APÔTRE DE LA COLLÉGIALITÉ
Rm 8, 31 b-39 ; Jn 12, 24-26
St Ignace d'Antioche - (17 octobre 2013)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

L'Église qui préside à la charité
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rères et sœurs, saint Ignace d'Antioche est un homme important, peut-être pas tellement par la personnalité que l'on connaît très peu, parce que les personnages de l'époque dans leurs lettres ou leurs écrits, ne s'épanchaient pas sur leurs sentiments, mais nous connaissons plutôt la stature de l'évêque.
Il faut penser son épiscopat depuis les années 95-97 jusqu'à 115 environ. Il fait donc partie de la fin de la deuxième génération chrétienne, début de la troisième. Il est originaire d'Antioche, première communauté juive et païenne mélangée qui a existé dans l'Église. Elle a été fondée en 44. Ignace était sans doute d'origine païenne. Il a été et il a fini sa vie évêque dans l'Église la plus vivante et la plus riche spirituellement qui existait à cette époque-là. Quand on lit ses lettres, on a presque l'impression de lire du saint Paul. L'Église d'Antioche a été marquée par trois grands personnages : Paul qui y a trouvé sa vocation et mis au point son évangélisation, Pierre qui y a prédestiné de l'avenir de l'Église avant de partir à Rome, et sans doute saint Matthieu qui a vraisemblablement écrit son évangile à Antioche. C'est le bain spirituel et évangélique dans lequel saint Ignace a vécu.
Ignace est le premier qui atteste de la communauté monarchique, non plus de la communauté des apôtres mais avec un collège de prêtres appelés "presbytres", et un groupe de diacres. C'est la première fois que l'on voit un texte qui recommande cette structure-là pour l'Église, et nous en sommes aujourd'hui les héritiers. Aujourd'hui encore quand on parle des ministères dans l'Église, il y a trois degrés : l'évêque, seul à la tête de la communauté, les prêtres qui forment un conseil autour de lui, et les diacres qui gèrent les affaires courantes. Lui-même a-t-il concouru à la fixation de ce modèle, ou a-t-il trouvé cette structure en arrivant comme évêque ? Possible, mais il y a apporté sa caution et nous lui sommes redevables de son témoignage en ce domaine.
Arrêté à Antioche par les autorités romaines, jugé par les autorités syriennes, Ignace a demandé à pouvoir comparaître à Rome. Il lui est arrivé la même aventure qu'à saint Paul, parti en bateau jusqu'à Rome, cela lui a donné l'occasion de se permettre chaque fois qu'il allait dans une étape, non seulement de visiter l'Église où il s'arrêtait, mais d'envoyer des espèces d'encycliques aux Églises des alentours. Vous imaginez aujourd'hui un évêque qui va en Amérique et écrit à l'Église de Chicago, ou à l'Église de San Francisco, puis va à Tahiti et écrit à l'Église d'Australie. C'est à peine pensable qu'un évêque puisse envoyer à d'autres Églises des recommandations en passant au-dessus de l'évêque local. Or, à l'époque, cela n'était pas choquant parce que les liens étaient suffisamment homogènes entre les communautés pour qu'un évêque d'Antioche puisse donner des recommandations à la communauté de Smyrne, à la communauté de Philippes, et même à la communauté de Rome qui veut éviter qu'il ne meure martyr. Il écrit à la communauté romaine, non pas à l'évêque du moment. La structure même des ministères à cette époque-là était si profonde et si unanime, qu'un évêque pouvait se permettre d'envoyer un lettre dans le diocèse voisin.
Le Concile Vatican II a essayé de remettre en place la collégialité. On y lit que lorsqu'un évêque est ordonné, il est ordonné "pour le souci de toute l'Église". Mais on leur assigne une petite portion de territoire qu'on a appelé un diocèse. C'est à cause de ce comportement d'Ignace d'Antioche que le Concile Vatican II a réhabilité la collégialité, car depuis l'an mille et Grégoire VII, Rome s'était bien gardée de favoriser la collégialité. Alors que les structures sont pratiquement inexistantes (Ignace ne parle jamais du pape), et quand il parle de l'Église de Rome il dit : "L'Église qui préside à la charité". Cela veut donc dire que l'Église de Rome en tant qu'Église de Rome parce que Pierre et Paul y avaient témoigné jusqu'à verser leur sang, avait un rôle de présidence. Et c'est par l'Église de Rome que le pape a le rôle de présider à la charité, ce n'est pas de lui que cela vient.
Ignace est un homme d'une grande stature pastorale et théologique, qui a essayé de tirer les conséquences de ce qui s'était passé dans les générations antérieures. De même que les apôtres étaient unis dans un "collège", il a pensé que lui aussi pouvait agir comme membre d'un collège et donc écrire dans les Églises présidées par d'autres évêques.
Frères et sœurs, je pense qu'on peut prier très spécialement aujourd'hui saint Ignace d'Antioche pour que par son intercession, l'Église d'aujourd'hui trouve ce véritable sens de la collégialité.
AMEN