RÉFORMATEUR AUDACIEUX

Ac 20, 17-36; Jn 10, 11-16
St Charles Borromée - (4 novembre 1994)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

Q

uelle ironie de l'histoire ou de l'Église qui a permis à Charles Borromée placé par son oncle le pape à un poste d'évêque sans qu'il eût d'avance la vocation de défendre en une époque très conflictuelle la véritable liberté controversée par les protestants de la Réforme ! Charles Borromée n'avait pas choisi de suivre le Christ ni l'Église, mais dans le choix qu'on lui imposait, devenant à 22 ans, premier secrétaire du Pape, il épousa non seulement la cause de l'Église mais défendit avec une rigueur et une obs­tination et un sens évangélique si profond cette Ré­forme du concile de Trente qu'il devint le modèle de tous les évêques qui tentaient de mettre en œuvre ce concile.

Saint Charles Borromée arrive en une époque extrêmement troublée et difficile ou l'Église, ayant été secouée par la Réforme, par les deux grands person­nages de Luther et Calvin, tente de retrouver son souf­fle premier. Il a fallu presque vingt ans, trois séries de longues études pour permettre à l'Église de retrouver sa confiance en elle, à la suite des critiques justifiées ou non faites par les réformateurs.

Il est curieux de constater que dans ces mo­ments où l'Église semble "prendre eau" des hommes et des femmes épousent si fondamentalement cette Église qu'ils en deviennent comme les familiers, comme des brebis qui reconnaissent la voix du Pas­teur. C'est comme si, en certaines époques, Dieu choi­sissait des gens qui avaient l'oreille ou l'intelligence assez développée pour devenir, à l'intérieur de l'Église, des familiers de l'Église qui savent dire l'Église. Il est certain qu'on peut reprocher à l'Église, en toute époque, de ne pas dire fidèlement le message qui la fait vivre et pour lequel elle est envoyée dans ce monde, mais il y a plusieurs façons de proclamer ce message. La première serait en critiquant l'Église elle-même, en pensant qu'elle est désuète, défaillante quant-au message qu'elle doit porter au monde, ou au contraire à se sentir si solidaire de cette Église qu'on la défende comme une famille blessée ou abîmée et qui a besoin d'être consolée et guérie.

Un vrai réformateur de l'Église comme saint Charles Borromée a été choisi par la Providence iro­nique et il s'est trouvé être le véritable porte-parole de cette famille blessée. Il a réussi, en participant aux dernières séances du concile de Trente et surtout en mettant en œuvre les prescriptions de ce concile, à faire œuvre de redressement pour que l'Église re­trouve son véritable visage de mère et d'Epouse de Dieu.

Nous sommes tous appelés, à un moment donné de notre vie à devenir ces familiers du cœur même de l'Église, non pas à la défendre contre les loups qui peuvent l'assaillir mais surtout à lui être si étroitement attachés, comme une seule chair, que nous sentons comme nôtres les attaques que le monde lui porte, et qu'à ce moment-là nous ayons envie, non pas de réformer l'Eglise, mais de convertir notre pro­pre cœur. Appelés à cette tâche de construire l'Église demandons au Seigneur que nous ayons l'intelligence et l'ardeur de saint Charles Borromée pour proclamer son message avec intelligence et avec perspicacité aux hommes qui nous entourent et à en vivre davan­tage chaque jour.

 

 

AMEN