UN LANGAGE SI SIMPLE

Ac 20, 17-36; Jn 10, 11-16
St Charles Borromée - (4 novembre 2000)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

I

l y a dans le panthéon des saints beaucoup plus de saint évêques que de saintes mères de famille. On peut le regretter en se demandant s'il suffit d'être évêque pour être saint. Lorsqu'on fête saint Charles Borromée, ce que je viens de dire ne s'appli­que pas au départ véritablement à un principe de sainteté. Je crois qu'il détient un record qui ne sera ja­mais battu, docteur en droit à l'âge de seize ans, ap­pelé par son oncle, le pape Pie IV qui en fait un cardi­nal à vingt-deux ans, il avait bien démarré dans la carrière ecclésiastique, ce n'était pas forcément ou à priori un bon démarrage pour la sainteté. D'autant plus que c'est une époque encore où Charles Borro­mée va mener à bien la fin des travaux du Concile de Trente, et rejoindre à la mort du Pape Pie IV, son diocèse. Là, il va se donner à sa tâche corps et âme. Cela n'allait pas de soi, à l'époque, puisque la contre-réforme, réaction à la Réforme qui ayant bien senti les dérapages dans l'Église catholique, avait réagi vio­lemment. Le clergé se préoccupait plus des premières places auprès d'un pouvoir temporel qui le tenait en laisse ou encore de la corruption qui pouvait exister dans ce clergé, comme aussi du manque d'éducation théologique pour ce même clergé.

Le peuple a pâti de cette situation, et la ré­forme du concile de Trente, si elle a eu le souci de redécouvrir l'image du Bon Pasteur, pour l'appliquer à celle de l'évêque, c'est parce que cette image, il faut bien le reconnaître, avait disparu et n'était plus le mo­dèle des évêques, ou du moins de très peu d'entre eux. A l'instar de saint François de Sales, Charles Borro­mée va vivre pour lui-même cette vocation qui était inscrite dans l'ordination épiscopale qu'il avait reçue. A cette époque, on n'était pas prêtre, à plus forte rai­son évêque parce qu'on en avait la vocation, mais en l'occurrence, Charles Borromée a vécu ce ministère comme une véritable vocation, un appel à réaliser ce que nous avons entendu dans cet évangile du Bon Pasteur. Le Bon Pasteur ne couvre pas uniquement une image bucolique, et Charles Borromée l'a bien compris. Le Bon Pasteur, comme le dit l'évangile, c'est celui qui donne sa vie pour ses brebis, c'est celui qui ne brûle pas les étapes, il passe par la porte à l'in­verse de celui qui vient pour rançonner ou égarer les brebis. Le Bon Pasteur est celui qui sait trouver ce qui est bon pour ceux dont il a la charge.

Quand Charles Borromée applique cette image du Bon Pasteur à ce qu'il a à faire, cela a donné comme premier souci chez lui de mettre en place le presbyterium, et que ces prêtres, il faut les former. Pour lui, fonder des séminaires, ce n'était pas fonder de parfaits collèges anglais, mais c'était fonder une pépinière, comme l'indique le nom, et cette pépinière devant apporter qualité et travail à ceux qui étaient appelés à recevoir cette charge. C'était pour lui un souci premier. Et ce souci de formation, il l'a étendu aussi à son peuple, il a exhorté, visité son diocèse, il a prêché, il a fait ce que le concile Vatican II définira dans la charge des évêques : il n'a cessé d'enseigner.

Il a gouverné comme tout bon évêque, il a en­seigné et travaillé à la sanctification de ses brebis. Cela peut faire sourire, puisque c'est lui qui a inventé les boîtes, qu'on a appelé dans la suite des confes­sionnaux, mais il a eu le souci de faire participer plei­nement ce peuple à la grâce des sacrements. Là aussi, ce n'était pas évident. Dans les querelles jansénistes de France, il sera souvent cité par ceux qui s'opposant aux jansénistes veulent que les chrétiens puissent communier plusieurs fois, car Charles Borromée était pour la communion fréquente.

Voilà le visage du pasteur Charles Borromée. Je citerai un petit passage où ses soucis apparaissent dans la simplicité du langage qui était le sien, pour annoncer l'évangile. Lorsqu'il demande à quelqu'un s'il veut progresser dans la vie spirituelle, il lui dit : "Ecoute-moi bien. Si un petit feu d'amour divin est déjà allumé en toi, ne le montre pas tout de suite, ne l'expose pas au vent, garde fermée la porte de ton four pour ne pas laisser perdre la chaleur. Cela veut donc dire : fuis autant que possible les distractions, demeure recueilli en Dieu, évite pour cela les conver­sations frivoles. As-tu la charge de prêcher et d'en­seigner ? Étudie, applique-toi en tout ce qu'il faut pour bien exercer cette charge. Soucie-toi d'abord de prêcher par ta vie et par ta conduite, évite qu'en te voyant dire une chose et en faire un autre, les gens ne se moquent de tes paroles en hochant la tête". Charles Borromée a prêché, mais aussi essentiellement par sa vie. Il s'est dévoué pour son peuple, et l'on peut dire qu'il a manifesté, comme je le soulignais, ce visage du Bon Pasteur. Mais n'oublions pas aussi que les brebis savent reconnaître la voix du Bon Pasteur. Charles Borromée est un exemple, puisque ce qu'il demandait aux autres, il se l'appliquait à lui-même. Que ce soit par toute notre vie que l'évangile soit annoncé.

 

 

AMEN