A LA MORT, A LA VIE !
Is 25, 6-9 ; 1 Th 4, 13-18 ; Jn 5, 24-29
Défunts - (2 novembre 2001)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
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a mort peut avoir plusieurs visages, selon ceux qui en parlent, selon qui réfléchit à la mort, ou selon qui est confronté à telle mort. Pour le corps médical, la mort pourrait être simplement le fait qu'on n'a plus pu soigner ou guérir, pour le philosophe, cela pourrait être l'objet même d'une réflexion sur ce qu'est la vie, et sur le sens de cette vie, et l'interprétation de ce qu'est la mort pourra alors fluctuer selon telle ou telle philosophie. Pour l'homme de la rue, la mort peut être ce qu'il voit à la télé, régulièrement, ce que Haloween, d'une manière morbide fait vivre maintenant chaque année à la place de la Toussaint, ou encore ce qui est certainement la réflexion ou l'expérience la plus prenante, celle de la mort de quelqu'un, la mort d'un proche. Se souvenir chaque année, comme L'Église nous le propose, le deux novembre, de faire mémoire des fidèles défunts, pourrait aussi nous induire à avoir tel ou tel discours sur la mort, en fonction de ce que nous vivons. Cela pourrait prendre une légère couleur subjective, or la célébration que nous sommes en train de vivre, c'est une célébration qui n'est pas simplement inventée au cours des siècles pour se dire qu'il faut penser quelquefois aux morts, mais c'est parce que cette célébration essaie de nous faire vivre, à nous les vivants, le cœur même de notre foi. Le cœur de notre foi se trouve résumé dans cette proclamation que tous les dimanches nous renouvelons à l'Eucharistie : "Je crois au Christ ressuscité". Ce qui suit et qui est connexe est important : "Je crois à la résurrection des morts". Je ne peux pas proclamer "Christ est ressuscité", si je ne proclame pas en même temps : "Je crois à la résurrection de la chair". Je crois à cette communion des saints qui me fait dire que le Seigneur reviendra juger les vivants et les morts, et que la mort n'aura plus d'emprise, et que "Dieu essuiera, comme nous l'avons entendu dans l'Écriture, toute larme de nos yeux".
En fait, pour nous, cette célébration, elle est pour nous rappeler que nous partageons le même sort que ceux qui nous ont quittés. Le sort de ceux qui nous ont quittés, ce n'est pas la mort, c'est la vie. La carrière de ceux qui sont auprès de Dieu, ce n'est pas la finitude, c'est l'éternité. Et c'est en ce sens que nous ne faisons pas un acte du passé, ou de mémoire, ni une action macabre ou morbide, mais nous exprimons et nous vivons dans une liturgie le cœur même de l'expérience chrétienne la plus profonde : le passage de la mort à la vie. En fait, vous avez certainement tous vécu des obsèques. On n'est peut-être pas attentifs, parce que pris par notre peine et notre douleur, notre souffrance, à la somme d'espérance et de vie que cette liturgie veut manifester. En y regardant de plus près, la liturgie des funérailles n'est que la continuation, la perpétuation de la liturgie baptismale. Comme le prêtre a accueilli le bébé à la porte de l'Église pour lui dire et lui manifester la joie qu'il a à ce qu'un être nouveau entre dans L'Église, dans la Cité Sainte, dans la Jérusalem céleste, ainsi, au moment ultime du passage qu'est la mort vers la vie, le prêtre vient accueillir le défunt pour dire que c'est dans la Jérusalem céleste, que c'est dans l'éternité, qu'aujourd'hui ce baptisé est accueilli. Les deux gestes fondamentaux de ce qu'on appelle l'absoute, nous rappellent aussi ce qu'est notre baptême, et donc notre mort. Lorsque le prêtre asperge d'eau baptismale le défunt, c'est pour rappeler qu'enfant, l'eau a coulé sur son front, et que désormais cette source de Vie, cette eau qui donne la Vie, ne cesse plus de couler éternellement. Et le parfum réservé à Dieu, qui manifeste que par notre baptême, nous sommes devenus temple de l'Esprit, ce parfum de l'encens qui enrobe et entoure le défunt, manifeste que désormais la présence de Dieu est pour toujours dans le cœur de ce baptisé et qu'il ne cessera plus d'en vivre.
Frères et sœurs, cela donne un tout autre sens à notre liturgie d'aujourd'hui, à notre célébration. Un théologien, Karl Rahner, écrivait ceci qui peut être choquant au premier abord : "Lorsque nous naissons, nous mourons". Le fait même de naître, c'est déjà mourir. Et il disait que finalement la mort était la fin de cette mort. Pour nous croyants, cela signifie bien une chose : avoir la foi en Christ ressuscité, comme en la résurrection de la chair, ce n'est plus une idée, ou seulement une pensée pieuse et rassurante, mais ce doit être l'expérience fondamentale du chrétien. Comment le baptême qui est passage de la mort à la résurrection, se vit au jour le jour, et comment nous n'en restons pas à la mort, mais nous passons à la vie. C'est cela l'expérience profonde de la foi. Il y a une attitude humaine qui est tout à fait louable, cela vous est peut-être arrivé, moi cela m'est arrivé, de regretter d'avoir perdu du temps et de ne pas avoir assez aimé, parlé, vu, rencontré, communié avec une personne aimée, et qui est partie. Cette expérience simplement humaine pourrait nous faire saisir qu'on ne doit pas en rester sur nos petites plaques de marbre, aux "regrets éternels", mais cela devrait nous pousser à nous dire : aujourd'hui, ne perdons plus le temps, ne passons plus à côté de ceux que nous avons à aimer. Quand ils seront morts, nous n'aurons que nos regrets, mais tant qu'ils sont vivants, il y a cette possibilité de les voir, de les rencontrer, de les aimer, de vivre avec eux, pour que nous vivions avec eux le jour où nous ne les verrons plus sensiblement, pour que nous continuions à vivre cette somme de vie, de communion, et d'amour que nous avons expérimentée déjà dans cette vie et que nous sommes appelés à vivre avec eux éternellement.
Le baptême, c'est un bonheur, être chrétien c'est une joie profonde, parce que c'est celle de cette espérance en la Vie et en l'Amour qui sont vainqueurs de toute mort. Alors, comment aujourd'hui, nous, baptisés, nous femmes et hommes de foi, passons-nous de la mort à la Vie ?
AMEN