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Is 25, 6-9 ; 1 Th 4, 13-18 ; Jn 5, 24-29
Défunts - (2 novembre 2002)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

Dans l'espérance

L

'amour de Dieu est inventif, il est insistant. C'est en cela que nous pouvons comprendre la toute-puissance de Dieu. La toute-puissance de Dieu ne force pas le passage, elle invente, elle reprend, elle ne se décourage pas. Le salut, non seulement est proposé à chaque instant, s'ordonnant à nos vies, s'harmonisant tant bien que mal, même avec ce qui est le pire en nous, mais ce salut est proposé même à l'entrée de la mort, un au-delà de la mort, ce que l'Église a traditionnellement appelé le purgatoire, et qu'on pourrait appeler plus simplement : "le caritatoire", l'endroit où l'on propose l'amour. Ce laboratoire où Dieu redéploie son cœur de Père pour que ses fils l'entendent.

C'est pourquoi nous prions pour nos défunts, parce que nous intervenons encore dans leur histoire, et cette intervention a des effets sur nous. Nous n'avons pas terminé avec eux. Ce n'est pas parce que la mort a caché leur visage à nos yeux que nous avons fini de leur parler. Tout ce que nous leur disons maintenant est sculpté par l'essentiel de ce que nous avons à leur dire et qui est lui-même imprégné de ce que nous pensons de Dieu et de ce que nous croyons de Lui. Ainsi, lorsque nous parlons aux défunts, nous ne parlons plus simplement à nos parents, nos grands-parents, nos amis, et tous ceux qui nous ont quittés et qui nous sont chers, mais nous parlons en même temps à Dieu et à eux. Cette adresse, parfois, cette demande de pardon, qui n'a pas pu se faire avant par exemple, cette demande de vérité qui peut aussi parfois alimenter ou motiver notre prière pour eux, est une parole qui unifie celle que nous devons à Dieu, celle que nous voulons pour Dieu, et celle que nous voulons leur adresser. C'est un seul mot, un seul verbe qui franchit toutes les apparences, qui va au-delà et qui parle à Dieu et à eux, comme si d'ailleurs, ils commençaient à ne faire qu'un avec Lui.

Nous n'avons pas terminé de parler avec ceux qui nous ont quittés, mais ce que nous dirons maintenant est marqué de la mort qu'ils ont traversé, est marqué de la Résurrection qui nous est promise, est marqué de ce que Dieu fait si secrètement mais si fermement dans le corps amené à être ressuscité. Nous ne leur parlons plus comme si nous étions de vivants à vivants dans cette vie, et que la parole que nous leur adressons de vivants à vivants semble être séparée de celle que nous devons à Dieu, en réalité, c'est la même parole qui alimente notre foi, ouvre nos yeux sur l'au-delà de la vie. C'est le premier point.

Le second point. Bien que souffrants et abîmés les uns les autres par les départs de ceux qui nous sont chers, et rien ne console de ce départ, lorsque nous prions pour les défunts en en faisant mémoire si intensément comme aujourd'hui, cela nous permet d'envisager la mort différemment en la tirant hors de sa gangue d'horreur dans laquelle elle se présente le plus souvent. Cela nous permet de mesurer la vie, sa véritable longueur, sa véritable hauteur, sa véritable destinée. Elle n'est pas enfermée dans le placard étroit des années terrestres, mais il y a un souffle qui la traverse et qui l'emmène plus loin, et la mort n'en est que le passage. En priant pour nos défunts, nous nous apprivoisons avec cette idée que la vie ne peut pas être contenue ici, mais qu'elle a une autre prétention qui est juste : celle de rejoindre Dieu.

Nous vivons dans ce monde et nous ne sommes pas guéris de ne pas voir Dieu, de ne pas l'entendre, de ne pas le sentir si proche à nos côtés. Au fond, de prier pour les défunts, ravive en nous cette blessure amoureuse d'être si loin de Lui et d'être heureux que ceux qui nous sont chers soient si proches maintenant en Lui. C'est peut-être le meilleur cadeau que nous pouvons leur faire lorsque nous prions pour eux, de souhaiter au sens profond du terme, c'est-à-dire de le croire, qu'ils vivent en Dieu. Le meilleur cadeau qu'on puisse souhaiter à quelqu'un, c'est qu'il soit dans la lumière de Dieu.

Que nos prières communes les uns pour les autres, non seulement pour les défunts de notre famille, pour ceux qui nous ont marqués, ou ceux que nous avons oubliés, de tous ces inconnus, ces ignorés, nous pouvons étendre à l'ensemble de ces hommes et femmes qui vivent dans l'attente du Royaume, ravive en nous cette espérance que nous aussi nous vivrons avec eux cette entrée dans le Royaume définitif, que chaque eucharistie inaugure. Nous sommes faits pour Dieu !

 

AMEN