BIENHEUREUX !
Ap 7, 2-14 ; 1 Jn 3, 1-3 ; Mt 5, 24-29
Toussaint – Année B (1er novembre 1979)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Oui ce qu'Il voulait leur faire comprendre en ce jour-là c'était la source de leur bonheur, c'était la vérité de leur bonheur. Il voulait leur expliquer pourquoi ils vivaient pourquoi ils existaient. Et il a trouvé ce trait merveilleux de leur dire "Heureux "! Recevez le bonheur que je vous apporte, même si vous êtes dans les larmes ! Recevez le bonheur que je vous apporte même si vous êtes dans le besoin et dans la pauvreté ! Recevez je vous en prie, le bonheur que je vous apporte même si vous avez faim et soif, si votre coeur est brisé par la persécution ou par la violence car c'est cela que je suis venu vous apporter !
Ce que le Christ est venu nous apporter ce sont ces mots d'amour, ces mots de bonheur Dieu veut que nous soyons heureux. Dieu veut que nous partagions sa joie. Et ce feu qui lui brûle le cœur en ce jour-là, Il veut qu'il brûle aussi le cœur de tous ceux qui l'écoutent. Et c'est cela la merveille du salut de Dieu, la merveille de notre sainteté. Car ce que le Christ a voulu nous faire comprendre c'est que notre sainteté n'était pas le résultat d'un effort ou d'une vertu, d'un petit personnage spirituel que nous sculpterions jour après jour, au gré de nos désirs, de nos progrès, de notre volonté. Non, la sainteté c'est d'abord et radicalement cette Parole de Dieu qui est lancée sur nous chaque jour : "Bienheureux !" C'est le bonheur de Dieu, c'est la joie de Dieu, c'est l'amour fou de Dieu déversé comme un torrent dans notre coeur. Et cette sainteté de Dieu, c'est cela qui est prodigieux, vient façonner et bâtir en nous la demeure de Dieu, à travers non pas ce dont nous pourrions nous vanter, non pas ce dont nous pourrions nous glorifier, mais ce que nous avons de plus pauvre et de plus démuni.
La sainteté du peuple de Dieu, c'est que Dieu, dans son amour, dans son regard de tendresse, dans son feu brûlant, s'est approché de chacun de ces hommes qui ne savaient pas ce qu'était le Royaume, qui ne savaient pas ce qu'était le bonheur promis par Dieu, et Il leur a dit : Vous avez faim, et bien c'est au creuset de votre faim, c'est dans votre dénuement, dans votre pauvreté et dans votre désir que je vais façonner mon amour. Mon Royaume ne sera pas construit sur ce dont vous vous glorifieriez. Mon amour sera construit avec la puissance de mon propre amour qui vous transfigurera et qui vous saisira là où vous êtes les plus pauvres.
Les Béatitudes ne sont pas une morale du ressentiment, une morale du calcul ou du commerce dans laquelle nous pourrions croire que si nous avons souffert ici, nous gagnerions des droits à être heureux dans l'au-delà. Ce n'est pas un calcul par lequel ceux qui sont heureux ici-bas seraient malheureux de l'autre côté. Ce n'est pas une question de rétribution, c'est une question d'amour. C'est que Dieu veut dire à son peuple, c'est que Dieu veut nous dire à nous aujourd'hui que notre sainteté c'est notre misère, mais une misère façonnée, régénérée de l'intérieur par la splendeur de l'amour et de la tendresse de Dieu.
Frères et soeurs, l'aventure de la sainteté de tous les saints dans l'Église c'est cela. C'est Dieu qui dit "Bienheureux" sur chacun d'entre nous. Et ces 144.000 dont nous parle la première lecture qui suivent l'Agneau et dont les vêtements ont été purifiés dans le sang de la croix du Christ, ces 144.000, ces 144.000 pauvres, ces 144.000 hommes qui ont désiré Dieu, qui ont pleuré pour Dieu, sont devenus 144.000 histoires d'amour, 144.000 histoires dans lesquelles Dieu a transfiguré la pauvreté humaine et la détresse humaine dans la splendeur de sa joie et de son amour.
C'est pourquoi aujourd'hui, nous sommes rassemblés, parce que nous faisons partie de ce peuple. Et ce que nous venons apporter dans cette eucharistie, c'est notre détresse c'est notre pauvreté, c'est notre misère. C'est cela que Dieu veut pour le transfigurer, l'illuminer de l'intérieur. Et c'est pourquoi, aujourd'hui, deux enfants, deux tout-petits vont recevoir la grâce de Dieu par le baptême au milieu de nous. Sur eux Dieu va prononcer aujourd'hui cette parole : "Bienheureux es-tu !" c'est-à-dire qu'Il les prend tout-petits dans leur fragilité, dans leur pauvreté, dans leur besoin et dans leur abandon à l'amour de Dieu pour que Dieu les ressaisisse et qu'Il les fasse grandir et qu'Il fasse briller sa sainteté sur leur visage.
Oui, peuple de Dieu, peuple choisi par Dieu, laisse-toi dire aujourd'hui ton bonheur par Dieu. Laisse illuminer ton visage par les béatitudes de la miséricorde. Laisse resplendir sur ton cœur pécheur la tendresse de ton Dieu.
AMEN