LA MANIFESTATION DU CHRIST

Ep 2, 12-22 ; Jn 14, 22-26 + Jn 15, 17-27
SS. Simon et Jude - (28 octobre 1980)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Cernay-l'église : Autel des Apôtres
Saint Simon

Q

uestion étrange que celle posée par Jude au Seigneur Jésus, au cours de ce dernier entretien avec ses disciples, avant de quitter ce monde pour monter sur la croix. "Pourquoi faut-il que tu te manifestes à nous (aux disciples, aux élus, aux chrétiens ) et pas au monde ?" A cette question Jésus va répondre longuement et en plusieurs parties.

Il va d'abord préciser en quoi consiste la manifestation de son nom, de sa gloire, de sa vérité aux disciples. Cette manifestation, dit Jésus, c'est la présence même du Père, du Fils et de l'Esprit dans le coeur des disciples. "Si quelqu'un m'aime, si quelqu'un garde ma parole, mon Père l'aimera, nous viendrons en lui établir notre demeure." Et l'Esprit sera en lui, pour rappeler toutes les paroles que je vous ai dites, pour vous conduire à la vérité tout entière. Telle est la manifestation de Jésus aux disciples, telle est la manifestation que Jésus donne à chacun d'entre nous qui sommes, nous aussi, ses disciples et les descendants des apôtres et des premiers disciples. A nous aussi Jésus se manifeste à l'intérieur du cœur. Si nous aimons le Père, si nous aimons le Christ, si nous ouvrons notre cœur par cet acte d'amour, alors nous sommes envahis par la présence de Dieu, présence sécrète, présence silencieuse, présence mystérieuse et réelle, et peu à peu, l'Esprit accomplit en nous, cette imprégnation de nous-mêmes qui nous fait découvrir le sens de cette présence de Dieu, le sens de la parole de Dieu. Ainsi en quelque sorte, le mystère de Dieu se manifeste à nous parce qu'il nous remplit, non pas que nous ayons des révélations, des visions, des explications inédites, mais nous sommes peu à peu familiarisés avec ce mystère. En ouvrant notre cœur par l'amour, nous nous laissons prendre par cette présence De Dieu et petit à petit, elle nous devient plus familière, plus habituelle. Nous sommes comme transformés, comme imprégnés par la présence de ce mystère.

Quant au monde, Jésus répond à la question de Jude plusieurs paragraphes plus loin dans son évangile. Jésus répond indirectement. Il dit non pas qu'Il refuse de se manifester au monde, mais que, s'Il ne se manifeste pas au monde, c'est que le monde refuse cette manifestation, parce que le monde hait Jésus et que, haïssant Jésus, il hait aussi son Père. Il hait également les disciples et il les persécutera et ils mourront de la main du monde, comme Lui, Jésus, va mourir de la main du monde.

Ce monde, c'est encore nous, frères et sœurs, nous et tout cet univers qui nous entoure, cet univers marqué par le péché, marqué par le refus, marqué par la haine, par ses divisions dont parlait saint Paul tout à l'heure aux Ephésiens, ses déchirements par lesquels nous nous entre-tuons, parce que nous refusons, parce que le monde en nous et autour de nous refuse de s'ouvrir, par l'acceptation de l'amour au mystère de Dieu. Voilà pourquoi Jésus ne peut pas se manifester au monde parce que le monde, encore une fois ce monde de péché, ce monde mondain auquel nous tenons par tellement de fibres de nous-mêmes, est un monde sans amour, qui ne peut donc connaître ni comprendre l'amour et donc ne pas connaître Dieu et son mystère.

Mais là aussi Jésus va inviter ses Apôtres à aller plus loin. Si le monde hait les disciples, s'il les met en persécution, s'il les met à mort, les disciples vont témoigner par leur persécution, témoigner par leur mort même, témoigner de cette vérité aux yeux du monde. Là encore c'est l'Esprit Saint qui intervient. Jésus dit : "L'Esprit sera témoin et vous aussi vous témoignerez". Vous témoignerez par cet Esprit qui habite dans vos coeurs si vous avez accepté que le mystère se manifeste à vous. Cette manifestation du mystère qui se résout à l'ouverture de notre cœur à l'envahissement de nous-mêmes par l'amour de Dieu, cette manifestation nous transforme et nous fait à notre tour, manifestation de cet amour à ce monde qui refuse cette manifestation et qui, en la refusant, persécute les témoins et les met à mort. Mais au moment même où il les met à mort, par cette persécution il redouble en quelque sorte la qualité de leur témoignage, car ces témoins ne sont plus seulement des témoins qui parlent, ce sont des témoins qui meurent pour cette Parole.

Et c'est ainsi que, par sa haine même, le monde en quelque sorte attise le feu du témoignage qui est proclamé à sa face. Et il y a comme une sorte de rivalité entre cette haine et ce surcroît d'amour que cette haine provoque dans le cœur des disciples s'ils se laissent conduire par l'Esprit Saint et s'ils acceptent d'être témoin comme l'Esprit est témoin, parce que l'Esprit est précisément cet amour de Dieu qui nous est donné pour envahir notre cœur et nous rendre capables d'aimer et à force d'amour de vaincre la haine du monde. C'est ce que les apôtres ont fait. Simon et Jude, ceux-là même qui posaient cette question à Jésus, comme les autres Apôtres, ont scellé leur témoignage, non seulement en parlant, mais en mourant pour la Parole.

Et d'innombrables disciples, à leur suite, sont morts pour cette Parole. Aujourd'hui encore dans le monde, des hommes disciples du Christ meurent pour la Parole. Il suffit d'ouvrir les yeux autour de nous pour voir que la haine du monde redouble contre l'amour et contre le Dieu d'amour, que partout c'est l'égoïsme et la haine qui triomphent, que partout c'est la division, les peuples s'entretuent.

 

AMEN