DÉVOTION CONGELANTE OU SAINTETÉ VIVANTE ?
Rm 8, 31 b-39 ; Jn 12, 24-26
St Ignace d'Antioche - (17 octobre 2003)
Homélie du Frère Yves HABERT
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i quelqu'un me sert qu'il me suive". Cette figure de saint Ignace d'Antioche, dans l'actuelle Turquie, qui fait une sorte de pèlerinage jusqu'à Rome, avec ses gardes, avec d'autres fidèles, peut-être de son diocèse, je ne sais pas, parce qu'on ne sépare pas ce que Dieu a uni. Donc, il part pour ses noces à Rome, des noces de sang. Il a été saisi par le Christ et saisi par les soldats qui l'emmènent. On est sous l'empereur Trajan, et sans doute, vu du côté de Rome, les chrétiens qui se développent, qui progressent, qui multiplient ainsi des communautés avec des évêques, sans doute que cela doit inquiéter, et que l'on ne peut pas martyriser l'évêque d'Antioche dans sa ville. A moins que l'on considère que l'évêque est un peu comme une sorte de préfet et qu'il vaut mieux que celui-là meure dans une arène à Rome, moulu par les dents des bêtes. J'imagine ses gardes qui marchent avec ce prisonnier qui écrit des lettres, sept lettres comme dans l'Apocalypse, qui écrit des lettres partout où il passe, des lettres pleines de tendresse pour ses communautés qui l'accueillent. Il écrit des lettres aussi remplies d'une foi débordante, parce que l'Église est menacée par certains qui nient que le Christ c'est vraiment fait chair. Lui, Ignace, il a compris que le spirituel est lui-même charnel et donc, il parle avec foi de la chair du Christ, mais aussi de la chair de l'Église, de la chair de la Parole, de la chair de l'eucharistie. Pour lui, le christianisme, c'est vraiment cette chair de l'homme dont Dieu s'est éprise.
Il marche, il suit, sans doute passe-t-il par la Macédoine, il va monter par la Via Appia jusqu'à Rome. J'aime cette figure du martyr qui va où l'Esprit le mène, qui va vers où le Père l'attend, qui va comme le Christ Lui-même qui allait vers sa passion. Il va, il marche, les gardes ne comprennent pas et il va confesser sa foi jusqu'au bout.
Un martyr, en fait, nous vaccine contre la tentation de la dévotion, de ces images qui fixent les saints, les martyrs, qui fixe le saint par exemple dans une attitude très extatique, qui fixe l'apôtre de la charité dans une sorte de mouvement mais qui s'est arrêté, qui fixe le martyr simplement dans ce mouvement où il est comme aspiré par Feu. Mais la dévotion congèle, la dévotion fixe comme avec des petites épingles pour accrocher une scène. Tandis que le saint, le martyr, le mystique, cela bouge ! Cela bouge, cela vibre, cela vit, le martyr est en chemin, c'est Ignace qui nous le rappelle très fort. Le saint, il est en chemin, et nous, on voudrait congeler tout cela. Je crois que si la dévotion congèle, la sainteté au contraire fait tout l'inverse. La sainteté, c'est du vivant. Sans doute que la dévotion s'est inspirée aussi d'images du Christ en croix où on le voyait complètement figé, alors que la croix, c'est l'image d'un Dieu en plein fonctionnement. Le martyr dans cette quête qui est celle d'Ignace d'Antioche, qui ne rêve que d'une chose, c'est d'être "moulu par les dents des bêtes pour être le froment pur de Dieu", le véritable pain, à travers cela, c'est un désir, c'est un vivant qui s'avance vers le Vivant.
Prenons garde que notre dévotion ne congèle les saints, mais essayons au contraire de les saisir dans ce mouvement qui est aussi ce mouvement par lequel avec leur aide et par la grâce de Dieu, ce mouvement qui nous conduit vraiment vers le Père qui nous attend.
AMEN