UN TÉMOIN CONSCIENCIEUX

2 Tm 4, 6-11 a; Lc 10, 1-9
St Luc - (18 octobre 1993)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

P

uisque beaucoup ont entrepris de composer un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous, d'après ce que nous ont transmis ceux qui furent, dès le début, témoins oculaires et serviteurs de la Parole, j'ai décidé, moi aussi, après m'être informé exactement de tout depuis les origines, d'en écrire pour toi l'exposé, excellent Théophile, pour que tu te rendes bien compte de la sûreté des enseignements que tu as reçus."

Tel est le début de l'évangile de Luc, tel est le début de la méthode que Luc va employer pour être à son tour le témoin de Jésus-Christ. Luc s'inscrit dans la grande tradition des témoins et veut, sans orgueil de sa part, prendre la suite des témoins oculaires pour devenir un témoin par l'écrit. Il reprend ainsi cette prophétie de l'Exode "le peuple voyait la voix de Dieu." Et bien ce n'est pas simplement la voix qu'il a vue, mais c'est la Parole. Si l'Ancien Testament prépa­rait cette rencontre ultime entre Dieu et le peuple choisi, des hommes ont repris le flambeau de cette rencontre, l'ont prise à leur compte et nous ont trans­mis intégralement, exactement et avec assurance la venue, l'arrivée de la Parole Unique et totale de notre Dieu, Jésus-Christ. Luc en écrivant son évangile et en écrivant aussi la suite c'est-à-dire le début des Actes des apôtres, le début de l'Église, n'ayant pas vu lui-même le Christ, raconte ce qu'il reçoit et ce que nous devons recevoir pour le transmettre à notre tour.

L'évangile de Luc est si profond, si total que souvent les tableaux se sont inspirés du texte de Luc plutôt que de celui des autres évangélistes pour nous donner des témoignages picturaux de la vie du Christ, sans parler de l'évangile de l'Enfance de Jésus, la Vi­sitation, l'Annonciation, des disciples d'Emmaüs qui ont été si souvent représentés parce que l'évangéliste avait permis d'en saisir plus exactement le déroule­ment de la scène pour que nous puissions, par son écrit et par une vision de peinture être pénétrés du mystère qui se dégage de cette rencontre qui est en­core la nôtre. Mais plus intéressant encore est de sa­voir que notre Église, tout le rythme, toute la liturgie de l'Église est inscrite dans l'évangile de Luc. Saint Luc est peut-être celui qui célèbre le mieux ce que nous avons nous aussi à célébrer. Il inaugure en quel­que sorte la célébration, c'est-à-dire non pas le simple mémorial mais la façon dont nous devons nous mettre dans les pas de ceux qui ont rencontré le Christ pour faire monter vers Dieu cette gratuité, cette louange. Et saint Luc inaugure ainsi le fait d'être non pas seule­ment le témoin, celui qui transmet ce qu'il a entendu, mais nous invite à y inscrire notre propre vie, à y mé­diter, à y chanter et ainsi à y vivre. Saint Luc, plus que tous les autres, a ouvert ainsi à l'Église le chemin de sa louange, de son action de grâces, de sa demande de pardon.

En ce jour demandons que, par l'intermédiaire de cet évangéliste qui célébra si bien la douceur du Christ, nous puissions être des amoureux de cette liturgie qui, jour après jour, répète, fait mémoire, cé­lèbre la venue de Jésus et surtout prépare son avène­ment.

 

AMEN