VIVACITÉ ÉVANGÉLIQUE

Rm 8, 31 b-39 ; Jn 12, 24-26
St Ignace d'Antioche - (17 octobre 2001)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

L

a charité des frères, c'était l'autre nom qu'Ignace utilise pour désigner l'Église. Il faut imaginer ces hommes à la fin du premier siè­cle, porteurs des vases sacrés, des vases nouvellement remodelés, dans lesquels vient de fermenter l'évangile de ces valeurs, dont sont la charité et l'unité. On peut imaginer ces hommes à la fois dans cet ancien monde romain, porteurs d'une semence dont ils pressentent qu'elle est définitive, révolutionnaire. Et ces hommes-là vivent à la fois comme des porteurs et en même temps comme des messagers et s'identifiant totale­ment à Celui qui est encore quasiment présent dans leur rétine, le Christ. La façon dont il parle de la ré­surrection semble nous faire croire qu'il l'a vécue lui-même. La mémoire est vive. Il n'est pas question d'un concept de la résurrection, mais il est question du fait de cette résurrection et il écrira à un endroit quand ce Christ est apparu qu'il dit : "Prenez et touchez-moi et voyez que je ne suis pas un démon sans corps". Il le tient lui-même de Pierre auquel il succède à Antioche, mais les autres lui ont transmis comme une confi­dence qu'on ne pouvait pas contenir. Il y a dans ces tout premiers temps de l'Église à la fois une sorte de vivacité de l'évangile, un ressort profond. Et l'on peut imaginer ces hommes qui au fond n'ont pas des siè­cles et des siècles derrière eux pour appuyer leur ar­gumentation, mais ils sont porteurs d'une chose si nouvelle et pourtant ils sont si sûrs d'eux. C'est le premier élément que je voulais vous signaler par rap­port à Ignace.

Le second élément, c'est que le vocabulaire qu'on entend dans ces lettres qu'Ignace va laisser quand il va s'arrêter sur le chemin de son martyre à Smyrne, et qu'il va laisser aux différentes premières communautés chrétiennes, à Philadelphie, à Smyrne elle-même. Son vocabulaire, les mots qu'il emploie sont bien des mots d'aujourd'hui, la façon dont nous-mêmes recevons et témoignons de l'évangile. Il y a une sorte de continuité profonde inaugurée par Ignace et ses contemporains et jamais interrompue. Ce qui reste étonnant depuis deux mille ans, c'est cette conti­nuité profonde entre l'Église d'Orient et l'Église d'Oc­cident. D'ailleurs, il écrit aussi à la communauté des chrétiens qui sont à Rome. Cependant, saint Ignace parle, et vous connaissez ce texte célèbre sur les "ar­chives", oui, il parle des archives, à la fois, la per­sonne du Christ est là, immédiate, presqu'à portée de témoignage, à portée de mains, comme Thomas le vérifiera en touchant le Christ ressuscité, et en même temps, il y a un avant, il y a un avenir et l'on va comme muni des archives, et ces archives, c'est le Christ. C'est à la fois dans l'actualité brûlante de ce fait historique incontournable pour eux qui est que le Fils de Dieu est venu, Il est mort et Il est ressuscité, et qu'en même temps ces hommes le vivent aujourd'hui, dans leur chair comme chaque doit le vivre dans son aujourd'hui, dans sa chair.

Frères et sœurs, que cette actualité de l'évan­gile valable dans le premier siècle puis dans tous les autres siècles qui vont suivre, nous aide à le vivre non pas comme une sorte d'héritage d'un passé que nous devons traiter, mais comme une actualité brûlante de la présence de Dieu qui vit, qui est résurrection en chaque instant dans nos vies et dans notre monde. Demandons que ce zèle, ce courage, cette foi qui animait saint Ignace et ceux qui l'entouraient, nous touche, nous émeuve au point que nous ayons envie de marcher avec eux à la suite du Bien-Aimé.

 

AMEN