CE CORPS QUI EST L'ÉGLISE
Is 25, 6-9 ; 1 Th 4, 13-18 ; Jn 5, 24-29
Défunts - (2 novembre 2010)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Aix-en-Provence : Cimetière Saint Pierre
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rères et sœurs, Jésus meurt, il est rapidement mis dans un tombeau, et les femmes regardent où il est installé, elles préparent des parfums et des onguents pour revenir le lendemain s'occuper du corps du Christ. Il y a dans cette attitude de ces femmes vis-à-vis du corps de Jésus comme un goût d'inachevé, de n'avoir pas pu vivre plus longtemps avec le Maître de la vie, et au cœur de la souffrance et de la mort, de ne même pas avoir eu le temps de s'occuper de son corps.
Si nous rentrons dans une église, si nous désirons un face à face avec ceux qui nous ont quitté trop vite, c'est souvent parce que nous sommes habités par ce même goût de l'inachevé. L'inachevé parce que nous n'avons pas fait tout ce que nous aurions dû faire avec ceux qui sont partis trop vite, parce que nous n'avons pas su dire ce que nous aurions dû dire, et parce que certains projets n'aboutiront jamais. Et pourtant, quand ces femmes viennent achever leur démarche, en quelque sorte au minimum, sur ce corps qui est mort, elles découvrent un avenir qu'elles n'auraient même pas osé imaginer.
Je crois que nous aussi, quand nous nous mettons face à face avec Dieu, avec ceux qui sont morts, dans un premier temps, nous espérons au moins retisser ce lien qui s'est brisé, et puis, si nous nous laissons aller, nous découvrons comme ces femmes devant le tombeau vide, qu'il y a un avenir à cette séparation. C'est un avenir qui est beaucoup plus difficile, je le reconnais, et en même temps, il est là. Comme nous le disons, et comme certains le vivent dans leur corps, on parle du membre coupé, on parle du membre arraché. Et ces personnes qui ont connu cette souffrance dans leur corps, savent combien après la main coupée, le bras coupé, ils ont le sentiment que ce membre est encore là, encore vivant, encore réactif aux sensations de la vie, et en même temps, il n'est plus là.
Pour beaucoup d'entre nous, c'est la même chose pour ceux que nous aimons, pour ces membres qui ont été coupés trop rapidement. Nous pourrions penser alors comme consolation, ce qui est déjà beaucoup bien sûr, nous pourrions nous consoler en nous disant : oui, ils sont quand même vivants, ils sont dans le cœur de Dieu et avec un peu de chance, je pourrai un jour, les retrouver. Comme si à partir de maintenant, leur vie, notre vie étaient mises entre parenthèses et que nous fonctionnions en deux lignes parallèles, en espérant qu'un jour les deux lignes se rencontreront dans un point de l'infini.
Je trouve qu'en ce jour où nous commémorons nos défunts il est peut-être important de méditer sur l'écrit d'un homme, saint Luc. Vous le connaissez, c'est l'homme qui a écrit l'évangile, et c'est celui aussi qui a écrit les Actes des Apôtres. Pour beaucoup d'entre nous, nous serions capables d'écrire l'évangile ou les mémoires de nos défunts, de reprendre ensemble des photos, des films, des images, des événements et à l'instar des apôtres, écrire ce qui s'est passé quand nous vivions les uns avec les autres sur les chemins de cette terre. Or, saint Luc a fait une œuvre majeure, il a montré comment ce corps constitué sur terre, les apôtres et ces femmes qui accompagnaient les apôtres et Jésus, étaient ensemble ici sur terre. Et comment ce corps, même s'il a été bouleversé par la mort du Christ, non seulement a continué à exister, c'est les Actes des Apôtres, mais a même pris une ampleur que l'on aurait jamais imaginé.
Frères et sœurs, lorsque nous perdons un membre qui nous est cher, nous arriverions facilement à écrire les mémoires de ceux qui nous ont quitté, mais ce à quoi nous sommes invités aujourd'hui, c'est à écrire en quelque sorte, ces actes des apôtres. C'est de découvrir que, comme le Christ n'a jamais été aussi vivant dans le cœur de se apôtres à travers les actes de ses disciples, construisant cette Église, découvrant que ce corps est une autre forme, là aussi, nous, nous sommes invités à découvrir que nos défunts, ce n'est pas simplement une commémoraison, simplement une mémoire, quelques souvenirs, des choses vécues ensemble, mais qu'ils participent aussi à l'élaboration de ce corps qui est l'Église.
L'Église comme corps, ce n'est pas une espèce d'idée en l'air, l'Église avec les évêques, le pape, quelque chose qui nous est extrinsèque, le corps, c'est nous. Le corps, c'est à la fois la famille charnelle, le corps, c'est aussi la réunion de toutes les familles de tous les croyants dans une communauté ecclésiale. C'est de découvrir que profondément, comme le Christ qui habite et qui accompagne ses apôtres dans la construction de l'Église, de la communauté des croyants, nos frères et nos sœurs, même s'ils nous ont quitté physiquement, sont là à chaque instant. Ils sont là à côté de nous et ils nous aident à construire ce corps qui est l'Église, ce corps qui nous réunit, les vivants de la terre et les vivants du ciel.
AMEN