FASCINÉE PAR L'HUMANITÉ DU CHRIST
Sg 7, 21-30 ;Jn 4, 5-14
Ste Thérèse d'Avila - (15 octobre 2001)
Homélie du Frère Yves HABERT
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uel est, pour reprendre la comparaison que j'ai utilisée au début de cette Eucharistie, quel est ce compte qui a été ouvert par le Sauveur, ce compte sur lequel nous venons puiser, ce compte que le Seigneur a ouvert dans la personne de sainte Thérèse d'Avila ? Quel est ce compte qui n'est qu'un fruit de l'arbre de la croix, du compte principal ?
Ce qui m'a toujours frappé dans la vie de sainte Thérèse d'Avila, c'est qu'elle se soit convertie au couvent. Mais en entendant des témoignages de contemplatives, ou même de prêtres, on s'aperçoit que parfois la vie nous réserve des surprises, qu'on a beau être rentré quelque part pour y chercher la sainteté, et puis, un beau jour on se dit que "non", tout l'édifice qu'on avait construit n'était pas si haut que cela et que le Seigneur nous appelait plus loin, que le Seigneur nous appelait à une sainteté plus grande. Elle s'est convertie au couvent, ce couvent de l'Incarnation, très mondain à Avila, où l'on recevait un certain nombre de personnes au parloir, on allait dîner en ville, et où il y avait une vie relativement confortable. Elle s'est convertie au bout de quinze ans alors qu'elle pratiquait une sorte d'oraison mentale qui devait être assez à la mode, une oraison débranchée de l'humanité du Christ, elle se convertit devant ce fameux Christ aux liens dont il existe un bel exemple à Cucuron, il y a là un très beau Christ aux liens du seizième siècle. Elle se rend compte alors qu'elle a fait fausse route, que la Sagesse qu'elle a cherché à travers son oraison mentale n'était peut-être pas si chrétienne que cela. Elle découvre l'humanité sainte du Christ et elle dit : "Il n'y a pas d'autre porte que l'humanité du Christ". Elle regarde les autres sous-comptes de l'Église, elle regarde saint Paul, cet homme qui n'a que Jésus à la bouche et dans le cœur, elle regarde saint François d'Assise, l'homme aux stigmates, elle regarde saint Bernard qui est fasciné par l'humanité du Christ, elle regarde Sainte Catherine de Sienne, elle regarde saint Antoine de Padoue qui porte l'Enfant-Jésus dans ses bras, et elle se dit qu'il n'y a pas d'autre moyen que de passer par là.
Si on l'appelle "la Madre", qu'a-t-elle pu apporter de plus que saint François, que saint Bernard et saint Antoine de Padoue ? Je crois qu'elle a introduit une voie qui tient particulièrement compte de la soif du Christ. Elle est peut-être une des premières, ou une de celles qui a le plus perçu cette soif du crucifié. Elle a perçu qu'à travers toute l'œuvre de la croix, cette œuvre terrible, ce Christ qui porte cette croix qui l'emmène jusqu'au bout, ce Christ qui a tout donné, il y a encore au bout de cette croix la soif, c'est-à-dire que toutes les oeuvres, même les plus grandes, même la plus grande, celle que le Christ a accomplie en parcourant la route du Calvaire, au-delà de toutes les œuvres il y a encore cet immense désir, ce désir inextinguible, ce désir que déjà le Christ laisse entrevoir à la samaritaine, ce désir que la samaritaine a comme entr'aperçu par la porte entr'ouverte, mais que Sainte Thérèse d'Avila a clairement, je crois perçu et exprimé. Ce désir immense qui est caché dans la soif, dans le cri de soif, qui est caché dans le cœur ouvert, ce désir immense qui est aussi le cri d'amour du Père pour la création et pour son Fils, désir qui ne peut pas être contenu. Ce n'est pas l'oraison, ce n'est pas cette prière très particulière qui est le trésor du Carmel et finalement de toute l'Église, ce n'est pas l'oraison qui fait de nous des fils, c'est le baptême. Mais je crois que l'oraison est précisément là pour nous introduire dans ce mouvement de filiation. L'oraison nous fait plonger à la source de notre baptême, nous fait entendre à nouveau : tu es mon fils, tu es ma fille bien-aimé. Et si l'oraison qui ne nous constitue pas comme fils mais qui en quelque sorte nous rétablit dans ce dialogue qui a été ouvert pour nous au baptême, et qui se déploie dans toute la liturgie, si l'oraison nous fait entendre que nous sommes fils et filles de Dieu, à ce moment-là nous ne pouvons plus oublier nos frères non plus, à ce moment-là si nous puisons à ce désir du Père, ce désir du Fils, nous ne pouvons plus oublier chacun de nos frères et sœurs, mais nous communions à la fois au désir du Père et au désir du Fils et l'oraison ne peut plus être jamais un ronron comme un chat devant un feu, mais au contraire quelque chose qui nous pousse profondément vers nos frères. On comprend aussi toute cette affaire des différentes demeures dont parle Sainte Thérèse, si au bout du compte ce n'est qu'un désir, on se rend compte qu'on ne pourra jamais tout à fait correspondre à ce désir, nous ne pourrons jamais que nous en approcher petit à petit, de plus en plus, de demeure en demeure, jusqu'à la demeure du cœur ouvert, jusqu'à la demeure de cette croix qui est à la fois un signe de désir et à la fois un signe pour nous de communion avec Celui que nous cherchons.
AMEN