LE DÉSIR DE COMMUNION DE DIEU

Is 25, 6-9 ; 1 Th 4, 13-18 ; Jn 5, 24-29
Défunts - (2 novembre 2005)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

L

'homme traque et recherche sans cesse, l'esprit en éveil, les questions qu'il se pose. Il me semble qu'il restera toujours jusqu'à la fin des temps, une question difficile à résoudre : la mort. Pourquoi la mort ? Qu'est-ce que la mort ? Question qui demeurera comme un refrain, un leitmotiv tout au long de l'existence de l'histoire des hommes, comme certainement aussi de notre propre histoire personnelle.

Les hommes ont cherché souvent des réponses à cette question lancinante sur la mort. L'histoire nous apprend d'ailleurs que les réponses furent très diverses. Nous n'avons pas le temps de toutes les envisager, mais nous avons nous, une réponse sur la question de la mort, qui est aujourd'hui, de la mettre très loin, à distance, de ne pas répondre à la question ou de la mettre sous un aspect scientifique ou biologique. La réponse à la question de la mort n'a pas toujours été celle-ci. Non seulement les sociétés ont répondu différemment à la mort, la mort du héros, la mort de ceux qui meurent pour la patrie avec la gloire qui entoure les morts, la mort ensauvagée, ou encore la mort diabolisée. Bref, les réponses ont été diverses mais jamais forcément consolantes. Qu'il y ait de grandes pestes ou que l'on meure dans l'intimité, la manière de saisir de comprendre, de faire face à la mort, laisse souvent l'homme complètement dépourvu, tout autant que les sociétés. Les religions elles-mêmes ont exercé leur raison et leur compréhension pour saisir et avoir un discours sur la mort. La seule chose que l'on peut certainement répondre, c'est que la mort est toujours personnelle. La réponse n'est pas nécessairement collective, car nous appréhendons toujours la mort de manière personnelle, ultimement. Même si nous connaissons la mort, nous connaissons d'abord la mort de l'autre, mais ce n'est pas notre propre mort. Quand cela devient notre propre mort, il faut que ce soit comme une sorte de préfiguration de ce que sera aussi notre mort.

En fait, l'homme apprend chaque jour à mourir, à mourir non pas physiquement, mais certainement à mourir à tout ce dont il est porteur, de ces espoirs qui l'animent et qui ne se réalisent pas forcément. L'homme apprend à mourir à ce qu'il désirait, à ce qu'il espérait, et c'est ainsi qu'ultimement, la mort qui semble être la séparation d'avec tout ce que l'on porte, et le plus précieux, c'est la vie, la mort demeure la limite irréfragable de l'expérience non seulement la plus commune à tous les hommes, mais la plus personnelle.

Cette mort que nous expérimentons bien sûr, un jour, elle sera physique. Comme on le dit souvent, l'âme sera séparée du corps, ce qui fait d'ailleurs appel à des notions assez philosophiques où l'on estime qu'il y a le principe de l'âme et le principe du corps. Mais la mort est certainement autre chose que la simple séparation de l'âme et du corps. Ce que le chrétien confesse, c'est que notre propre mort est aussi l'acte ultime, j'allais dire la conséquence d'être chrétien. Car baptisés, nous sommes plongés dans la mort du Christ pour ressusciter avec lui. La mort du chrétien, de l'homme de foi, c'est d'avoir expérimenté tout au long de sa vie, justement, ce que c'est que de mourir, pour trouver tous les jours quel est le principe de la vie, de la résurrection. Comme chaque jour je quitte la mort pour vivre, comment chaque jour je fais quitter à l'autre la mort pour le faire vivre. Et l'expérience chrétienne consiste souvent à dire que la mort, c'est le péché. La mort, c'est tout ce qui détruit la vie dans le quotidien de nos existences. Le chrétien en fait est appelé et façonné non pas pour détruire, mais bien pour construire, pour passer de la mort à la vie, pour passer de toute mort, de n'importe quelle mort à la vie. C'est cela l'expérience chrétienne. Ce qui fait que la réponse n'est pas tant une réponse qu'une expérience. C'est ce qu'a vécu Jésus-Christ. Dieu n'a pas apporté de réponse à la mort. Il a d'abord voulu saisir cette mort, la saisir dans la plénitude de sa vie, pour dire que même là où Dieu n'était pas, puisque c'est le Dieu de la vie, et que Dieu n'a pas voulu la mort, là où Dieu n'était pas, désormais, il y a cette force, cette résurrection, cette grâce de la présence de Dieu dans nos propres morts, et d'abord dans la mort au péché. Aussi, cette expérience personnelle du Christ est-elle un véritable dynamisme pour toute la vie du chrétien. Car le dernier désir de l'homme que la mort n'a pu détruire, c'est le désir de la communion. En effet, pendant toute sa vie, l'homme recherche la communion, la communion à l'autre, à tous les autres, comme la communion au tout Autre. Ce sont les grands noms de l'amour et de la charité qui sont derrière ce désir de communion. L'Église en priant pour les fidèles défunts ne cesse de rappeler que par l'eucharistie, en recevant le corps et le sang du Christ, c'est avec tout le corps de l'Église, c'est-à-dire ceux qui sont déjà auprès de Dieu, comme avec ceux qui sont rassemblés pour être cette Église que la communion se fait et s'effectue. Autrement dit, on ne peut recevoir le corps et le sang du Christ sans porter avec soi tout le corps, j'allais dire tous les corps, tous les membres de ce corps qu'est l'Église et dont Jésus-Christ est la tête. Ce désir de communion porté dans la prière, dans l'eucharistie, se réalise non seulement par la communion au corps et au sang du Christ, mais un jour dans cette communion éternelle que nous appelons le Paradis, ou la maison du Père, ou le jardin céleste. Peu importent les images, c'est ce qu'Isaïe, entre autres, emploie lorsqu'il parle des festins, des agneaux, des bœufs sacrifiés pour le festin auquel Dieu nous invite, c'est-à-dire à ce désir de communion. Si ce désir de communion dans l'homme n'a pas pu être détruit par le mal, par le péché ou la mort, c'est tout simplement parce que c'est Dieu qui a désiré de tout temps être en communion avec l'homme. Cela ne peut pas être détruit, cela ne peut pas mourir, car le désir de Dieu est éternel. Ce désir de communion nous avons à le vivre non seulement avec lui, mais aussi avec tous qui déjà éternellement resplendissent, vivent, tressaillent de joie dans la réalisation du désir de Dieu d'aimer l'homme et d'entrer en communion avec lui.

 

 

AMEN