GRÂCE ET LIBERTÉ
Sg 7, 21-30 ;Jn 4, 5-14
Ste Thérèse d'Avila - (15 octobre 2012)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Thérèse d'Avila (Saint Genis des Fontaines)
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rères et sœurs, sainte Thérèse d'Avila née en 1515, au début d'un grand bouleversement dans toute la pensée européenne par le mouvement de la réforme, qui va être induit par Luther et les différents réformateurs qui vont chacun à leur manière, proposer les réformes de l'Église. Même si elle vit en Espagne, relativement à l'abri de tout ce chambardement de la pensée religieuse européenne au seizième siècle, du point de vue des événements, elle ne verra pas de guerres de religion, il n'empêche qu'elle vivra dans ce monde où l'existence religieuse chrétienne devient un véritable problème.
C'est un monde en pleine mutation et de ce point de vue-là l'Espagne est la tête chercheuse, puisque c'est le pays qui a sans doute été le plus audacieux dans la découverte du Nouveau monde et qui en tirera toutes les conséquences du point de vue de l'économie, de l'organisation de la vie en Espagne, du rapport aussi avec ces étrangers que sont les Indiens que l'on a découvert. A travers tous ces bouleversements, la question qui se pose, et Luther sera la premier à la poser explicitement, c'est la question de la liberté chrétienne. Etre chrétien, c'est être libre. Mais comment pouvons-nous être libres quand le péché a un si grand pouvoir ? Luther va répondre à sa manière en disant que tant qu'on n'est pas sous la grâce, on est irrémédiablement perdu et complètement conditionné par le péché. En réalité, quand on vit dans le monde au sens habituel du terme, nous n'avons plus de liberté. L'homme sous le régime du péché, du vieil Adam a perdu toute liberté.
Il est certain que Thérèse d'Avila a eu une tout autre vision de la liberté humaine ce qui fait qu'aujourd'hui, elle est considérée comme un Docteur de l'Église. Elle a vraiment compris cela de l'intérieur, elle qui avait cependant commencé sa vie de carmélite de façon un peu mondaine, les carmels n'étaient pas toujours des modèles de vie religieuse et c'est pour cela qu'elle a été réformatrice du carmel. Pour autant, elle n'a jamais cru que l'homme était irrémédiablement perdu et qu'il n'avait pas de liberté tant qu'il n'était pas sous la grâce. Elle a toujours dit que l'homme avait une liberté et que cette liberté était faite pour vivre sous la grâce, certes, mais qu'elle existait profondément comme la capacité propre que l'homme peut avoir de chercher Dieu.
C'est précisément avec cette conviction qu'on peut appeler un optimisme chrétien dans la création, c'est à cause de cela qu'elle n'a pas vécu sa foi, sa recherche de Dieu, sa vie mystique comme une sorte de condamnation et de distanciation du monde, mais elle a vécu tout cela comme un témoignage de véritable liberté. Certes, quand cette liberté vit vraiment selon l'amour de Dieu elle décuple ses possibilités, mais elle n'est jamais perdue. C'est un des grands messages de la doctrine mystique et spirituelle de Thérèse d'Avila que de nous dire à quel point l'homme est objet de confiance de Dieu et que l'homme dans sa liberté peut véritablement répondre à cet amour de Dieu. Là où les réformateurs diront que la nature est perdue et que seule la grâce peut nous réhabiliter dans notre humanité, Thérèse dira au contraire que la nature humaine même pécheresse a gardé sa liberté et que cette liberté-là, sauvée par la grâce va pouvoir enfin s'épanouir et donner sa pleine mesure.
Frères et sœurs, que cette liberté que Thérèse n'a jamais perdue, mais qu'elle a eu le souci de faire vivre à ses sœurs, selon la dynamique de la grâce et de la vie mystique dont elle a été gratifiée, que ce message de Thérèse nous aide à retrouver la véritable dimension de notre liberté à chacun d'entre nous.
AMEN