UN RÉFORMATEUR
Ac 20, 17-36; Jn 10, 11-16
St Charles Borromée - (4 novembre 1986)
Homélie du Frère Michel MORIN
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aint Charles Borromée est, dans la mémoire vivante de l'Église, un de ces très grands pasteurs qui a su comprendre et accomplir la véritable réforme dont l'Église a sans cesse besoin. Réforme qui veut dire lui redonner sa forme véritable. Et la forme véritable de l'Église c'est qu'elle soit le corps du Christ, c'est qu'elle soit le Temple de Dieu, c'est qu'elle soit la demeure de paix et de prière de ceux qui cherchent Dieu, c'est qu'elle soit consolatrice, mère, éducatrice, c'est qu'elle soit ce troupeau unique connu de l'unique pasteur. C'est ce qui fait d'ailleurs que le troupeau est unique, c'est qu'il est lié par le seul amour, le seul regard d'un pasteur unique.
Saint Charles Borromée a compris cela et c'est ce qu'il a vécu et accompli, tout au long de son ministère épiscopal à Milan. Il a vécu dans cette période qui a suivi le concile de Trente, et vous savez par expérience que toute période qui suit un concile est toujours une période difficile, c'est d'ailleurs sa chance et sa grandeur. Comme l'avaient demandé les Pères du concile de Trente, Charles Borromée, dans son diocèse, a créé des séminaires, il a convoqué des synodes, il a fait des visites pastorales et il a sans cesse, par sa parole et ses écrits, demandé la conversion de son peuple. Voyez, aujourd'hui encore, c'est cela qui se passe dans l'Église. Mais il faut bien comprendre que créer des séminaires, faire des visites pastorales ou convoquer des synodes, ce n'est pas cela qui réforme l'Église. Ce n'est pas cela qui lui redonne sa véritable figure, son véritable visage, son véritable cœur. Ce n'est pas cela d'abord qui permet à cette Église d'être, au milieu du monde, le témoignage vivant et vrai de la présence invisible du pasteur unique.
Si Charles Borromée a su faire, a su mettre en place, comme on dit aujourd'hui cette pastorale nouvelle, très nouvelle, que le concile de Trente avait demandée aux pasteurs, c'est aussi parce que, dans son cœur, il savait que la véritable réforme de l'Église c'était que chacun de ses membres ressemble au Christ. Les pasteurs doivent ressembler au pasteur et les brebis doivent ressembler aux brebis. Ceci porte un nom dans la foi chrétienne cela s'appelle tout simplement la sainteté. C'est la ressemblance lente, difficile, douloureuse de chacun des membres de l'Église au fondateur de l'Église, de chacune des brebis au pasteur, c'est la ressemblance que lui-même vient façonner, vient recréer dans le cœur, dans le visage intérieur de tous ceux qui sont entrés dans le mystère de sa mort et de sa résurrection, et qui, par le fait même, sont devenus"peuple baptisés, race choisie, sacerdoce royal, nation sainte" selon les expressions de l'Ancien Testament que reprend l'apôtre Pierre dans sa première épître.
Charles Borromée a compris qu'il n'y a pas de réforme véritable et authentique dans l'Église sans la conversion de chacun des membres de l'Église. Et ce qu'il a voulu vivre en son temps, nous sommes, brebis ou pasteurs, invités à le vivre dans notre temps qui, comme je le suggérais tout à l'heure, ressemble beaucoup au sien.
Nous parlons beaucoup de cette fameuse réforme de l'Église, nous parlons beaucoup de ce qu'il faut changer ou de ce qu'il ne faut pas changer. Nous parlons beaucoup de ce que nous avons envie, de ce que nous désirons pour l'Église : qu'elle soit généreuse, qu'elle soit ouverte, qu'elle soit accueillante. Et nous voudrions que Dieu fasse des miracles, mais Dieu ne fait pas des miracles de ce genre. Il donne à chacun la graine, la semence de la sainteté pour que nous puissions ensemble porter les fruits de la véritable réforme, de la véritable conversion de l'Église tout entière qui passera, de toute façon, par la conversion personnelle de notre cœur. Nous n'avons pas le droit d'exiger que les autres se réforment, même s'il s'agit des évêques ou du Pape, sans que la conversion passe dans notre cœur et dans notre vie. Il n'y a pas de restructuration, il n'y a pas de renouvellement pour l'Église qui ne passe d'abord par la conversion du cœur de chacun. C'est cela que Charles Borromée a compris, et avant d'entreprendre son œuvre de restauration pastorale, il a d'abord laissé le Christ le façonner intérieurement, à l'image du bon pasteur.
C'est parce qu'il a su vivre cela que la flamme de l'amour de Dieu a dévoré et consumé son cœur, et que cette lumière qu'il portait en lui est devenue lumière pour le troupeau. Comme le dit Grégoire de Nazianze : "la flamme qui dévore le berger devient lumière pour le troupeau." Et cette lumière de la flamme du cœur du berger, rayonnant sur le visage de chacune des brebis, c'est la joie de Dieu, car la beauté du troupeau c'est aussi la joie du pasteur.
Prions pour les pasteurs de l'Église. C'est un devoir important de prier pour ceux à qui le troupeau a été confié. Les premiers et les seuls savent que ce n'est pas à cause de leur mérite ou de leur sainteté qu'ils ont été choisis pour cela.
Si vous en doutez, moi je peux vous affirmer que c'est vrai. Si nous avons été choisis comme pasteurs ce n'est pas à cause de ce que nous sommes, mais c'est à cause de l'amour de Jésus pour vous, parce qu'Il a voulu que, dans la faiblesse de la vie des hommes, puisse transparaître un peu de cette beauté du visage du pasteur unique. Il faut donc que vous priiez chaque jour pour que ceux qui ont été choisis par Lui. "Ce n'est pas vous qui M'avez choisi, mais c'est Moi qui vous ai choisis !", pour que ceux qui ont été choisis par Lui puissent être, au milieu de vous, ces pasteurs non pas selon leurs désirs, selon leur propre modèle ou selon leur fantaisie, mais selon l'Image même du Christ, seul et unique pasteur. Et dans la communion des saints, vous savez que les pasteurs prient sans cesse pour vous, car il leur sera demandé compte pour cette charge qu'ils ont reçue. Ils auront à dire ce que sont devenues ces brebis que le Christ leur avait confiées. Est-ce que, grâce à leur ministère, grâce à la façon dont ils évoquent ce Pasteur unique, est-ce que la connaissance réciproque entre le Christ et chaque brebis s'est approfondie ?
Que cette eucharistie soit ce haut-lieu de la prière, de la communion de tous ceux qui forment, aujourd'hui, le troupeau du Christ, les pasteurs et les brebis, pour qu'ensemble nous puissions vivre cette véritable réforme que sans cesse le Christ nous demande et qui n'est autre que cette conversion du cœur à son amour, à son image et à sa ressemblance.
AMEN