HOMME DE L'ÉVANGILE

Ac 20, 17-36; Jn 10, 11-16
St Charles Borromée - (4 novembre 2002)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, saint Charles Borromée est le type même de l'évêque réformateur et bon pasteur. En effet, il se situe à un tournant dans l'histoire de l'Église comme il y en a eu plusieurs, vers la fin du Moyen-Age, on ne peut pas dire que la si­tuation de l'Église était dans une situation particuliè­rement brillant, et s'il y a eu la réforme, ce n'est pas sans raison. Les évêques s'occupaient plus d'adminis­trer leurs domaines personnels, d'aller à la chasse à courre plutôt que de gérer leur diocèse et de s'occuper des fidèles, des brebis de leur troupeau, un peu ce qui se trouvera à la fin de l'ancien régime, à la veille de la révolution.

D'ailleurs, saint Charles Borromée manifeste en sa propre personne cette décadence du clergé puis­qu'il a été archevêque et même cardinal très jeune, ce qui ne suppose pas beaucoup de choix et d'attention de la part de ceux qui le nommaient à des postes aussi élevés et à un âge si jeune.

Or, voilà que cet homme qui aurait pu, comme tant d'autres s'occuper de lui-même et de ses biens, va être le pasteur par excellence. Entre-temps est intervenu le Concile de Trente qui a réformé l'Église dans un nombre considérable de domaines, et pas seulement au niveau de la foi, mais aussi au ni­veau pastoral, et saint Charles Borromée va être celui qui à Milan, son archi-diocèse, appliquera toutes les réformes du Concile de Trente avec beaucoup d'at­tention et une persévérance et une charité très grande. saint Charles Borromée se caractérisera dans son diocèse par la fondation des séminaires. Il faut savoir qu'à la fin du Moyen-Age, il n'y avait pas de séminai­res et que les prêtres étaient formés un comme ci, comme ça. Il va donc ouvrir des séminaires selon le désir du Concile. Il va réunir des synodes dans son diocèse, rassemblant les prêtres pour raviver la flamme dans leur cœur, pour étudier ensemble les actions pastorales à entreprendre. Il va aussi remettre en vigueur ce que beaucoup d'évêques avaient ou­bliée, les visites pastorales, c'est-à-dire qu'il parcourra sans cesse son diocèse de paroisse en paroisse pour avoir un contact direct et personnel avec chacune de ses brebis, comme nous le dit l'évangile, "les connaî­tre par leur nom pour qu'elles connaissent et écoutent sa voix". Il va donc se dépenser sans compter auprès de tous les fidèles de son diocèse et de tous les mem­bres de son clergé.

Un évêque c'est donc celui qui, dans une Église particulière, c'est-à-dire une Église locale, que ce soit celle de Milan pour Charles Borromée, ou celle d'Aix en Provence pour Monseigneur Feidt, ou n'importe quelle autre Église locale, un évêque est celui qui, dans une Église locale est le successeur des apôtres, il est celui qui rend présent la charge aposto­lique, non pas au sens un peu diminué du mot aposto­lique, où l'on parle d'apostolat, mais vraiment au sens fort où il est le représentant, celui qui rend présent la personne de l'apôtre, des douze, qui ont directement reçu de Jésus le choix et qui ont reçu de lui la mission de l'évangile à annoncer jusqu'aux extrémités de la terre. L'évêque c'est donc l'homme de l'évangile. C'est celui qui inlassablement prêche le message du Christ, celui qui aide les chrétiens, un par un, à vivre de ce message, à vivre de cet évangile, à le faire passer dans leur vie. C'est pourquoi la tâche de l'évêque est une tâche si considérable. Nous avons parfois l'impression que les évêques d'aujourd'hui sont plus des adminis­trateurs, et qu'ils passent plus de temps en regroupe­ments et en réunions d'assemblées épiscopales, mais leur vraie charge, leur charge fondamentale, c'est de connaître leurs brebis une par une, de les suivre, de s'occuper de chacune, des problèmes personnels de chacune de leurs brebis. Peut-être que les diocèses aujourd'hui sont trop vastes pour qu'un évêque puise connaître toutes ses brebis, c'était déjà le cas d'ailleurs du diocèse de Milan, mais saint Charles Borromée s'est arrangé quand même pour entrer en contact avec toutes ses brebis innombrables qui peuplaient son diocèse.

C'est cela la charge fondamentale de l'évê­que : être présence des apôtres, c'est-à-dire de Jésus-Christ lui-même auprès de chacun des chrétiens, pour que chaque chrétien rencontrant personnellement dans la personne de l'évêque, le Christ en personne, puisse devenir pleinement semblable à Jésus.

Frères et sœurs, nous ne saurions donner trop d'importance à la place de l'évêque dans son diocèse, dans ce peuple de Dieu, dans cette Église locale dont il a reçu la charge. Prions pour notre évêque, pour tous les évêques, pour qu'à l'image de saint Charles Borromée ils sachent remplir pleinement cette mis­sion si exigeante qui leur est donnée d'être présence de Jésus-Christ, présence des apôtres, présence de l'évangile auprès de chacun de nous.

 

 

AMEN