LE COMBAT DE L'AMOUR

Sg 7, 21-30 ;Jn 4, 5-14
Ste Thérèse d'Avila - (15 octobre 2002)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

V

ous connaissez ou vous ne connaissez pas ce titre d'un livre américain : "Les hommes ne sont pas des femmes comme les autres". Je crois qu'on pourrait renverser la formule en disant pour sainte Thérèse : cette femme n'est pas un homme comme les autres. Il y a de fait en sainte Thérèse un mélange d'homme et de femme, sans que l'un ni l'autre, c'est-à-dire que quand on dit de sainte Thérèse qu'elle était non pas virile, mais masculine, en­treprenante et bruyante (j'essaie de vous faire tolérer le bruit), on ne dit pas pour autant que la femme qu'elle était, cessait d'être une femme. Il y avait de l'impétuosité, quelque chose d'impérial pour cette espagnole, qui une fois touchée par la grâce de l'ab­solu, a décidé que jamais elle ne s'en écarterait.

Son amour de l'absolu, sa fréquentation de l'océan qu'était Dieu, le jour où elle y a touché, Dieu n'avait qu'à se tenir sur ses gardes, elle serait la gar­dienne, l'assaillante de cette douceur, de cette quié­tude, que son âme avait un court instant, goûté en sa présence.

Le plus impressionnant ce n'est pas qu'elle ait vécu cette fréquentation par l'oraison, par la prière contre vents et marées, parce qu'elle a été classée de folle et elle a été embêtée par les tracasseries admi­nistratives de l'Église et de l'État à l'époque dans la­quelle elle a vécu, mais surtout, elle a compris d'em­blée que ce n'était pas sentimental, que ce n'était pas son affaire uniquement à elle, une affaire subjective, comme on le dirait aujourd'hui, parce que ce n'était pas le mot de l'époque évidemment, mais que c'était une aventure qui touchait toutes les âmes. Cette his­toire de l'approche, de l'inquiétude, du combat, qui sont l'histoire de l'amour, parce qu'au fond, l'histoire de l'amour est d'abord une sorte d'inquiétude, précé­dée ou non, suivie ou non de paix et de rencontre pai­sible, mais il n'y a pas d'état permanent dans la prière, mais il y a une sorte de variations qui fait que l'âme passe par un certain nombre de couleurs, et ces cou­leurs sont cette fréquentation de plus en plus acharnée de cet absolu sur laquelle elle ne veut pas lâcher.

Sainte Thérèse écrira ainsi qu'elle voudrait avoir quatre mains pour écrire tout ce qu'elle a à dire, parce qu'elle sent que ce qu'elle vit comme à l'inté­rieur concerne tous les hommes et toutes les femmes de tous les temps. Ce n'est pas par orgueil qu'elle met par écrit cette longue analyse de son rapport de son âme et de Dieu, mais c'est parce qu'elle sent dans l'humilité même de son combat et de son acharne­ment, transmettre, faire état, dévoiler humblement, ce que Dieu fait pour elle, les merveilles que Dieu fait pour elle.

Demandons au Seigneur que ce goût de l'ab­solu, qui chez nous est très modéré et très tempéré, car nous avons un peu baissé de régime en matière d'absolu, nous avons plusieurs absolus possibles, en tout cas, ceux qui nous occupent, qu'ils soient corrigés de la manière dont sainte Thérèse elle-même n'en avait vu qu'un, un seul, total, définitif, le Christ en son agonie, le Christ salut pour tous les hommes, et que ce goût de Dieu soit raffermi en nous qui sommes si tièdes sur ce chemin de la rencontre avec notre Maître et Seigneur.

 

AMEN