SAINT JUDE, ÉCRIVAIN

Ep 2, 12-22 ; Lc 11, 33-36
SS. Simon et Jude - (28 octobre 1983)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Cernay-l'église : Saint Jude

D

 

e l'apôtre saint Simon nous ne savons rien sinon qu'il faisait partie du groupe des Zélotes, ces révolutionnaires qui voulaient chasser par la violence l'occupant romain. De saint Jude, par contre, nous savons plusieurs choses. Non seulement, il est nommé comme les autres dans la liste des douze, mais encore il a pris part à la dernière conversation de Jésus avec ses disciples, avant sa mort, au cours de cet ultime repas où Jésus a institué l'eucharistie. Il existe aussi une épître de saint Jude dont l'auteur dit : "Jude, serviteur de Jésus-Christ, frère de Jacques.'' Vous savez qu'il existe une épître de saint Jacques qui se dit le "frère du Seigneur". Effectivement, dans l'évangile quand on parle des "frères de Jésus" c'est-à-dire des membres de sa famille, de ses cousins, on nomme, outre José et Simon (pas Simon le Zélote) on nomme Jacques et Jude. La question se pose, et elle est d'ailleurs difficile à résoudre, si ce Jacques et ce Jude sont les mêmes que les apôtres du même nom. Il y a une certaine vraisemblance que Jude, l'auteur de l'épître qui se dit frère de Jacques soit le même que l'apôtre puisque dans l'un des liste des douze, on dit "Jude de Jacques" sans préciser s'il s'agit du fils de Jacques ou du frère de Jacques.

Cette épître de Saint Jude est un des textes les plus brefs et aussi les plus méconnus du nouveau Testament. C'est pourquoi je voudrais vous en dire quelques mots. Elle ne comporte qu'un seul chapitre de vingt-cinq versets, soit deux petites pages de notre Bible. Elle se caractérise premièrement par le caractère très judaïsant de son texte. A de très nombreuses reprises, Jude se réfère à l'Ancien Testament pour mettre en garde ses correspondants contre les faux docteurs, contre ces hérétiques qui, déjà dés l'origine de l'Église, se lèvent pour fourvoyer les fidèles. Jude rappelle la doctrine de Balaam, ce faux-prophète qui avait essayé de prophétiser contre le peuple élu. Vous vous souvenez tous de l'épisode de l'ânesse de Balaam qui refusait d'avancer dans le chemin pour éviter que son maître aille dire du mal d'Israël. Jude fait aussi allusion à Caïn, à la révolte de Coré, ce lévite qui, dans le désert avait voulu se mettre au-dessus d'Aaron le Grand-prêtre et organiser, en quelque sorte, une hiérarchie parallèle à l'intérieur du peuple de Dieu. Jude cite aussi des textes que nous ne connaissons pas ou que nous connaissons mal. C'est une des sources qui nous manifeste un certain nombre d'écrits juifs, postérieurs à l'Ancien Testament et antérieurs au Christ, que l'on appelle pour cette raison "inter-testamentaires" car ils se trouvent à la charnière des deux testaments. Des écrits apocalyptiques du même genre et du même style que le livre de Daniel ou l'Apocalypse de saint Jean, genre littéraire qui nous est peu familier qui accumule des images parfois disparates et un peu incohérentes, et qui nous renvoie toujours vers la fin des temps et les cataclysmes qui précéderont la venue du monde nouveau. Et à plusieurs reprises, Jude cite ainsi un livre intitulé l'Assomption de Moïse, un autre appelé le livre d'Enoch, etc …

Nous voyons donc ici quelqu'un qui est très fortement enraciné dans ce milieu juif contemporain du Christ, sans doute un judéo-chrétien, ce qui correspond bien à la personne de Jude "frère de Jacques" frère de Jésus, donc de la famille du Christ. Ce qui est curieux, c'est qu'en même temps cette épître de Saint Jude est écrite dans un très bon grec, dans un texte littéraire assez beau. Je voudrais vous en citer un passage où nous voyons les images très belles s'accumuler pour manifester combien ces faux docteurs sont trompeurs et en même temps inconstants dans leur doctrine. "Ce sont des nuées sans eau que les vents emportent, des arbres de fin de saison sans fruits, deux fois morts, déracinés, houle sauvage de la mer écumant sa propre honte astres errants auxquelles les ténèbres épaisses sont gardées pour l'éternité."

Saint Jude met ainsi en garde ses correspondants contre ces faux témoins qui sont déracinés parce que non fondés dans la foi du Christ. Ailleurs Saint Jude dit : "Quant-à vous, je vous exhorte à combattre pour la foi qui vous a été transmise comme aux saints, une fois pour toutes." C'est donc que les fidèles sont enracinés dans la foi en Jésus-Christ, alors que les faux prophètes sont comme des arbres déracinés. C'est pourquoi ils sont comme la houle la mer qui va et qui vient, comme ces astres errants qui n'ont ni règle ni stabilité, De même ils sont sans fruits comme ces arbres de fin de saison qui sont morts deux fois, une fois parce qu'ils ne sont pas enracinés dans la terre et une deuxième fois parce qu'ils sont inféconds. Inféconds comme des nuages sans eau incapables de donner la pluie pour féconder la terre.

Saint Jude nous exhorte donc à tenir ferme dans la foi, même au moment ou, de partout, se lèvent des faux prophètes qui veulent nous enseigner une doctrine qui n'est pas celle de la foi en Jésus Christ. Cette exhortation est valable pour tous les temps et pour aujourd'hui plus particulièrement ou, en dehors de l'Église et quelquefois même dans l'Église, se lèvent des gens pour annoncer une doctrine qui n'est pas celle du Christ. Il faut toujours nous enraciner dans l'enseignement des apôtres, afin que nous soyons véritablement fortifiés, affermis dans la lumière et dans la vérité. Et voici la conclusion de l'épître : "Vous, très chers, vous édifiant sur votre foi très sainte, priant dans l'Esprit Saint, gardez-vous dans la charité de Dieu, prêts à recevoir la miséricorde de Notre Seigneur Jésus Christ en vue de la vie éternelle. Ceux qui hésitent, cherchez à les convaincre ; les autres, sauvez-les en les arrachant au feu ; d'autres, enfin portez-leur une pitié craintive en vous écartant jusqu'à la tunique contaminée par leur chair."

Et la doxologie est l'une des plus belles et des plus solennelles du Nouveau Testament : "A Celui qui peut vous garder de la chute et vous présenter devant sa gloire, sans reproche, dans l'allégresse, à l'unique Dieu notre Sauveur, par Jésus-Christ notre Seigneur, gloire, majesté, force et puissance, avant tous les temps, maintenant et dans tous les temps !"

 

AMEN