LE SALUT EST ANNONCÉ
Ep 2, 12-22 ; Jn 14, 22-26 + Jn 15, 17-27
SS. Simon et Jude - (28 octobre 1989)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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eigneur comment se fait-il que Tu doives te manifester à nous et non pas au monde ? " Cette question de l'apôtre Simon le Zélote à Jésus manifeste non seulement son interrogation personnelle mais d'une certaine manière l'interrogation de l'Église primitive et celle de notre Église d'aujourd'hui. C'est vrai, on pourrait toujours demander à Dieu pourquoi son évangile, pourquoi l'annonce du salut n'a pas plus de publicité, plus de retentissement, plus d'efficacité. Et pourquoi, au fond, nous avons toujours l'impression que l'évangile est un peu confiné dans nos églises, dans nos communautés chrétiennes et ne donne pas cette impression de conquête ou de victoire qui est par ailleurs donnée dans la phrase de Jésus : "Courage ! J'ai vaincu le monde !"
En réalité, cette manière de poser la question nous aide à comprendre ce qu'est un apôtre. Le fait fondamental, c'est que le salut est annoncé. Depuis que Jésus est venu, depuis qu'Il a vécu sa Pâque, le salut est proclamé au cœur du monde. Nous ne savons pas toujours exactement où il est annoncé et nous devons être très prudents et ne pas croire que le salut n'est annoncé que dans les sphères où il vibre. En réalité, le salut est annoncé partout. "Pour nous les hommes et pour notre salut, Il descendit du ciel, Il est mort, Il est ressuscité." C'est donc que le salut est accompli pour le monde entier. Par conséquent le salut est déjà à l'œuvre là où pousse la moisson même si apparemment il n'y a pas de moissonneurs. Mais en même temps, par le fait que le salut est annoncé, il y a un processus de haine. "Ils M'ont pris en haine et ils vous prendront vous aussi en haine." Pourquoi ? La haine, c'est la résistance au salut. A partir du moment où l'œuvre du salut est lancée, il y a aussi l'œuvre de résistance au salut qui se déchaîne encore plus.
Je crois qu'en fêtant aujourd'hui l'apôtre saint Jude, on peut relire ainsi son épître. Dans son épître, saint Jude explique tous les déchaînements qu'il peut y avoir même à l'intérieur des communautés chrétiennes, contre l'œuvre du salut qui est en train de s'accomplir. Or que fait l'apôtre ? Comment se définit l'apôtre ? Par deux choses. Premièrement, construire et deuxièmement ne pas juger. Premièrement construire, c'est-à-dire être envoyé pour que le salut puisse s'implanter petit à petit. "Coopérateurs du champ de Dieu" comme le dit saint Paul L'apôtre ne se définit que par sa tâche positive. Il construit la communauté, il est au service de cette communauté, il joue un rôle de fondement, il joue un rôle d'assemblage, de cohésion, de cohérence de l'assemblée. Et si l'Église est apostolique ce n'est pas simplement parce que les douze apôtres ont fait ce travail-là mais parce que depuis cette présence constructrice de l'œuvre des douze apôtres n'a jamais manqué à l'Église.
Deuxièmement, le mal, ce n'est pas nous qui sommes chargés de le vaincre ni les apôtres. "Ils vous ont pris en haine !" La haine existe, le péché existe, le déchaînement de violence existe. Simplement cela ne doit pas nous empêcher d'être, comme les apôtres, les messagers et les coopérateurs de Dieu dans cette construction du salut. C'est quelque chose d'assez délicat à réaliser concrètement dans notre vie. A la fois savoir que tout, dans notre mission d'apôtre, et de ce point de vue-là nous sommes tous concernés et pas simplement ceux qui ont reçu la charge apostolique comme les évêques, mais tous nous sommes chargés de coopération à la construction du corps du Christ. Le jugement, lui, il appartient au Seigneur. Ce n'est pas nous qui jugerons la haine ou qui jugerons la résistances du monde à ce salut qui vient. Cela il faut en laisser le soin à Celui que Dieu a constitué juge. Mais nous, nous ne sommes pas juges.
C'est ainsi qu'on peut cerner la fonction de l'apôtre, à la croisée de ces deux réalités : quand l'œuvre du salut se révèle, il est totalement invité à y participer et à collaborer à sa construction, mais en même temps, tout en voyant le mal, tout en mesurant les doses de déchaînement, de réaction, de résistance à cette annonce du salut, l'apôtre n'est pas, lui, chargé de les vaincre. C'est pour cela qu'il vit dans la foi la victoire de son Seigneur car cette parole a vraiment toute sa force : "Il a vaincu le monde !" Les apôtres en sont les témoins.
AMEN