MORT OU EST TA VICTOIRE ?
Is 25, 6-9 ; 1 Th 4, 13-18 ; Jn 5, 24-29
Défunts - (2 novembre 2004)
Homélie du Frère Yves HABERT

Et après ?
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V |
ous avez remarqué, dans la deuxième lecture, comment saint Paul ne dit pas qu'il ne va pas nous laisser dans l'ignorance au sujet de la mort, mais il dit : "Je ne veux pas vous laisser dans l'ignorance au sujet de ceux qui se sont endormis dans la mort". Il n'a pas d'explication à la mort, mais il a une parole pour ceux qui se sont endormis dans la mort.
La mort, effectivement, c'est extrêmement difficile à représenter, la mort, on n'en a pas d'image, sinon l'abominable œuvre qu'elle fait dans ceux que nous avons connu. On a essayé de la représenter dans certaines tribus amérindiennes, où l'on parlait d'un aigle qui survolait la tribu, qui emportait le vieillard qui s'en allait vers sa demeure d'éternité. Chez moi, en Bretagne, c'est Lancou, le faucheur, il a un grand chapeau noir, une grande tunique noire, une faux, et une carriole, et tous les bretons ont dans leur mémoire le bruit de cette carriole. Parce qu'il a fallu représenter cette mort, il a fallu en quelque sorte, la domestiquer, il a fallu qu'on se la représente, il a fallu qu'elle devienne moins mystérieuse et ainsi, d'inventer ce faucheur qui travaille la nuit. C'était une certaine manière d'intégrer la mort dans le paysage du petit village. Mais, c'est impossible d'avoir un dialogue avec la mort, c'est impossible de rencontrer la mort. D'ailleurs, on ne rencontre pas Lancou, on l'entend, mais on ne peut pas le rencontrer, sinon on est mort !
Le Christ a rencontré la mort. Dans un très beau texte hier soir, aux Vigiles, saint Aphrate le Syrien, avec cette poésie des Pères de l'Église, met en scène un dialogue entre le Christ et la mort. Un dialogue musclé, un dialogue qui ne cède pas, un dialogue où le Christ demande à la mort, de rendre ceux qu'elle tient en son pouvoir. Le Christ parce qu'Il a connu la mort a pu avoir ce dialogue très particulier avec la mort. Il a pu rencontrer la mort, et puisqu'Il est le Prince de la vie, la mort n'a pas pu tenir. Les Pères de l'Église disent aussi que la mort croyaient saisir un homme, et elle a saisi un Dieu et elle a été anéantie.
Le Christ, parce qu'Il a cette relation particulière avec son Père, parce qu'Il est aussi l'un de nous, le Christ peut arracher à la mort ceux qu'elle retenait captifs. "O mort, où est ta victoire ? Où est la morsure de ton aiguillon ?" La mort, depuis la venue du Christ, depuis cette explication entre le Verbe et celle qui ôte la parole aux hommes, depuis que cette explication a eu lieu, la mort n'a plus de bras assez vigoureux pour retenir quelqu'un définitivement dans son filet. La mort a perdu sa force, cette force incroyable qui suffisait à retenir tous ceux qu'elle tenait captifs, maintenant la mort est comme dépossédée et dépouillée.
Nous sommes là, confrontés à des disparitions, confrontés à des départs, à des adieux, et nous nous souvenons de la vie de chacune de ces personnes que nous avons connues. Nous nous souvenons de leurs qualités, de leurs petits travers. Nous nous souvenons d'énormément de choses les concernant. Nous nous souvenons de ce qui a été unique dans leur vie, et c'est cela qui ne peut pas mourir, c'est promis à un avenir. Ce qui a été unique dans leur vie, c'est quelque chose que Dieu a semé d'une façon particulière, et maintenant, puisque Dieu ne sauve pas du général, mais du particulier, Dieu reprend chacune de nos vies, chacune des vies de ceux qui nous ont quitté, patiemment, un par un, comme le bon berger. Mieux encore, je crois qu'Il va défaire l'écheveau de toutes ces vies, saisir la trame de toutes ces vies et racheter, minute après minute ce qui fait la vie de ces personnes. Dans l'infinie patience de Dieu, Il a tout son temps, Dieu reprend chacune des minutes des personnes qui nous ont quitté. C'est-à-dire qu'Il fait passer dans l'étroit sablier de son amour, chacune de ces minutes, pour en faire une minute d'éternité. Il sèche les larmes l'une après l'autre, Il fait passer dans ce grand mouvement de son mystère pascal, toutes nos petites morts, toutes les petites morts de ceux qui nos ont quitté, Il les fait passer à la vie. Son métier, c'est de glorifier. Il rend gloire, Il rend grâce pour tout ce qu'a été ce temps passé, et Il en fait une action de grâces.
C'est pour cela qu'il y a convenance de la prière pour nos défunts et la célébration de l'eucharistie. L'eucharistie, c'est ce lieu où le temps est racheté, où le temps passe en Dieu, où le temps est glorifié, où nos existences humaines sont passées dans la mort et la Résurrection du Sauveur, sont passées en éternité, en gloire, sont passées en cette trajectoire.
Cette eucharistie est l'occasion pour nous tous qui sommes de cette paroisse Saint Jean de Malte, Saint André et Saint Jérôme, de faire passer ainsi en Dieu toutes les vies de ceux qui nous ont quitté, pour les confier à sa miséricorde, pour les confier à son long travail de patience.
AMEN