VOULOIR L'EAU VIVE
Sg 7, 21-30 ;Jn 4, 5-14
Ste Thérèse d'Avila - (15 octobre 1994)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
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'ai beaucoup d'admiration pour Thérèse d'Avila, car, contrairement à ce que l'on pense souvent, elle est très simple. Plusieurs pensent que ses écrits sont compliqués et ils ont certainement raison, d'autant plus que beaucoup de gens qui écrivent sur elle nous la rendent encore plus compliquée. Je me souviens d'avoir été complètement égaré par tel ou tel bouquin sur Thérèse de Jésus ou, avec ses demeures, on ne savait plus où était la pièce centrale.
Thérèse d'Avila est simple parce qu'elle correspond exactement à la samaritaine. C'est une femme pratique. Elle ne va pas par quatre chemins, mais comme la samaritaine à qui l'on parle du don de l'eau vive et qui dit : "Comment fais-tu pour puiser ?" Et quand Jésus parle de l'eau profonde et la source d'eau vive, la samaritaine réplique : "Et bien donne-la moi ! Je la veux."
Thérèse a été comme cela avec Jésus. Où vais-je puiser l'eau vive ? Comment vais-je la puiser ? Si elle existe, je la veux. Il faut lire tous ses écrits sous cet angle-là. Elle a les pieds sur terre. Elle a fondé beaucoup de carmels, certains avec saint Jean de la Croix. Elle lui faisait redescendre un peu les pieds sur terre pour lui montrer comment agir et faire passer dans le cœur des hommes tout ce que l'on peut contempler, tout ce que l'on peut être avec Jésus, sans en rester aux beaux discours, car l'oraison doit être accessible à tous et pour cela il faut les conditions nécessaires pour être vécue.
Finalement c'est cela que, toute sa vie, Thérèse de Jésus a recherché. Quand on lit le Château de l'âme ou le livre des Demeures, là aussi c'est une démonstration de simplicité. Si elle revenait aujourd'hui, elle écrirait le même livre. Mais au lieu de prendre le château intérieur, elle prendrait peut-être la centrale nucléaire et nous ferait passer des différents "sas" de sécurité pour atteindre au cœur de la pile atomique. Ou bien elle prendrait une industrie qui fonctionne où pour atteindre le directeur général, il faut passer par de multiples bureaux dans lesquels on peut se perdre ou s'égarer ou même rester définitivement en marche.
Elle est si simple que la première des choses pour entrer dans le château intérieur c'est de franchir le pont-levis. Tant qu'on ne l'a pas franchi, on est un minable, on reste dehors. C'est ce qu'elle veut dire à des gens qui, n'ayant pas l'habitude de prier, voudraient prier. Elle leur dit : il faut en prendre les moyens, il faut franchir le pont-levis, il faut vouloir entrer. Et pour cela il faut sortir de cette espèce de bestialité informe dans laquelle vous vivez. Si elle a pris l'exemple du château, c'est tout simplement parce qu'en Espagne, dans un paysage parfois pelé, le seul lieu de vie est souvent un château. Donc, précipitons-nous vers le lieu de vie, vers l'âme intérieure. "Les âmes qui ne font pas oraison sont comme un corps paralysé ou perclus qui a des pieds et des mains mais qui ne peut s'en servir. Certaines âmes sont tellement infirmes et tellement occupées à des choses extérieures qu'on ne saurait les en tirer et qu'elles semblent dans l'impuissance de rentrer en elles-mêmes. Elles ont déjà contracté une telle habitude de vivre au milieu des reptiles et des bêtes qui se trouvent autour du château qu'elles en ont pris pour ainsi dire la ressemblance. Malgré la noblesse de leur nature et le pouvoir qu'elles avaient de converser avec Dieu Lui-Même, elles ne sont point sorties de cet état.
Si elles ne s'appliquent pas à reconnaître combien est profonde leur misère et à y porter remède, si de plus elles ne portent pas leur regard sur elles-mêmes, Elles seront changées en statues de sel comme la femme de Lot qui avait regardé en arrière."
Puis elle parle de la manière de faire oraison et elle conclut qu'il y a des manières fausses de faire oraison et de ne pas savoir que dire dans la prière parce qu'une des premières manières de prier c'est d'utiliser ce que l'Église nous donne, et surtout de ne pas savoir à qui l'on s'adresse. Dans ces cas-là, nous sommes vraiment à l'extérieur et nous tournons sur nous-même. "Plaise à Dieu que personne, parmi les chrétiens, ne soit de cette sorte. Quant à vous, mes sœurs, j'espère par la bonté de Dieu que vous n'agirez pas ainsi. Vous êtes d'ailleurs habituées à vous occuper des choses intérieures et c'est là un très bon moyen pour ne pas tomber dans un tel abrutissement".
Sainte Thérèse d'Avila nous montre que l'oraison c'est d'abord la conversion, ce désir de vouloir changer de vie et d'aller vers Dieu et que le moyen le plus simple c'est de savoir qu'on veut s'adresser à Dieu, qu'on en prend les moyens. "L'oraison est un commerce d'amitié avec Dieu." L'image est très parlante, on a quelque chose à échanger, à monnayer, quelque chose à dire et c'est profondément une recherche de bonheur, de l'amitié avec Dieu.
Demandons que ce commerce d'amitié soit profondément enraciné en notre cœur, de savoir que Dieu est la source de vie, de prendre les moyens d'aller à cette source et d'en être réjouis.
AMEN