À L'ÉCOLE DE LA FOI
Ac 20, 17-36; Jn 10, 11-16
St Charles Borromée - (4 novembre 1992)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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aint Charles Borromée a été archevêque de Milan peu après la clôture du concile de Trente. A vrai dire il avait tout pour représenter les défauts de l'Église pré-conciliaire et synthétiser en lui ce que précisément ce concile voulait réformer. Certes il était intelligent, certes il était précoce, mais enfin il était docteur de l'université de Pavie à seize ans, cardinal à vingt-deux ans et il était surtout le neveu du pape. Vous savez ce que veut dire le mot "népotisme". Il était aussi secrétaire d'état, archevêque de Milan sans résider à Milan, étant à la Curie romaine pour expédier les affaires d'état. Il avait donc tout ce qu'il fallait, d'une certaine manière, pour profiter des avantages d'une carrière ecclésiastique. Or saint Charles Borromée a été le type même de l'évêque réformateur, appliquant dans ses moindres détails et avec un souci pastoral intense le concile de Trente. Sitôt son oncle le pape Pie IV décédé, il prend possession de son archevêché de Milan qu'il n'a plus jamais quitté et où il a appliqué sous tous ses angles la politique de réforme du Concile. Il est l'initiateur des synodes diocésains Dans notre diocèse nous avons eu récemment un synode, c'était renouer avec une coutume que le concile de Trente avait inventée pour que le clergé reprenne régulièrement conscience de sa mission pastorale. saint Charles Borromée a été aussi l'initiateur des séminaires, car avant le concile de Trente les prêtres étaient formés "sur le tas" ou pas formés du tout. C'est pour cela que l'on pouvait être "docteur" par protection à l'âge de seize ans. Il a réformé l'usage et la pratique du sacrement de Pénitence : il est l'inventeur des confessionnaux et l'auteur d'un manuel d'instructions aux confesseurs pour apprendre aux prêtres de son diocèse à exercer ce ministère trop souvent délaissé ou pratique d'une façon négligente à la fin du Moyen-Age. Il a prêché sans cesse la réforme à la fois de la vie du clergé, de la vie des fidèles. Il a été le gardien de la foi face à l'hérésie protestante en prêchant inlassable ment la conversion des cœurs. Il a aussi mis en place des œuvres caritatives, en particulier pour les malades. Et quand la peste a servi dans son diocèse, il a lui-même donné de sa personne pour soigner les victimes de l'épidémie. Il a visité son diocèse paroisse par paroisse, et Dieu sait que le diocèse de Milan est un grand diocèse aux vastes étendues, et ceci sans les moyens de transport actuels. Donc sur tous les points, il a appliqué avec un soin méticuleux, avec une passion soutenue et inlassable, toutes les directives du concile de Trente qui voulait réformer l'Église bien malade à la veille de ce concile.
Je pense que l'exemple de saint Charles Borromée s'adresse à chacun d'entre nous. Nous ne sommes pas évêques, mais nous sommes nous aussi situés après un concile qui a voulu réformer profondément la vie de l'Église. Et cette réforme n'est pas seulement le fait des membres de la hiérarchie, des évêques ou des prêtres, cette réforme s'adresse à chacun d'entre nous et elle commence par la réforme de notre cœur, de notre vie, de notre intelligence, de notre esprit. C'est la réforme de nous-mêmes et de notre foi, c'est l'approfondissement de notre adhésion au Christ et de notre connaissance de la révélation du mystère de Dieu. C'est ainsi que commence l'application du concile Vatican II qui n'est pas d'abord une affaire de presse, de médias ou de grandes déclarations, mais le creusement de l'évangile. Alors mettons-nous tous à l'école des saints qui, comme saint Charles Borromée, chacun à son époque, a voulu retrouver la flamme de l'évangile, la force de l'Esprit, la puissance de la Loi Nouvelle. Remettons-nous à l'école de la foi, de la foi qui transforme nos vies, de cette inlassable conversion de nos cœurs. Si on dit parfois que le concile de Vatican II n'a pas changé grand-chose et bien des défauts en ont découlé, ne rejetons pas ces défauts sur les autres. Il est trop facile de dire que les prêtres l'ont mal appliqué, que les évêques ont trop laissé faire, que les chrétiens y ont vu une porte ouverte à toutes les fantaisies. Commençons par regarder comment nous avons nous-mêmes essayé de comprendre, de connaître, d'étudier, d'appliquer, de vivre ce concile qui est d'abord, comme tous les conciles, un appel à la sainteté, un appel a l'évangile.
Alors rentrons à l'intérieur de notre cœur, mettons-nous à l'école du Christ, comme l'a fait saint Charles Borromée, et ce concile, comme les autres, portera des fruits qui sont d'abord des fruits de lumière, des fruits de sainteté, des fruits de conversion.
AMEN