UNE MORT QUI SCELLE NOTRE COMMUNION

Is 25, 6-9 ; 1 Th 4, 13-18 ; Jn 5, 24-29
Défunts - (2 novembre 1985)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Pleyben : le Christ aux enfers

L

 

'heure vient, et nous y sommes, où les morts entendront la voix du Fils de Dieu." En ces jours-ci, nous pourrions nous interroger pour savoir pourquoi, dans notre tradition de foi chrétienne et catholique, la prière pour les morts a une si grande importance. En effet il est tout de même surprenant de voir que dans l'Ancien Testament on ne prie pratiquement pas pour les morts. Je crois qu'il n'y a qu'une seule allusion, dans le livre des Martyrs d'Israël, où il est question d'un général qui offre des sacrifices pour ceux qui sont morts sur le champ de bataille. Mais habituellement l'idée de prier ou de sacrifier pour les morts est pratiquement absente de l'Ancien Testament.

D'autre part, on pourra toujours dire que chez les païens, il y avait une pratique assez courante de sacrifices pour les morts. Mais si l'on dit cela, à ce moment-là naît le soupçon. Mais est-ce que les chré­tiens ne se seraient pas laissé influencer par les cultes païens, par le souvenir des morts, par le désir d'être en paix avec les morts, car les païens sacrifiaient souvent pour que les affaires soient bien réglées et tranquille entre le monde des morts et le monde des vivants ? Ou bien est-ce que cette prière, pour les morts, ne serait pas chez nous un simple culte du souvenir ? Enraciner notre propre existence dans la vie de ceux dont nous dépendons, même si maintenant ils sont morts. ? Le désir de retrouver ses racines extrêmement profondes, j'allais dire jusque dans la mort ? Mais notre prière pour les morts, le sens même de la mort chez les chrétiens, s'expliquent-ils simplement par le souvenir aussi légitime, aussi vrai, aussi profond, aussi affectueux qu'il soit ?

C'est sûr que pour chacun d'entre nous, lors­que nous pensons à la mort, nous pensons toujours à la mort pour telle ou telle personne que nous avons connue, que nous avons aimée, avec laquelle se sont tissés tous ces liens extrêmement forts de l'amour le plus vrai ? Mais cependant la racine même de notre prière pour eux est-elle uniquement dans le souvenir ? Je crois qu'il faut dire clairement que ce n'est pas le cas. Si notre prière pour les morts était uniquement enracinée dans le souvenir humain de ceux que nous avons aimés, notre démarche serait tout humaine, noble, belle, mais elle n'aurait pas encore sa plénitude, elle n'aurait pas le sens même que nous y indique notre foi.

En effet, je crois qu'il faut aller jusqu'à l'ul­time exigence de notre foi. Et dans ce domaine-là la foi nous dit une chose fort étrange sur laquelle peut-être nous ne réfléchissons pas assez. C'est que ce qui fait l'Église, ce qui fait la communion des êtres les uns avec les autres, c'est une mort, une mort d'homme, la mort de Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, la mort de celui qui a cru, qui a voulu que le don ultime de sa vie soit source d'unité et d'enracinement dans la communion, pour tous les hommes qui croiraient en Lui. Ce qui est fou dans notre foi chrétienne, c'est précisément de croire que la communion qui peut exister entre chaque homme, n'est fondée que dans la mort de Celui qui, au cœur d'un déchaînement de haine, d'un déchaînement de brisure et de division entre les hommes, a voulu que sa mort soit la source unique de tout amour et de toute communion, qui a voulu que sa mort soit la manifestation de l'amour infini de Dieu pour tous les hommes.

Et dès lors, lorsque nous aimons quelqu'un qui est entré dans la mort, nous croyons que sa mort n'est pas simplement dans la face humaine que nous en voyons la source d'une amère souffrance et d'une grande division entre nous et lui, et d'une réelle divi­sion à l'intérieur de notre cœur, mais nous croyons que, mystérieusement cette mort d'un ami, d'un époux, d'un enfant très cher, devient, par la miséri­corde de Dieu, par la source même de la mort de Jé­sus-Christ, source de communion. Ceci nous ne pou­vons pas le sentir, ceci c'est de l'ordre de la foi. Mais au nom de tous ceux qui sont morts dans le Christ, de tous ceux qui ont éprouvé leur propre mort comme une communion au Christ, je puis vous affirmer, au nom de l'Église, que la mort de ceux que nous aimons est source de communion. Communion d'eux-mêmes avec le Christ car, par leur mort, ils ont été totalement configurés au Christ souffrant et mourant pour nous sur la croix. Et communion avec nous, non pas par eux-mêmes mais parce que le Christ, désormais, s'est totalement configuré à eux dans leur mort, et fait re­jaillir, par eux, son amour, sa tendresse et sa commu­nion sur nous.

Quand nous disons que nous croyons à la communion des saints, nous voulons dire précisément cela qu'aujourd'hui encore, la plénitude de l'amour de Dieu nous est donnée de Dieu Lui-même comme une source, mais que Dieu, dans son infinie délicatesse et son amour infini pour nous, fait que cette source vi­vante de communion et d'amour passe à travers ceux-là même qui par leur mort sont totalement configurés à lui.

 

AMEN