DÉLICATESSE ET PUISSANCE DE DIEU

Rm 8, 31 b-39 ; Jn 12, 24-26
St Ignace d'Antioche - (17 octobre 1989)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

D

ans l'Église, célébrer les martyrs c'est célé­brer des êtres si transparents qu'ils nous ré­vèlent l'intimité du cœur de Dieu. Des êtres qui sont allés jusqu'au bout de leur don et qui devien­nent translucides comme si la grâce pouvait être lue à travers eux et nous faire entrer dans le secret du cœur de Dieu pour découvrir ce qu'Il est pour les hommes. Pas seulement pour ces martyrs mais ce qu'Il voudrait être pour chacun de nous.

Saint Ignace écrivait : "Laissez-moi devenir la pâture des bêtes. C'est par elles qu'il me sera donné d'arriver à Dieu. Que je sois moulu par la dent des bêtes pour devenir le pain immaculé du Christ". Cela nous révèle une volonté farouche de n'être plus pour eux-mêmes, mais pour le Christ allant jusqu'au bout de cette phrase de saint Paul : "Ce n'est plus moi qui vis, mais c'est le Christ qui vit en moi !"

Nous avons souvent l'impression que Dieu joue à cache-cache avec notre propre vie et que sa présence s'y révèle comme en pointillé. L'infinie déli­catesse de Dieu qui accompagne jusqu'à la mort, la glorifiant, la mort des martyrs, nous révèle à quel point Dieu est présent, proche, très proche de chacune de nos souffrances. La force même de ces mots de saint Ignace nous révèle l'immensité de la puissance de Dieu et à quel point cette puissance se déploie quand l'homme accepte que ses paroles ne soient plus de sa propre bouche mais de la bouche de Dieu qui parle en lui.

C'est la raison même pour laquelle l'Église célèbre ses martyrs comme continuant, au sens pro­fond du terme, le sacrifice du Christ sur la croix qui nous révèle plus encore le Père, ce qui explique la phrase de saint Jean : "Si quelqu'un Me sert, mon Père l'honorera !" ce qui veut dire que je serai un père pour lui et qu'il sera un fils pour moi. Et la rela­tion que le Père et le Fils ont ensemble, je l'aurai pour chacun de vous si vous Me servez si vous vous laissez transformer, modeler au point qu'on puisse lire dans votre cœur et dans votre abandon la présence du Père.

Le programme est peut-être utopique, mais notre mort s'inscrit dans celle des morts qui nous ont précédés. Notre mort signifiera profondément le dé­ploiement de la puissance de Dieu qui, dans sa déli­catesse, accompagne, étreint l'homme jusqu'au bout de sa vie, jusqu'au terme de sa vie et l'enveloppe de sa tendresse. En ces jours où nous avons à nous modeler, à devenir une pâte molle sous la dent du Père pour devenir à notre tour le pain de Dieu, laissons jaillir et témoigner, à travers nous, le Père qui est présent et qui demande que nous soyons plus transparents pour que les hommes puissent lire en nous la présence de Dieu, intime, et que nous soyons désormais des porte-Dieu.

 

 

AMEN