DONNER SA VIE POUR SES BREBIS

Ac 20, 17-36; Jn 10, 11-16
St Charles Borromée - (4 novembre 1982)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Anvers : Saint Charles Borromée

Q

 

uand on parle, dans l'Église, de la hiérarchie ou du clergé, on pense toujours à une catégorie particulière et suréminente de chrétiens qui détiendraient pouvoir, autorité, science. Mais, vous le voyez, quand l'Église, à propos d'un évêque, d'un grand évêque qui marqua l'histoire de son temps, saint Charles Borromée, nous propose la lecture de cette parabole où le Christ se compare au bon berger, ce n'est pas d'autorité de pouvoir ou de science, de supériorité qu'il s'agit, mais de l'intimité de la connaissance du Christ avec chacun d'entre nous. Intimité de connaissance que le pasteur doit, pour sa propre part et de façon certes bien imparfaite, mais à l'image du Christ, essayer de réaliser. Si saint Charles Borromée a été un grand évêque, c'est parce qu'il a connu ses brebis. Le Christ disait : "Les brebis entendent ma voix et elles connaissent la voix de celui qui est leur berger."

Parler avec chacune de ses brebis. Les connaître une par une. Faire en sorte qu'elles reconnaissent la voix du Christ à travers la voix du pasteur qui leur parle, tel est le premier et fondamental devoir de celui qui a reçu cette mission pastorale. Il s'agit donc d'abord de proximité, d'intimité, de relation profonde, transparente à la relation du Christ avec chacun d'entre nous. Et cette intimité, cette proximité doit être assez grande pour que le pasteur puisse aider chacune des brebis en la guidant, non pas avec une autorité incompréhensible mais en la guidant de l'intérieur par cette mission qui lui est donnée, par ce charisme que le Christ a déposé en lui. Aider chaque brebis à éviter les pièges du tentateur, de ce loup qui cherche à dévorer, qui cherche à disperser le troupeau. Donc, aider chacun à discerner ce qui vient du malin, ce qui vient de l'ennemi qui veut à tout instant nous détourner de la pureté de la foi, nous détourne de la présence aimante du Christ, nous détourner de la source vivifiante de l'Esprit. Donc ne pas hésiter à entrer en communion assez profonde avec chacune des brebis pour permettre à celles-ci de discerner, d'avoir le sens de la foi et de pouvoir ainsi se préserver du mal.

S'il le faut, le pasteur devra pousser la sollicitude à l'égard de chacun de ses frères assez loin, jusqu'à donner sa vie pour eux. Il y a d'innombrables manières de donner sa vie pour quelqu'un. Beaucoup d'évêques ont donné leur vie par le martyre, ce n'est pas le cas de saint Charles Borromée, mais il est mort jeune et épuisé par le travail incessant donné pour ses brebis, dans des déplacements, dans des veilles, dans des prédications nombreuses et harassantes. Donner sa vie pour ses brebis, c'est-à-dire ne plus s'occuper de ses propres problèmes, mais tout faire pour le troupeau, tout faire pour la vie de chacune des brebis du troupeau.

Tel est le rôle de celui qui a reçu de Dieu la fonction pastorale, qui est transmission aux autres de cette unique fonction pastorale du Christ, car le Christ est le seul berger, le Christ est le seul pasteur. Et tous ceux qui remplissent les fonctions de berger ou de pasteur ne le font qu'à la place du Christ, par délégation et en transparence à sa présence.

Frères et sœurs, il faut que vous sachiez demander à ceux qui ont la charge pastorale par mission de Dieu auprès de vous, que vous sachiez leur demander non pas d'abord autorité, mais cette relation personnelle entre vous et eux qui permet que vous entriez, à travers cette relation personnelle, en relation directe aussi avec le Christ. Car les ministres du Christ n'ont pas d'autre ambition et n'ont pas d'autre devoir, pas d'autre fonction que de vous conduire à Lui, pour que Lui-même vous parle au cœur et que Lui-même puisse, dans vos cœurs, faire resplendir sa vérité et faire grandir la foi et l'amour.

 

AMEN