LES ABUS DANS L'ÉGLISE
Ac 20, 17-36; Jn 10, 11-16
St Charles Borromée - (4 novembre 1989)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
|
S |
aint Charles Borromée est le fruit des abus qu'il a travaillé à corriger à la suite du concile de Trente. Il était le neveu du pape Pie IV, c'est pourquoi, selon le népotisme de l'époque, il fut fait cardinal à vingt-deux ans et secrétaire d'Etat par la même occasion. Ce qui fait que dans toute l'histoire de l'Église où il y a eu pourtant beaucoup de promotions prématurées, il est sans doute le plus jeune à avoir été secrétaire d'Etat. Il faut dire qu'il était assez doué puisque, à seize ans, il était déjà docteur en droit de l'université de Pavie, donc il avait déjà une petite carrière de six ans derrière lui, mais il était surtout le fruit de sa parenté avec le Pape.
Saint Charles Borromée a appliqué le concile de Trente, réformant les abus de l'Église, le népotisme étant un des abus majeurs de ce temps. Il y a travaillé de toute son âme, de toutes ses forces, de toute son intelligence, traversant inlassablement son diocèse de Milan, visitant toutes les paroisses pour susciter partout la réforme des mœurs, la réforme du clergé d'abord, essayant de promouvoir la conversion des cœurs. Pour la petite histoire, son souci pastoral lui a fait inventer le confessionnal pour faciliter l'accès au sacrement de pénitence.
Il nous invite à une réflexion sur nous-mêmes. La réforme de l'Église et la transformation du monde commence par notre propre conversion. Il ne sert à rien de vouloir convertir les autres si on ne commence pas par se remettre en question soi-même. Ou plus exactement, la seule choses sur laquelle nous ayons vraiment prise, c'est notre vie. Si nous étions pleinement convaincus de cela, pas mal de choses changeraient non seulement dans la vie de l'Église, c'est trop clair, mais d'abord dans notre vie familiale, professionnelle ou personnelle. On entend dire : mon mari fait ceci, ma femme est comme cela, il y a tel défaut dans notre famille qui vient de telle erreur, de telle déformation. Dans les entreprises, ce sont toujours les autres qui travaillent mal ou font tout de travers. Chacun sait bien que si une entreprise marche mal, c'est parce que le patron exploite les ouvriers, à moins que ce ne soit les ouvriers qui ne fichent rien alors que le patron se donne beaucoup de mal. Ce sont toujours les autres qui ont tort. Ceci est une solution facile qui nous met à l'aise et nous permet d'avoir une bonne conscience, mais cela ne résout rien. Quand nous accusons les autres, nous ne pouvons pas les convertir à leur place, alors ceci nous satisfait, mais ne produit pas beaucoup de résultat.
Si nous cherchions avec lucidité à voir quelle est notre part de tort, ce qui ne va pas de notre fait, soit dans notre famille, soit dans l'entreprise dont nous nous occupons, soit dans la société à laquelle nous appartenons, peu importe, alors, là, peut-être que ça ne changerait pas la face du monde, mais en tout cas cela changerait un tout petit quelque chose, parce que nous convertir c'est une chose qui est toujours possible. Se remettre en question est la seule voie utilisable pour être efficace, mais c'est une évidence à côté de laquelle nous passons constamment. Pourtant c'est là le chemin de la conversion collective, communautaire. Si chacun d'entre nous s'examinait profondément sur ses défauts, sur ses erreurs, sur ce qu'il pourrait améliorer dans sa vie et dans sa communion avec les autres, alors un immense pas serait fait par l'addition de tous ces petits pas, avancés par chacun d'entre nous.
Saint Charles Borromée n'a pas hésité à porter le fer là où était le mal, même si, en fait, il était lui-même un privilégié de ce mal et de cette erreur. Suivons son exemple n'hésitons pas à remettre en question même les idées qui nous sont familières, même les attitudes qui nous semblent légitimes. Essayons d'examiner en profondeur et de remettre à zéro notre impression, notre manière de voir, afin d'essayer de transformer quelque chose dans notre vie, et à partir de notre vie, d'aider à ce que se transforme la vie des autres, la vie de l'Église et la vie du monde.
AMEN