LA BRÛLURE DE L'AMOUR
Sg 7, 21-30 ;Jn 4, 5-14
Ste Thérèse d'Avila - (15 octobre 1998)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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I |
l y a quelque chose de brut, de compact, dans la personnalité de sainte Thérèse d'Avila, qui me fait poser la question suivante : comment se fait-il qu'on ait si souvent caricaturé ceux qui se croient sur le chemin de l'oraison, prennent cet air coton, qu'on croit avoir quand on fréquente le Seigneur ou le ciel ?
Pour moi, le ciel, c'est quelque chose de vigoureux, de brûlant, de dévorant, et je crois que quand on fréquente un peu le ciel, ce qui doit être votre cas et un peu le mien, on doit être dévorant et non pas en forme de coton hydrophile qui se décompose, il y a quelque chose d'extrêmement puissant qui se dégage dans la fréquentation de Dieu et du ciel.
Sainte Thérèse d'Avila a cette hauteur, cette puissance. Elle a essayé de saisir et de ne pas lâcher son Ami ! Elle a cherché, et elle a trouvé les moyens, non seulement de le vivre pour elle-même mais de l'enseigner à ses sœurs : comment peut-on essayer de tenir dans sa vie Celui qui vous aime et qui vous échappe à tous moments ? C'est l'expérience du Cantique des Cantiques. C'est l'expérience de la bien-Aimée, qui a, bien entendu, les pas du Bien-Aimé, et qui ne se lassera de maintenir en son âme Celui sans lequel elle ne peut vivre, et qui sera tout son plaisir et la joie de son existence.
Une phrase dira semble-t-il (enfin il me semble, car je ne suis pas spécialiste), et résume le programme : comment saisir Dieu? ou autrement dit, le programme de l'oraison. L'oraison mentale n'est rien d'autre à mon avis que vivre l'amitié en s'entretenant souvent et seul à seul avec celui qui vous aime et qu'on aime. Très simple !
Premièrement, il s'agit de saisir une présence. Il ne s'agit pas d'abord de se gorger, comme on l'a cru souvent en lisant saint Jean de la Croix, ou en disant que le vide intérieur nous donne la garantie de la présence de Dieu. Ce qui est possible, mais qui peut être un piège. A cet égard sainte Thérèse est beaucoup plus précise : elle nous enseigne qu'il faut sentir, saisir, guetter un signe de la Présence. Il faut s'y acharner, il ne faut pas se gorger de vide, et de silence, mais il faut vraiment s'acharner à guetter, à discerner la Présence de Dieu. C'est pour cela qu'elle parle toujours de Dieu comme d'un ami. L'ami est très différent des serviteurs. Ce n'est pas une réflexion abstraite sur Dieu, mais plutôt une réflexion concrète sur sa présence : où es-tu et livre-toi à moi ? Ça, c'est le premier point qui est centré sur le fait que Dieu se révèle comme ami.
Le deuxième : dans la phrase, nous savons qu'il nous aime. Il faut donc commencer l'oraison en disant, je sais que tu m'aimes, et non pas moi, je t'aime, car c'est une folie. Fais-moi connaître cet amour qui ne s'est jamais démenti. C'est un peu différent de commencer par un acte personnel que de demander à Dieu de revivifier en nous le souvenir de cet amour dont nous avons découvert furtivement mais profondément quand nous l'avons connu.
Puis, ensuite, l'oraison, c'est aujourd'hui, c'est l'instant de maintenant, à l'indicatif présent, pas dans dix minutes, pas hier, ayant une mémoire de cet, révèle-le moi tout de suite.
Troisième point, quand sainte Thérèse parle d'être seul à seul avec Dieu, cela peut se faire ici, cela peut se faire à tous moments, c'est pour cela que l'image de Dieu au milieu des marmites qui a été si souvent utilisée est très explicite, il a même servi à peindre un tableau qui est au Louvre, pour montrer que sainte Thérèse avait des extases au milieu de la cuisine.
C'est pour cela qu'il n'y a pas d'opposition entre activité et contemplation, ce n'est pas une sorte d'immobilité nécessaire pour rencontrer Dieu, souvent, nous considérons que se tenir comme figés, dans un recoin, que là, si on ne bouge pas, on arrivera à le rencontrer. Sainte Thérèse, dans son activité maintenait intacte sa contemplation. Elle était assez active, sinon activiste, puisqu'en vingt ans, elle a fondé une vingtaine de monastères, ce qui si je compte bien, nous ramène à un monastère par an ! Dans son activité assez intense, elle considère, et elle le dit à ses sœurs : si c'est avec plaisir, comprenez que le Seigneur se trouve au milieu des marmites le véritable amant aime en tous lieux, et donc, il ne cesse d'être présent à celle qu'il aime, ce serait un peu fort, si nous ne vivions l'oraison que dans les recoins.
Je vous laisse ce mot : n'allons pas le chercher dans les recoins, mais plutôt dans l'air, dans le mouvement, maintes fois (ce n'est pas une vie d'oraison comme une introspection), c'est une existence, quelque chose qui vous sort de vous-mêmes pour rencontrer Dieu, acquérir cette habitude est en notre pouvoir.
Ne jamais nous éloigner d'une si bonne compagnie, et revenir souvent à Lui, souvent dans la journée. Quand cette habitude sera prise, vous y gagnerez lorsque le Seigneur aura pris votre vie, vous ne voudrez l'échanger contre aucun trésor, je sais que si vous vous y appliquez en une année, vous obtiendrez un résultat avec la grâce de Dieu.
AMEN