont il est lui-même le bénéficiaire et l'objet.
Œuvre théologique donc, mais aussi, œuvre pastorale. Nous voyons par l'exemple même de saint Charles Borromée le danger que l'Église courait à cette époque à cause de toutes sortes d'habitudes, de laisser-aller, de facilités qu'on s'était donné. Le Concile de Trente est le point de départ d'une conversion générale, un appel à la conversion de toute l'Église. Et dans le diocèse de Milan, et par le rayonnement de sa personnalité, et au-delà des limites de son diocèse, Charles Borromée va être un des animateurs de cette réforme.
Réforme du clergé d'abord, par la création des séminaires. Imaginez que jusque-là, il n'y avait pas de lieu de formation des futurs prêtres, ils se formaient sur le tas, comme ils pouvaient. On dit que vers cette époque, il y a eu un curé de la cathédrale d'Aix, qui, sachant qu'il fallait consacrer le pain et le vin en latin, mais ne sachant de latin que l'Ave Maria, il s'imaginait qu'il consacrait le corps du Christ en disant Ave Maria, gratia plena. C'est dire l'ignorance du clergé. On a créé les séminaires à cette époque et saint Charles Borromée est un de ceux qui a agi fermement dans ce sens.
Mais aussi, vitalisation de tout le peuple chrétien, c'est cela que le Concile de Trente s'est efforcé de faire. saint Charles Borromée est un de ceux qui ont développé les visites pastorales, inlassablement il a visité son diocèse, prêchant dans les paroisses pour que tous accèdent, au-delà des dévotions, à une foi véritable, solide et structurée. Il a aussi fortement développé un mouvement en faveur de la conversion des cœurs, notamment de la confession des péchés. Il a insisté beaucoup auprès de tous ses fidèles pour qu'ils recourent à ce sacrement de pénitence, et pour leur faciliter l'accès à ce sacrement, c'est lui qui a inventé le meuble du confessionnal.
Saint Charles Borromée a donc été un pasteur inlassable. Il a aussi développé les institutions caritatives de l'Église et notamment les hôpitaux, il a joué un rôle important dans une peste qui a décimé sa ville épiscopale de Milan. Saint Charles Borromée donc est un exemple très concret de ce bon pasteur dont nous parlait l'évangile. Le bon pasteur, c'est d'abord certes et avant tout, Jésus-Christ lui-même, c'est lui le seul pasteur. Mais précisément, il charge les évêques, les prêtres, les diacres, tous les ministres, d'être ceux qui manifestent la sollicitude pastorale de Jésus concrètement à tout le peuple chrétien. Les prêtres, les évêques, sont les représentants du Christ, ils sont ceux qui quotidiennement doivent manifester ce souci pastoral de Jésus pour tout le peuple qui lui appartient.
Et c'est cela que saint Charles Borromée pendant sa courte vie n'a cessé de faire, il a prêché par l'exemple, par la parole, il a prêché par les institutions, il a prêché de toutes les manières pour que la vérité de Dieu puisse pénétrer non seulement les esprits, mais aussi les cœurs, et puisse aider les hommes de son temps à convertir, c'est-à-dire à retourner leur regard depuis les réalités faciles du monde créé vers l'exigence même de Dieu.
Saint Charles Borromée, aujourd'hui encore, intercède pour notre Église qui a toujours besoin de se convertir aujourd'hui plus que jamais. Il intercède aussi pour les pasteurs pour qu'ils soient aussi actifs, aussi efficaces que lui l'a été en son temps, pour qu'ils aient un souci inlassable du peuple chrétien, et l'aident à découvrir la vraie foi et à convertir leur cœur à l'amour véritable, à la charité véritable de Dieu.
AMEN