JUSQU'À LA MORT

Rm 8, 31 b-39 ; Jn 12, 24-26
St Ignace d'Antioche - (17 octobre 1991)
Homélie du Frère Bernard MAITTE


Q

ui nous séparera de l'amour du Christ ?  En contemplant la vie de saint Ignace d'Antioche nous pouvons être sûr que ce saint évêque a expérimenté dans sa vie cette phrase : "Rien, aucune chose, aucune tribulation ne peut nous séparer de l'amour du Christ !" Comme nous l'avons entendu dans l'évangile, il a su "haïr sa vie pour conserver sa vie" dans la vie éternelle. Il a voulu être là où était le Christ pour être avec Lui toujours. Il a su être là où était le Christ c'est-à-dire qu'il a trouvé le Christ en son humanité, au pied de la croix et sur la croix elle-même. Ainsi il a suivi le Christ dans sa mort et dans sa résurrection. Il n'a pas été séparé de l'amour du Christ car il ne s'est pas séparé de cette passion qui l'avait pris au cœur et qui était son amour indéfectible pour le Christ plus que pour sa vie a lui.

       Frères et sœurs, je crois que l'évangile et l'exemple des saints martyrs reste toujours pour nous un appel et un exemple. Encore aujourd'hui nous avons à haïr cette vie en ce monde pour la conserver en vie éternelle. Cela peut paraître paradoxal ou mieux cela peut vous déplaire. Je dirais peut-être tant mieux ! Pourquoi ? Parce que si véritablement, en notre cœur, règne l'amour, il est vrai que les choses de ce monde, aussi belles soient-elles, ne sont rien comparées a l'amour, et au cœur à cœur avec Notre Seigneur. Si effectivement la création a été voulue par Dieu et est belle et si on doit en user, elle n'est pourtant pas ce qui est définitif car ce qui reste, au-delà de toute chose, c'est toujours cet amour indéfectible avec Dieu.

      "Qui donc nous séparera de l'amour ?" Rien sinon peut-être nous-même, si nous n'adhérons pas comme saint Ignace d'Antioche le fit de tout son cœur, de toute son âme, de toute sa vie, de toute son humanité a l'humanité et a la divinité du Christ. " Qui nous séparera de l'amour du Christ ?" si ce n'est peut-être nous-même si nous n'arrivons pas à vivre effectivement dans tous les évènements de notre vie, dans tous les actes de notre cœur un véritable amour, une véritable relation avec Celui qui nous a prouvé son amour en nous donnant sa vie.

       Saint Ignace d'Antioche reste effectivement pour nous un appel. Comment aujourd'hui vivons-nous un tel lien avec le Christ ? une telle intimité avec Lui ? Faisons-nous de Dieu simplement une image lointaine et inaccessible par laquelle, plus ou moins, grâce à l'Église, nous aurions quelque relation ?  Ce serait dommage d'en rester là. C'est ce qu'on appellerait tout simplement la religion. Comment vivons-nous cette relation avec Celui qui l'a poussée jusqu'au bout, qui a fait don de sa vie, de sa vie divine et de sa vie humaine si nous considérons tout simplement Dieu comme une idée ? Ne restons-nous pas trop souvent insensibles à ce que le Christ a fait pour nous ? Ne restons-nous pas trop souvent fragiles et froids dans notre amour inconstant et infidèle ? Heureusement que le Christ Lui est fidèle ! Il a effectivement donné sa vie une fois pour toutes.

        Comme pour tous les saints martyrs, la vie de saint Ignace d'Antioche doit nous rappeler que rien ne peut nous séparer de l'amour du Christ et qu'il faut qu'au moins nous ayons ce désir, même si nous sommes bien ancrés dans notre monde, dans notre habitude, il faut que nous ayons dans notre cœur ce désir de ne vivre que pour Lui, d'être entièrement a lui et d'avoir à cœur de le rejoindre. A cet effet je me permets de citer un bref extrait de la lettre de saint Ignace d'Antioche aux Romains ou il explique ce désir : "Que me feraient les douceurs de ce monde et les empires de la terre ? Il est plus beau de mourir pour le Christ Jésus que de régner jusqu'aux extrémités de l'univers. C'est Lui que je cherche qui est mort pour nous. C'est Lui que je désire, Lui qui a ressuscité pour nous. Mon enfantement approche. De grâce, mes frères, ne m'empêchez pas de vivre ! Ne complotez pas ma mort ! Ne livrez pas au monde ni aux séductions de la terre celui qui veut appartenir à Dieu ! Laissez-moi embrasser la lumière toute pure. Quand j'y aurai réussi, je serai homme. Acceptez que j'imite la passion de mon Dieu. Si quelqu'un le possède en lui, qu'il se laisse fléchir par mon appel. Il connaît l'angoisse qui m'étreint. Qu'il ait pitié de moi!"

       Je crois que c'est un très beau texte qui explicite bien cette méditation de l'Écriture : "Notre humanité s'accomplit dans l'humanité du Christ. Notre désir, notre passion, notre amour ne trouve sa plénitude que dans une réponse d'amour à Dieu."

       AMEN