UN ÉVÊQUE INVENTIF !

Ac 20, 17-36; Jn 10, 1-16
St Charles Borromée - (4 novembre 2009)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL 


Anvers : Saint Charles Borromée

 

F

 

rères et sœurs, saint Charles Borromée, archevêque de Milan, est une des figures emblématiques de ce qu'étaient les évêques, du moins de ce que devaient être les évêques, tels que le Concile de Trente les désirait.

Nous n'avons pas toujours idée des épreuves traversées par l'Église à certaines époques, et la fin du Moyen-Age est une de ces époques. Il y avait une grande détresse dans l'Église au plan pastoral. Beaucoup d'évêques étaient des nobles qui recevaient l'épiscopat et un évêché pour avoir des revenus financiers et bon nombre de ces évêques vivaient d'ailleurs à la cour plutôt que de vivre dans leur évêché. Les prêtres qui se trouvaient dans les paroisses étaient souvent très peu instruits, ils ne savaient ni le latin dans lequel on célébrait, ni même toujours parfaitement la grammaire. Les chrétiens étaient souvent très abandonnés à eux-mêmes et ils ne jouissaient pas de structures paroissiales vivantes qui leur auraient permis de retrouver la foi et de la nourrir.

Le Concile de Trente a eu une œuvre immense à réaliser, non seulement au plan doctrinal (ce n'est pas de cela que je veux vous parler aujourd'hui), mais au plan aussi de la structure et de la discipline de l'Église. Ce que vous ne savez probablement pas, c'est que les séminaires dans lesquels on forme les prêtres, n'existaient pas à ce moment-là. C'est le Concile de Trente qui les a demandés, les a instaurés, et qui a beaucoup aidé à leur fondation. Jusque-là, les prêtres étaient formés par le curé de leur paroisse, qui pouvait être un très saint prêtre, et même quelquefois un prêtre savant et cultivé, mais qui aussi très souvent, était un homme très bon peut-être, mais sans grande expérience et sans grande connaissance théologique. C'était donc un chantier considérable qui était assigné à ce Concile et les difficultés politiques furent nombreuses. Si l'on vivait à cette époque dans une sorte de chrétienté, si les princes se présentaient tous comme des envoyés de Dieu, cela avait aussi un certain nombre d'inconvénients car ils se mêlaient de ce qui ne les regardaient pas toujours et ils avaient leur idées bien précises sur ce qu'il fallait faire avec l'Église. Un seul petit exemple : la fondation des séminaires a été retardée pendant plus d'un siècle par la mauvaise volonté des rois de France qui voulaient agir selon leurs idées et non pas selon les directives du Concile de Trente.

L'œuvre était considérable, et des hommes comme Charles Borromée ont eu une grande part dans le travail de restructuration de l'Église. On peut relever trois points dans la vie de cet évêque. Tout d'abord, il a pris soin jour après jour, de ses diocésains. En particulier, c'est lui qui a restauré la pratique des visites pastorales de l'évêque, il est allé de paroisse en paroisse dans son diocèse de Milan pour reprendre contact avec les fidèles, pour leur redonner courage, et les appeler à vivre une vie chrétienne authentique. Un deuxième point, précisément, il a été un des principaux organisateurs des séminaires en vue de la formation des prêtres. Ce que nous connaissons aujourd'hui, les futurs prêtres qui pendant plusieurs années à la pensée théologique et à la pastorale, c'est grâce à des hommes comme saint Charles Borromée que nous pouvons en vivre. Troisième point, saint Charles Borromée n'a cessé de prêcher pour que la vraie doctrine, la vraie foi pénètre dans le cœur de tous, pour que ce ne soient pas simplement des œuvres de piété, mais que la foi soit enracinée profondément dans le cœur des croyants. Bien sûr, l'œuvre de saint Charles Borromée n'a pas suffi à transformer l'Église, ni même à transformer le diocèse de Milan, mais il a montré la voie et petit à petit un nombre croissant de prêtres et d'évêques lui ont emboîté le pas.

Nous sommes aujourd'hui aussi à une période qui demande de l'imagination, car dans l'Église, ce n'est pas tellement la connaissance théologique des prêtres qui manque, mais plutôt le nombre de prêtres. Il faut qu'aujourd'hui, les évêques dans l'Église aient de l'imagination pour restructurer les paroisses qui sont souvent moribondes et dans lesquelles le nombre des chrétiens est très faible par rapport à tous ceux qui ne fréquentent pas l'Église. Il y a beaucoup d'imagination à déployer dans la formation des jeunes futurs prêtres, qui soit véritablement une préparation à la rencontre des hommes tels qu'ils sont et à la prédication de la Parole de Dieu telle qu'elle est.

Frères et soeurs, demandons à saint Charles Borromée d'inspirer les évêques d'aujourd'hui, d'inspirer les prêtres d'aujourd'hui, d'inspirer tous les chrétiens d'aujourd'hui pour que leurs efforts conjugués permettent à l'Église de traverser les moments difficiles dans lesquels elle se trouve, pour pouvoir continuer à annoncer pleinement le mystère de Dieu.

 

AMEN