LE BANQUET DE LA PÂQUE
Is 25, 6-9 ; 1 Th 4, 13-18 ; Jn 5, 24-29
Défunts - (2 novembre 1991)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
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rères et sœurs, aujourd'hui, notre regard se porte plus spécialement vers ce que l'on appelle la mort. Nous sommes aujourd'hui réunis pour prier pour tous ceux qui nous ont quittés, que nous connaissons ou bien même tous les inconnus qui sont morts, qui ont connu la fin de la vie. C'est une tradition dans l'Église très ancienne, que de prier pour les morts. Mais j'aimerais ce matin m'interroger avec vous sur ce que justement la mort signifie pour nous.
Peut-être le savez-vous, mais il y a plusieurs façons de considérer ce qu'est la mort. Dans les premiers temps de la pensée humaine, la mort est apparue tout simplement comme la fin de la vie. Ca peut paraître assez simple, ce que je dis, mais on considérait alors qu'il s'agissait simplement de la fin de la vie biologique, de cette vie, je dirais, animale qui nous constitue et pour laquelle la mort n'aurait pas plus de signification qu'un simple arrêt de la vie. Comme le disait un humoriste : "la mort est un manque de savoir vivre". Au-delà de ce trait d'humour, la mort a pu aussi, au cours des temps, prendre d'autres significations. Signification religieuse du prix de la vie : ainsi la plupart des archéologues et scientifiques évaluent qu'au moment où l'homme a enterré pour la première fois quelqu'un, nous touchions à la première manifestation religieuse. La mort devient donc le lieu où se perçoit un mouvement religieux. Cela a pu même apparaître comme le premier acte religieux. Car cela signifiait, et je crois que c'est important, que la vie qu'un être avait vécu, la vie qui s'était manifestée dans une personne que l'on avait pu connaître et aimer, avait du prix. Et le fait que cette vie ait du prix donnait à la mort quelque chose de terrible, donnait à la mort un aspect de fin définitive. Mais l'aspect religieux surgit, lorsqu'on considère alors qu'il existe une autre vie au-delà de la mort. Que l'on considère qu'il y ait la vie après la mort, il n'y a pas que les chrétiens qui le pensent. Mais la façon d'envisager la vie éternelle est très différente selon les pensées, les philosophies ou tout simplement les religions. Et c'est pourquoi il faut savoir faire attention à ce que signifie pour nous la mort.
Qu'est-ce qu'est la mort pour un chrétien ? La mort n'est pas une confusion avec une sorte ou une espèce d'être divin qui nous ferait enfin sortir d'un monde un peu pénible. La mort n'est pas simplement un arrêt d'une vie plus ou moins bonne à vivre, même Si les théologiens le reconnaissent, à cause du péché, la mort est entrée dans le monde ; Dieu ne veut pas la mort. Dieu ne veut pas la mort et Il ne veut pas notre mort. Alors, frères et sœurs, ne vivons pas comme des mourants. Ne soyons pas des spectres ambulants. Il s'agit pour nous, quand nous méditons sur la mort ou quand nous prions pour nos défunts d'être confrontés à la vie, d'être confrontés au salut que le Seigneur nous a apporté. Pour nous, il ne s'agit pas de quitter une enveloppe terrestre, une chair qui nous aurait fait plus ou moins souffrir. Il ne s'agit pas pour nous de quitter une condition qui ressemble plus à une condition d'esclave qu'à une condition d'ange bienheureux, en se disant : "après la mort, heureusement il y a la béatitude". Certes il y a la béatitude, mais nous n'avons pas à vivre dans un tombeau en étant dans notre terre. Notre univers ne constitue pas un immense cimetière. Mais au contraire pour un chrétien, puisque baptisé c'est-à-dire plongé dans la mort et la Résurrection du Christ, il s'agit de vivre ici comme étant des êtres qui sont vainqueurs de la mort, comme des personnes vivifiées par le principe même de la vie du Christ qui, Lui, a souffert et est mort pour que, nous, nous vivions. Et c'est pourquoi, pour un chrétien, la mort est un appel à la vie, est une réflexion sur ce que nous devons vivre profondément dans notre monde, ne pas attendre notre mort pour vivre la béatitude. Nous ne devons pas mourir aux choses ce monde qui seraient mauvaises pour obtenir la vie éternelle, mais nous devons mourir à la mort c'est-à-dire à ce qui en nous constitue des éléments de mort, mourir au vieil homme, mourir à l'ancien Adam, mourir à tout ce qui est de l'ordre du péché et du mal, voilà ce que doit être notre mort.
Pourquoi ? pour mourir à nous-mêmes afin de vivre de la vie même de Dieu qui est venu réconcilier le monde avec Lui. Et, pour le Christ, réconcilier le monde avec Lui, c'est unir la terre et le ciel. Et c'est pourquoi nous devons vivre notre vie chrétienne en regardant, c'est vrai, toujours le terme, c'est-à-dire le bonheur. Mais le bonheur n'est pas après la mort simplement, il est avant même notre mort, il est dans le fait que nous sommes chrétiens c'est-à-dire que nous sommes entrés dans la Pâque du Christ. C'est pourquoi le premier texte, vous l'avez entendu, présente la béatitude avec Dieu essuyant toute larme des yeux des morts et supprimant la mort. Isaïe, le prophète, présente la vie après la mort comme un passage à Dieu lors d'un immense banquet.
Eh bien, frères et sœurs, ce banquet, je crois, est la plus belle signification de ce qu'il nous est donné de vivre au jour le jour. Dans notre passage de la vie à la mort, dans notre Pâque vers la vie éternelle. Dans l'eucharistie, nous faisons ce passage qu'un jour nous aurons à faire dans notre propre vie, c'est-à-dire nous n'aurons pas simplement à penser notre mort, une fois l'an le 2 novembre, mais à vivre notre mort. Qu'est-ce à dire c'est-à-dire à entrer avec le Christ dans la salle des noces, à vivre cette entrée que nous célébrons dans l'eucharistie qui est un passage de la mort, dans l'anamnèse nous disons : "Seigneur, nous proclamons ta mort". Nous vivrons de la Résurrection du Christ et dans l'anamnèse, nous continuons à proclamer que le Seigneur est vivant et nous attendons son retour, c'est-à-dire qu'à la fois il y a pour nous cette tension d'accomplir pleinement notre vie et en même temps nous sommes déjà comblés, par l'eucharistie, de la présence du Christ. Dans l'eucharistie, nous ne mangeons pas un corps de mort, mais nous mangeons la chair du Christ, mort et ressuscité pour nous.
AMEN