UN DERNIER MESSAGE
Rm 8, 31 b-39 ; Jn 12, 24-26
St Ignace d'Antioche - (17 octobre 2000)
Homélie du Frère Yves HABERT
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'évangile, c'est toujours comme ça, quand on a commencé à le lire, on n'arrive plus à s'arrêter, on commence avant, ou après, le tout c'est de s'y mettre. Et dans la vie de saint Ignace d'Antioche, c'est la même chose. Vous imaginez la tête de ces gardes qui accompagnent ce genre de pèlerinage, cet évoque et quelques compagnons, d'Antioche jusqu'à Rome. Ils l'accompagnent parce qu'il doit y subir le martyre, c'est un pèlerinage, une sorte de mission qu'il a à remplir. Ses gardes sont un peu décontenancés, parce que ce ne sont pas des ennemis habituels, d'ordinaire, il faut sortir le glaive, et ici ils se trouvent devant un ennemi qui est non-violent et qui passe son temps à écrire des lettres. Il écrit des lettres à d'autres Églises, à Polycarpe, responsable d'une autre Eglise. Aujourd'hui il aurait envoyé des "mail", il aurait semé son pèlerinage, cette mission il l'aurait semé "d'email", pour conforter ces Églises. Vous imaginez la tête de Trajan, l'empereur, qui se retrouve tout d'un coup face à une Eglise, dès qu'il y a quelques chrétiens qui se rassemblent, aussitôt, il y a un évêque et c'est toute une communauté qui commence à vivre. Comment éradiquer le mal, si c'étaient de vrais envahisseurs, on pourrait se battre contre eux, mais là on est obligé de prendre les envahisseurs, de les arracher à leur terreau, de les arracher à leur Eglise, et de leur faire subir le martyre à Rome, parce que saint Ignace n'est pas un citoyen romain, on ne l'aurait pas emmené aux bêtes, et sans doute pas un juif non plus, c'est un païen converti, quelqu'un qui a rencontré le Seigneur et qui a été nommé à la tête de cette Eglise qu'il va présider pendant quinze ans, c'est le deuxième successeur de Pierre. Pierre avait fondé Antioche, c'est là que pour la première fois on avait pris le nom de chrétien. Lui, Ignace, il a compris que chrétien, cela voulait dire "la croix", alors il accepte de grand cœur de partir en mission, avec ses apôtres qui sont ses gardes qui l'entourent. Il part en mission parce qu'il a encore comme une espèce de dernier message : il voudrait réconforter ses Églises qui sont tentées par la division, il voudrait leur dire qu'il n'y a qu'une seule Eucharistie, parce qu'il n'y a qu'un seul autel, qu'il n'y a qu'un seul sanctuaire parce qu'il n'y a qu'un seul évêque qui est là pour représenter le Seigneur Jésus Lui-même, parce que c'est là qu'on peut communier à cette chair issue de David, c'est là qu'on peut communier à cette source qui nous attire et qui peut attirer un Ignace d'Antioche jusqu'à Rome.
Lui, il part en mission, parce qu'il a envie de conforter ses Églises, il a envie de montrer à tous les évêques qu'il croise, qu'un évoque a aussi le souci du monde entier. C'est déjà le dimanche de l'expansion missionnaire, c'est aussi le souci de toutes les Eglises qu'on rejoint par les jumelages, à notre petit niveau, les jumelages qu'on fait avec les paroisses ou les diocèses, c'est le souci aussi de porter cette charge à plusieurs. Et Ignace s'avance vers le martyre. Et l'on ne sait plus qui est de son côté et qui n'est pas de son côté, parce qu'il dit dans la lettre aux Romains : "Ne m'empêchez pas d'être broyé et concassé par les dents des bêtes, ne m'empêchez pas d'être ce grain de blé qui voyage et qui un jour servira à Rome à faire le pain blanc du Christ. Ne m'empêchez pas, laissez-moi mener ma trace, jusqu'au bout, n'empêchez pas le navire de continuer sur son aire. Ne l'arrêtez pas."
Il faudra le martyre pour que cet homme se taise, qu'il arrête d'écrire des lettres, pour que sans doute beaucoup se convertissent à la lecture de ses lettres Il parle bien mieux que nous, il le dit en des lignes très simples et de manière très actuelle. Demandons, supplions saint Ignace d'Antioche pour tous les missionnaires, pour tous ceux qui sont encore victimes de la persécution.
AMEN