LA VIE SPIRITUELLE

Sg 7, 21-30 ;Jn 4, 5-14
Ste Thérèse d'Avila - (15 octobre 2011)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Image de dévotion

F

rères et sœurs, nous sommes toujours un peu troublés et dépassés devant des exemples de sainteté aussi bouleversants que ceux de saine Thérèse d'Avila. Nous avons le sentiment que sa vie spirituelle, cette rencontre permanente avec le Christ, cette vie qui se donne totalement à Dieu fait de la vie de cette sainte quelque chose d'incommensurable, sans rapport avec notre propre vie spirituelle, qui est pauvre, souvent silencieuse, souvent sans éclat.

Ainsi, beaucoup de chrétiens, ces derniers temps, après la mort de mère Térésa, ont été surpris d'apprendre que cette sainte qui rayonnait la présence de Dieu avait connu pendant pratiquement toute sa vie, une nuit complète de l'esprit, qu'elle n'avait pu ni parler ni découvrir le Christ et qu'elle était dans le silence et dans la solitude. Les chrétiens qui ont appris cela ont été surpris qu'une femme comme Mère Térésa qui avait tellement rayonné la présence de Dieu ait pu vivre elle-même dans le trouble et dans la nuit. En réalité, ce n'est pas seulement le fait de Mère Térésa, mais c'est le fait de tous les grands saints.

Sainte Thérèse d'Avila apporte un témoignage qui va dans le même sens. De même que Mère Térésa vivait sans pouvoir saisir ce Christ qu'elle aimait par-dessus tout, de la même manière, Sainte Thérèse d'Avila a eu cette phrase extraordinaire : "Seigneur, quand on sait comment tu traites tes amis, on comprend que tu en aies si peu !" Si peu d'amis … parce que être l'ami de Dieu, c'est une vie de difficulté, de souffrance, dans laquelle on est obligé constamment de se laisser tomber.

Oui, nous imaginons toujours que la vie contemplative, que la prière d'oraison c'est une joie, une fête dans laquelle nous sommes unis à notre époux le Christ, mais si nous écoutons les saints, cette vie contemplative est le plus souvent une vie obscure. Saint Jean de la Croix, le grand ami de sainte Thérèse d'Avila a lui-même développé cela dans ses écrits qui s'intitulent précisément : "La nuit obscure". Rencontrer Dieu, c'est souvent s'enfoncer dans le silence, dans l'obscurité, ce n'est pas avoir l'évidence de la foi, mais être complètement taraudé par des recherches qui nous permettraient de saisir Dieu davantage.

Frères et sœurs, ne croyons pas que les saints d'une autre forme que nous, simplement, ils ont le courage que nous n'avons pas toujours d'accepter ce silence, d'accepter cette présence invisible, d'accepter cette solitude. Ils ont le courage de donner leur effort à ce Dieu qui leur échappe et ils ne se laissent pas séduire par d'autres façons plus faciles de vivre la vie spirituelle. Sachons dans notre obscurité, dans notre manque de lumière, sachons reconnaître une présence invisible de Dieu et lui donner toute notre vie, même si nous ne savons pas qui il est ni comment il est.

 

AMEN