LE RÉVEIL DE LA GRÂCE

Sg 7, 21-30 ;Jn 4, 5-14
Ste Thérèse d'Avila - (15 octobre 1992)
Homélie du Frère Michel MORIN

 

S

ainte Thérèse d'Avila est née en 1515 et elle est morte en 1582. Elle a vécu quelque quarante-deux ans comme carmélite. Dans sa vie de carmélite il y a deux périodes, une période de vie or­dinaire de religieuse comme toutes les religieuses qui faisait ce qu'elle avait à faire, qui priait, qui travaillait, dans un couvent ordinaire, et une deuxième période, de quarante-cinq ans jusqu'à sa mort, après avoir quitté son couvent, elle entreprend la restauration de l'ordre du Carmel et elle va passer les dernières an­nées de sa vie à courir l'Espagne, à fonder des mo­nastères, à écrire à ses filles et à raconter l'histoire de sa propre sainteté.

Le premier élément intéressant c'est qu'on peut vivre, en tant que religieuse ou religieux ou prê­tre ou chrétien de façon ordinaire pendant un certain temps de sa vie, et peut-être même toute sa vie. Mais il y a une autre façon de vivre cette même vie, c'est, un jour, de se réveiller ou d'être réveillé par la grâce de la sainteté. C'est parfois un réveil brutal, c'est en tout cas un réveil qui change beaucoup de choses. Je voudrais simplement rappeler trois éléments de la vie de Sainte Thérèse, trois éléments de sa doctrine spi­rituelle, doctrine spirituelle qui a été totalement re­connue par l'Église puisqu'elle a été proclamée "doc­teur de l'Église" en même temps que sainte Catherine de Sienne, par le pape Paul VI en 1970.

Pendant sa vie ordinaire, peut-être aussi après, et comme tout religieux, comme tout chrétien, sainte Thérèse avait beaucoup de problèmes d'oraison. Pour prier, elle ne savait pas comment faire, cela l'effrayait, elle ne s'en sortait pas, elle avait l'impression non seulement de ne pas prier, mais que Dieu ne l'écoutait pas. Vous voyez, il n'y a pas que nous. Or un jour elle a découvert ce qu'elle conseillera plus tard à ses reli­gieuses : "Appuyez-vous chaque jour sur une scène de l'évangile." Pour elle, ses scènes préférées étaient celles de la Passion. "Appuyez sur une scène de l'évangile votre prière, votre oraison, votre conver­sion". C'est donc à partir d'un élément très ordinaire, la lecture chaque jour d'une scène de l'évangile, qu'elle a appuyé sa vie. C'est à partir de là que s'est consolidée, agrandie et construite sa sainteté. Elle ledit autre part dans ses œuvres : "Dès lors, je retrou­vais mon amour pour l'humanité sacrée de Jésus", cette humanité sacrée qu'elle fréquentait dans une scène de l'évangile par jour. Elle ajoute : "Mon orai­son s'affermit comme un édifice qui a des bases soli­des", la Parole de Dieu, la sainte humanité du Christ. "Il faut vivre en sa présence, lui parler, lui demander ce dont nous avons besoin, nous plaindre à Lui de nos peines, nous réjouir avec Lui de nos joies". Voilà ce premier élément qui, peut-être est de fait extraordi­naire. A chacun de voir si cela lui convient. Donc cette Parole de Dieu, cette fréquentation de ce qu'elle appelle "l'humanité sacrée de Jésus" qui est devenue la base, l'appui de sa prière. Cette fréquentation de la présence de Dieu dans la Parole de Dieu. Et elle lui parle de ses peines, de ses joies, de ses besoins, à ce Jésus qu'elle découvre dans une scène de l'évangile.

Elle écrira autre part : "Pour être capable d'aimer, il faut prier. Le fruit de la prière c'est l'amour, et le fruit de l'amour c'est le service, car jamais l'amour ne demeure oisif." Voilà l'articulation qu'elle a découverte dans cette Parole de Dieu fré­quentée chaque jour. Dans "l'humanité sacrée de Jé­sus" elle découvre l'amour. Une chose bien difficile pour nous à découvrir non seulement au plan humain mais au plan spirituel, peut-être d'ailleurs le même amour. Et nous allons en chercher la source là où le prophète disait : "ce sont des citernes crevassées, desséchées. Pour être capable d'aimer, il faut prier, le fruit de la prière, c'est l'amour !" Et cet amour va se transformer en service. La prière, l'amour, le service, on saisit bien que pour sainte Thérèse d'Avila c'est une seule et même chose ou plus exactement trois aspects d'un même déploiement, celui de la Rencontre du Christ dans l'évangile. Ce service va être pour elle la restauration de l'ordre du Carmel, va être pour elle ce don que sa sainteté va faire à l'Église entière de l'ordre restauré du Carmel. C'est une femme extrê­mement active. Elle passe son temps à courir, à tra­vailler, à fonder, quelqu'un qui entreprend beaucoup et cependant elle reste et elle devient, au fur et à me­sure où elle circule, où elle va, où elle vient, où appa­remment elle s'agite, elle devient de plus en plus contemplative. C'est tout cela : de la prière naît l'amour, de l'amour naît le service de l'Église.

Et arrivée non pas à ce stade mais à ce "che­min de Perfection" comme elle le dira elle-même, elle peut simplement faire cette profession de foi que j'ai toujours trouvée admirable, qui m'a toujours person­nellement beaucoup touché, probablement parce que j'en suis loin : "Que rien ne te trouble, que rien ne t'épouvante, tout passe. Dieu ne change pas. La pa­tience obtient tout. A qui possède Dieu, rien ne man­que. Dieu seul suffit !"

Nous qui fréquentons chaque jour une scène de l'évangile, à la limite on n'a même pas à la choisir, elle nous est donnée par l'Église, demandons à sainte Thérèse que, dans cette scène de l'évangile nous puis­sions retrouver notre amour pour "l'humanité sacrée de Jésus" et affermir notre prière sur cette base solide. Et vous remarquez que la prière, c'est de Lui parler de tout ce que nous vivons, de tout ce qui nous peine, de tout ce qui nous réjouit. De cette prière naîtra votre capacité d'aimer. Et cette capacité d'aimer deviendra votre service. Dieu seul suffit !

 

AMEN