UNE ACTIVITÉ DÉBORDANTE
Ac 20, 17-36; Jn 10, 11-16
St Charles Borromée - (4 novembre 1987)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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aint Charles Borromée est un fruit du népotisme c'est-à-dire cette habitude (des papes en particulier) de faire de leurs neveux des hauts personnages dans l'Église. Ainsi il devint cardinal à vingt-deux ans et secrétaire d'Etat en même temps qu'archevêque de Milan où il ne résida pas, du moins au début. Il valait mieux que le Pape son oncle s'y prenne tôt puisque Charles Borromée mourut à quarante-deux ans. A vrai dire, il était aussi par nature assez précoce puisque, à seize ans, il était déjà docteur en droit, et il avait tout pour réussir humainement dans une carrière ecclésiastique. De plus, il est devenu un saint. Archevêque de Milan, à mi-chemin entre saint Ambroise, le célèbre Père de l'Église, et le futur pape Paul VI qui ont occupé le même siège que lui, Charles Borromée a donné tout son temps et toute sa vie pour l'application du concile de Trente.
Il est un modèle parfait de pasteur et ceci de façon très concrète. Il s'est d'abord préoccupé de la formation du clergé en instituant des séminaires dans son diocèse, ce qui n'existait pas auparavant. Il a lui-même prêché l'exemple et donné aux confesseurs des instructions écrites de sa main pour que les prêtres exercent convenablement le ministère de la pénitence. Soit dit entre parenthèses, c'est lui qui a inventé les confessionnaux pour rendre plus facile aux chrétiens de l'époque l'accès au sacrement de la réconciliation. Il s'est beaucoup préoccupé de son peuple. Il a mis en place des synodes diocésains. Notre archevêque a décidé de faire un synode diocésain, saint Charles Borromée a utilisé le même moyen. A l'époque on s'occupait moins de l'apostolat des laïcs et davantage de la restructuration du clergé. Il a visité inlassablement toutes les paroisses de son diocèse, allant jour après jour de ville en village, prêchant sans cesse. Il s'est préoccupé aussi de mettre en place des institutions caritatives pour le soin des pauvres, à l'époque où la sécurité sociale n'existait pas et où l'Église était bien obligée de subvenir aux besoins urgents de ceux qui n'avaient rien. En particulier, quand la peste a éclaté à Milan, il s'est empressé de faire soigner et de soigner de ses propres mains ses diocésains.
Une vie donc très bien remplie, d'une grande sainteté, qui n'a duré que quarante-deux ans, dont vingt ans d'épiscopat, et qui nous montre ce que doit être un évêque, comment un évêque doit être sans cesse soucieux du moindre de ses diocésains, soucieux de tous les prêtres de son clergé, soucieux de cette marche en avant de toutes les brebis. L'évangile que nous venons d'entendre nous définit l'évêque, à partir des paroles mêmes du Christ, dans son rapport au troupeau. "Le pasteur, à la différence du mercenaire, n'abandonne pas ses brebis quand vient le loup" c'est-à-dire le danger. L'évêque est donc celui qui sait défendre contre le mal, contre le mal moral mais aussi contre le mal d'une doctrine perverse (tout cela est représenté par les loups). Pour cela, il doit connaître ses brebis. "Je suis le Bon Pasteur, je connais mes brebis et mes brebis Me connaissent" nous dit Jésus, et chaque évêque doit pouvoir dire de même. La relation personnelle entre l'évêque et les membres de la communauté chrétienne est tout à fait au centre de sa mission. Il ne peut pas être seulement un administrateur, un délégué du pape, une sorte de préfet établi à la tête d'une région appelée diocèse. C'est une relation personnelle avec les brebis qui fait le pasteur. Et Jésus ne se contente pas de connaître les brebis qui sont là dans le troupeau, car "il y a d'autres brebis qui ne sont pas de cette bergerie, celles-là aussi il faut que je les conduise pour qu'elles écoutent ma voix." Cela fait partie de la charge de l'évêque d'être missionnaire, d'avoir le souci de ceux qui ne sont pas dans l'Église, qui ne fréquentent pas les églises, qui apparemment sont indifférents ou étrangers, qui sont en dehors. Ceux-là, l'évêque ne peut pas ne pas s'en soucier de façon constante, permanente, aller à leur recherche comme Jésus le dira dans la parabole de la brebis perdue, les conduire, les ramener, "afin qu'il n'y ait qu'un seul troupeau", afin que tous les hommes soient rassemblés dans cette communion de joie et de paix qui est celle de l'Église. Et pour cela, l'évêque, comme Jésus, doit donner sa vie pour ses brebis. Il la donne au jour le jour, il la donne parce que c'est sa seule raison d'être, sa seule préoccupation, sa seule activité, de connaître ses brebis, de leur annoncer la Parole, de chercher celles qui sont égarées, de les rassembler en un seul troupeau, de les conduire jusqu'au seul, unique et vrai pasteur qui est Jésus-Christ.
Que saint Charles Borromée inspire aujourd'hui encore notre évêque et tous les évêques, par son exemple, par son inlassable souci du troupeau. Prions aussi pour que nous évêques soient véritablement de bons pasteurs et réalisent ce vœu du Christ : rassembler tous les hommes en un seul peuple.
AMEN