UNI À LA CHAIR DU CHRIST

Rm 8, 31 b-39 ; Jn 12, 24-26
St Ignace d'Antioche - (17 octobre 1992)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

S

i saint Ignace d'Antioche a passionnément désiré le martyre, ce n'est pas par une volonté de mort ni par une sorte de recherche malsaine de la souffrance, mais c'est par un désir immense d'être uni au Christ Jésus. Et cette union Ignace la comprend avec force non comme une union seule­ment de cœur et d'esprit mais une union de corps avec le Christ. Etre vraiment membre de son corps au sens le plus fort, c'est-à-dire revivre dans sa chair le mys­tère même du Christ. C'est pourquoi, dans ses lettres saint Ignace est si attentif à la vérité de l'incarnation de Jésus, à la vérité de sa résurrection, à la vérité de la chair eucharistique de Jésus. Voici quelques phrases de saint Ignace qui nous font comprendre à quel point de réalisme nous devons entendre cette union du Christ avec nous. Au cours du voyage qui l'entraînait jusqu'à Rome où il devait subir le martyre, voici ce qu'il écrivait aux chrétiens de Smyrne pour annoncer avec joie ce triomphe vers lequel il marchait.

"Soyez achevés dans une foi inébranlable comme si vous étiez cloués de chair et d'esprit à la croix de Jésus-Christ, fermement convaincus au sujet de Notre Seigneur qui est véritablement né de la race de David selon la chair, véritablement né d'une vierge, véritablement cloué pour nous dans sa chair sous Ponce Pilate et Hérode le tétrarque. C'est grâce aux fruits de sa croix, grâce à sa Passion divinement bienheureuse que nous existons, Lui qui lève son étendard dans les siècles par sa Résurrection. Et il a véritablement souffert comme aussi Il est véritable­ment ressuscité, non pas comme disent certains in­crédules qu'Il n'ait souffert qu'en apparence."

Et non seulement saint Ignace croit à la vérité salvatrice de cette chair du Christ physiquement cloué sur la croix et il pense que nous sommes nous aussi cloués avec Lui sur la croix dans notre propre chair, mais il croit aussi à la vérité charnelle de la Résurrec­tion du Christ.

"Pour moi, je sais et je crois que, même après sa Résurrection, Il était dans la chair et Il dit à ses apôtres : "Prenez, touchez-Moi, voyez que Je ne suis pas un esprit sans corps. Et aussitôt, ils le touchèrent, étroitement unis à sa chair et à son esprit. Et c'est pour cela qu'ils méprisèrent la mort et furent trouvés supérieurs à la mort, car après sa Résurrection Jésus mangea et but avec eux comme un être de chair tout en étant spirituellement uni à son Père."

Voilà donc que cette vérité de la chair du Christ avec lequel nous sommes cloués sur la croix dans notre propre chair, c'est le sens du martyre, en la touchant les apôtres ont été dans leur propre chair unis à celle du Christ. Mais nous ne sommes pas dé­savantagés car, par l'eucharistie, c'est cette même chair du Christ qui nous est donnée.

"Il est des hérétiques qui s'abstiennent de l'eucharistie parce qu'ils ne confessent pas que l'eu­charistie est la chair de Notre Sauveur Jésus-Christ, cette même chair qui a souffert pour nos péchés et que, dans sa bonté, le Père a ressuscitée."

Et aux chrétiens de Rome Ignace confesse : "Je ne me plais plus à une nourriture corruptible ni aux plaisirs de cette vie, c'est le pain de Dieu que je veux, qui est la chair de Jésus-Christ de la race de David. Et pour boisson, je veux son sang qui est l'amour incorruptible."L'eucharistie n'est pas un signe vide, n'est pas un symbole lointain. Ce n'est pas une image, c'est la chair du Christ, vivante, c'est la chair du Christ Res­suscité qui nous est donnée pour que, en mangeant sa chair, elle s'unisse à notre chair et qu'ainsi nous parti­cipions déjà au mystère de la Passion et de la Résur­rection du Christ, au mystère de sa chair clouée sur la croix, et de sa chair vraiment ressuscitée. Afin que, jusqu'au tréfonds de notre chair, nous soyons habités par cette vie du Christ Ressuscité qui nous conduira jusqu'à la résurrection de notre propre chair. Oui comme le dit si magnifiquement saint Ignace c'est toute notre chair qui est ainsi étroitement enlacée à la chair du Christ afin que les mystères de sa chair, mystères de notre salut soient, pour nous, mystères de notre propre vie. Notre vie d'esprit et de chair car nous sommes appelés, tout entiers, à la Résurrection après avoir tout entiers passé par la vie de cette terre et par la mort au terme de cette terre.

Que notre vie d'esprit et de corps, que notre mort corporelle, que notre résurrection charnelle soient pour nous entrée dans le mystère infini de la grâce de Dieu et de sa gloire. Et que nous compre­nions ainsi que les martyrs nous précèdent sur ce chemin et que, s'ils ont accepté d'unir corporellement leur vie à la Passion du Christ, c'est parce qu'ils atten­daient avec foi et fermeté cette résurrection de la chair, par laquelle ils participeraient tout entiers à la gloire de Dieu. Que cette foi nous habite nous aussi, même si nous ne sommes pas appelés au martyre, afin que l'eucharistie à laquelle nous allons communier soit en nous semence de vie éternelle.

 

 

AMEN